The
virgin suicides |
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La première fois qu'elle a lu Virgin suicides, Sofia Coppola a eu l'idée d'en faire un film. L'idée avait déjà été retenue par quelqu'un d'autre, mais après des débuts de tournage difficiles et une production qui s'empêtre, le projet est finalement abandonné. Sofia s'attelle alors à l'écriture de son propre scénario et se lance dans sa première réalisation (produite par son père). Milieu des années 70, dans une petite ville du Michigan, cinq sours âgés de 13 à 17 ans, attirent les regards de tous les garçons du quartier. Un jour, la plus jeune se suicide. Quelques mois plus tard, les quatre autres font de même. Vingt cinq ans après, pour tenter de comprendre ce qui s'est passé, l'un des jeunes voisins part à la recherche de ses souvenirs et raconte cette fameuse année, restée gravée dans les mémoires de la ville, où les cinq sours Lisbon se sont donné la mort. Tous les garçons étaient amoureux des jeunes filles, pas d'une en particulier, mais de leur groupe et du mystère qui les entourait. Elevées par des parents fervents catholiques, les filles n'ont pas le droit de sortir, elles restent donc complètement intouchables. En fait, ce qui se crée autour d'elles, c'est une sorte de fascination comme pour un groupe de musique. Les garçons se retrouvent le soir pour les observer au téléscope, ils collectionnent les objets qui leur appartiennent, ils en parlent des heures, guettent leurs sorties des cours et sont au bord de l'évanouissement si l'une d'elles leur parlent. L'histoire est donc racontée du point de vue des ce garçons amoureux (le spectateur n'en sait jamais plus qu'eux) et la réalisatrice s'attache à transcrire cette fascination par les images en sublimant chaque geste, chaque apparition, en faisant jaillir la lumière dans chaque sourire. Ralentis, images loues, musique envoûtante ( composée par le groupe français Air), Sofia Coppola revisite les procédés cinématographiques pour créer un film plein de grâce et de légèreté, sur un sujet qui pourtant touche au cour du tragique de l'adolescence : la crise, la mal-être, l'ennui, la solitude. Sofia Coppola transmet avec fidélité l'habile mélange entre le drame et l'humour, présent dans le roman. Virgin suicides est un moment de cinéma rare, une parenthèse enchantée. Il nous emmène dans un monde qui semble imaginaire et qui est pourtant solidement ancrée dans la réalité parce qu'on ne peut pas oublier qu'il s'agit quand même de saisir une énigme, de comprendre ce qui a pu pousser cinq jeunes filles belles et souriantes à se donner la mort, cinq anges à renoncer à l'absurdité de la vie sur terre. A ne pas manquer. |
Natalie Grosskopf |