| Est-il encore
besoin de raconter la naissance d' «A.I.» dans l'esprit de Stanley Kubrick, producteur
et scénariste du film, qui a confié le projet à celui qu'il jugeait seul capable de
réaliser ce film, Steven Spielberg, au nom d'une amité et d'un respect mutuels ? Non,
tout a été dit là-dessus.
On a peut-être d'ailleurs trop parler de ce film avant sa sortie, malheureusement, autant
le dire tout de suite, «A.I.» n'est pas à la hauteur. Ni à la hauteur des attentes, ni
à la hauteur de Kubrick, ni même à la hauteur de Spielberg.
Nous sommes plusieurs siècles après l'an 2000, les calottes polaires ont fondu, toutes
les grandes villes côtières sont sous l'eau, New-York est noyée et il n'en dépasse
plus que quelques tours (dont les Twins Towers, petite minute d'émotion...). Les
ingénieurs ont appris à construire des robots à notre image, capable de se conduire
comme des humains ou presque, car un obstacle subsiste : ils n'ont pas de sentiments. Le
Pr Hobby décide alors de créer un enfant capable d'aimer ses parents adoptifs et de se
faire aimer par eux.
La première famille à tester cet enfant "méca", David, est un couple dont le
fils, victime d'un accident deux ans auparavant, est cryogénisé dans un labo en
attendant un miracle. Et le miracle survient. Ce qui ne manque pas de créer quelques
problèmes de cohabitation entre les deux enfants, le vrai et le faux (qui ne comprend pas
pourquoi il n'est pas un vrai). C'est là commence l'aventure et que les lourdes
similitudes (involontaires) avec l'oeuvre de Walt Disney deviennent pesantes. La mère va
abandonner David dans la forêt (Rox et Rouky ?), et il se retrouve confronté au monde
extérieur (et cruel!) qu'il ne connaît pas (Bambi ?). Son unique objectif est alors de
trouver la Fée Bleue, celle qui, dans le conte, transforme Pinocchio en vrai petit
garçon. Il sera aidé dans sa quête par Gigolo Joe (un "méca" conçu pour
être l'amant parfait et une des bonnes idées du scénario, malheureusement, peu
exploitée) et Teddy, son ours "méca" en peluche, qui court d'une façon
rigolote et suit Joe et David partout (le petit animal sympa, acolyte des héros, ça vous
rappelle pas quelque chose ?).
L'enfance, les rêves, les limites de la science, on baigne dans les grands thèmes
Spielbergiens et , du même coup, on se retrouve confronté aux grandes questions qui les
accompagnent : Spielberg est-il capable de mettre en scène des enfants sans être
mièvre, de parler de l'éthique scientifique sans rebattre des évidences, etc. Spielberg
fait preuve ici d'un tel manque de subtilité, qu'on peut se demander s'il n'a pas passé
trop d'années à produire des films sur les dinosaures !
Le problème de ce film, c'est que son sujet est dépassé. Le scénario est adapté d'un
roman de Brian W. Aldiss ("Supertoys Last All Day Long"), auteur phare de sci-fi
à la fin des années 70. Le roman est fortement daté, puisqu'il transcrit toutes les
angoisses qui étaient alors liées au développement des machines et aux travaux sur
l'intelligence artificielle. Il pose l'éternelle question : qu'adviendrait-il de nous,
pauvres humains, si un jour, les robots devenaient conscients de la vie ? Une bien belle
question, malheureusement un peu dépassée et traitée dans de nombreux films, d'où le
décalage et l'impression de déjà-vu.
Le noeud du film est divertissant et assez efficace, l'interprétation sans faute et bien
sûr (on en attendait pas moins !) les effets visuels impressionnants. Mais l'introduction
est longue et niaise et la conclusion interminable et ridicule... Il y a deux fins à ce
film : la première, qui aurait dû être la bonne, est belle et poétique,
malheureusement, il a fallu que Spielberg en remette une couche (et une sacrée) et fasse
repartir le film pour 20mn de dégoulinades sentimentales, qui ne manqueront pas d'en
faire pleurer certains, et surtout d'en faire rire d'autres !
|