ban_cinema.gif (1262 octets)                             par Natalie Grosskopf

The virgin suicides
de Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola
d'après le roman de Jeffrey Eugenides


La première fois qu'elle a lu Virgin suicides, Sofia Coppola a
eu l'idée d'en faire un film.  L'idée avait déjà été retenue par
quelqu'un d'autre, mais après des débuts de tournage difficiles
et une production qui s'empêtre, le projet est finalement
abandonné. Sofia s'attelle alors à l'écriture de son propre
scénario et se lance dans sa première réalisation (produite par
son père).

Milieu des années 70, dans une petite ville du Michigan, cinq
sours âgés de 13 à 17 ans, attirent les regards de tous les
garçons du quartier. Un jour, la plus jeune se suicide. Quelques
mois plus tard, les quatre autres font de même. Vingt cinq ans
après, pour tenter de comprendre ce qui s'est passé, l'un des
jeunes voisins part à la recherche de ses souvenirs et raconte
cette fameuse année, restée gravée dans les mémoires de la
ville, où les cinq sours Lisbon se sont donné la mort. Tous les
garçons étaient amoureux des jeunes filles, pas d'une en
particulier, mais de leur groupe et du mystère qui les
entourait. Elevées par des parents fervents catholiques, les
filles n'ont pas le droit de sortir, elles restent donc
complètement intouchables. En fait, ce qui se crée autour
d'elles, c'est une sorte de fascination comme pour un groupe de
musique. Les garçons se retrouvent le soir pour  les observer au
téléscope, ils collectionnent les objets qui leur appartiennent,
ils en parlent des heures, guettent leurs sorties des cours et
sont au bord de l'évanouissement si l'une d'elles leur parlent.

L'histoire est donc racontée du point de vue des ce garçons
amoureux (le spectateur n'en sait jamais plus qu'eux) et la
réalisatrice s'attache à transcrire cette fascination par les
images en sublimant chaque geste, chaque apparition, en faisant
jaillir la lumière dans chaque sourire. Ralentis, images loues,
musique envoûtante ( composée par le groupe français Air),
Sofia Coppola revisite les procédés cinématographiques pour
créer un film plein de grâce et de légèreté, sur un sujet qui
pourtant touche au cour du tragique de l'adolescence : la crise,
la mal-être, l'ennui, la solitude. Sofia Coppola transmet avec
fidélité l'habile mélange entre le drame et l'humour, présent
dans le roman.

Virgin suicides est un moment de cinéma rare, une parenthèse
enchantée. Il nous emmène dans un monde qui semble imaginaire et
qui est pourtant solidement ancrée dans la réalité parce qu'on
ne peut pas oublier qu'il s'agit quand même de saisir une
énigme, de comprendre ce qui a pu pousser cinq jeunes filles
belles et souriantes à se donner la mort, cinq anges à renoncer
à l'absurdité de la vie sur terre. A ne pas manquer.

Natalie Grosskopf