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(Avertissement : cette critique raconte la fin du film)
Le roman de Breat Easton Ellis est sorti en 1991 et a défrayé la
chronique littéraire américaine avant de devenir un best-seller.
Comment pouvait-il en être autrement ? Le roman est sulfureux, pornographique, gore, violent
il méritait donc bien un petit
scandale. Et qui dit scandale, dit pub, et qui dit pub, dit ventes. Après un tel succès commercial en librairie, on se
demande presque pourquoi Hollywood a attendu aussi longtemps pour porter American Psycho à l'écran. Peut-être parce que les
producteurs ne savaient pas trop à qui en confier la réalisation (ce n'est d'ailleurs pas sûr qu'ils aient trouvé!) et sûrement
parce que l'écriture du scénario posait des problèmes de censure. En effet, laisser les scènes de sexe et de meurtres
comme elles sont dans le livre, c'était à coup sûr se faire interdire au moins de 17 ans aux Etats-Unis. Finalement, repérée
au Festival de Cannes 1996 grâce à son film "I shot Andy
Warhol", c'est Mary Harron qui est sollicitée pour l'écriture et
la réalisation de l'adaptation du roman et elle se sort mal de
cet exercice périlleux.
Patrick Bateman a 27 ans, il est golden boy chez P&P. Un emploi plus ou moins fictif, qu'il a trouvé grâce à son père. N'ayant
pas grand chose à faire, son bureau lui sert à lire des magazines et à regarder la télé. Le reste du temps (et il en
reste beaucoup!), il le consacre à son unique but dans la vie : être le plus beau, le plus chic, le plus branché et le plus
riche (s'il ne l'est pas, ce n'est pas grave, il suffit que les autres le croient!). Cette obsession du paraître va plus loin
que tout ce qu'on avait pu imaginer jusque là. Bateman a des envies de meurtre envers le premier qui a une plus belle carte
de visite que lui ou qui a pu avoir une table un vendredi soir
au Dorsia, le resto branché du moment. Dans le monde des jeunes
yuppies des années 80, tout est surenchère . Le comble du chic ?
se faire ses lignes de coke avec son American Express Platine.
La meilleure bonne blague ? Celle du dollar-qui-passe-sous-le-nez (on s'arrête devant un SDF, on sort
un billet, on lui tend et on le remet dans sa poche). Qu'est qu'il ne faut jamais négliger ? Ses vêtements bien sûr, sa peau,
ses cheveux, son corps
bref tout ce que les autres voient.
Dans le roman, l'importance de ce qu'on possède est marqué par
un effet de style (assez lassant d'ailleurs), le name-dropping, qui consiste à ajouter à chaque vêtement, accessoire ou meuble,
sa marque. Car peu importe la beauté de quelque chose, pourvu que ce quelque chose soit de marque (une obsession que le
cinéma a plus de difficultés à rendre, problème de publicité sans doute). Scène
caractéristique : Patrick est au vidéo club, il parle à la vendeuse.
"Il faut que je vois ses chaussures. Je
jette un coup d'il derrière le comptoir. Des baskets. Même pas
des K-Swiss, ni des Treton, ni des Adidas, ni des Reebok. Des
baskets de pauvre. De quoi devenir cinglé."
De quoi devenir cinglé, en effet. Et Patrick Bateman l'est devenu. Ou l'a toujours été. Maniaque, obsédé, nourri de films
pornos et gore ("Vous avez-vu Body Double, le passage où la
fille se fait transpercer avec une perceuse
le meilleur moment!"), la nuit le transforme en
serial-fucker-killer. Et c'est là, que l'écart entre le livre et le film se creuse.
On passera sur le fait que les scènes pornographiques (qui sont
nombreuses dans le roman) ont été supprimées pour le grand écran,
à cause de la censure. Il n'en reste qu'une et encore, uniquement pour la version européenne. Puritanisme américain
oblige. Car Hollywood a ceci de fascinant qu'une fille qui se fait découper à la tronçonneuse ne fait pas interdire le film
aux moins de 12 ans, mais qu'en revanche un homme qui couche avec deux femmes en se regardant dans la glace conduit tout de
suite à une interdiction aux moins de 17 ans. Donc exit les scènes pornos. Quant aux scènes de meurtres, elles tirent toute
leur horreur de leurs détails. Bateman est le narrateur et il n'omet aucun détail lorsqu'il raconte une scène gore.
Chirurgien du meurtre, il effectue ses crimes avec une minutie froide. Mary Harron a zappé l'horreur au profit d'une sorte de
ridicule grand-guignol. La méticulosité du tueur obsédé est remplacé par le sourire d'un tueur fou, que la réalisatrice
n'hésite pas à nous montrer nu, couvert de sang, courant dans un couloir avec sa tronçonneuse à la main.
Le sens aigu du détail que possède Bret Easton Ellis échappe à Mary Harron. Et malheureusement, ce n'est pas la seule chose qui
lui échappe. On peut même se demander si elle a lu le roman jusqu'à la fin, car elle semble zapper un point essentiel : la
confusion des réalités. Les meurtres sont-ils vrais ou ne sont-ils que des hallucinations? Bateman tue-t-il vraiment ces
gens ou n'en a-t-il que l'envie profonde? Marry Harron n'essaie pas de répondre à cette question. A la fin du livre et du film,
Bateman retourne dans l'appartement où il a tué plusieurs personnes dans un bain de sang. L'appart est propre, neuf, sans
aucune trace de ces évènements. Il avoue tous ses meurtres à son avocat, qui ne le croit pas pour la bonne raison qu'il a
mangé récemment avec une des prétendues victimes. S'ajoute à cela, que l'avocat de Bateman remet en cause son identité :
"Davis, pourquoi tu te fais passer pour ce ringard de Pat
Bateman?".
Marry Harron s'arrête là. Le livre va plus loin dans ce flou des réalités. Bateman croise un SDF mutilé.. c'est celui qu'il a
tenté d'assassiner au début du roman. Il monte dans un taxi et le chauffeur le reconnaît :
"C'est vous qui avez tué Solly. Votre portrait est affiché dans tout Manhattan. Espèce
d'enfoiré."
Tout se passe comme si les seuls meurtres véritables étaient ceux de la rue, ceux des gens sans importance, les prostituées,
les SDF, les chauffeurs de taxi. Les meurtres des gens de la "haute" société ne sont que des hallucinations.
Deux mondes, deux réalités. Il est dommage que le scénario n'explore pas plus loin ce thème.
Malgré un casting super tendance et une reconstitution intéressante d'une certaine sphère sociale, le film est
sans interêt et inutile. On préférera le livre
à condition de supporter la crudité des scènes d'horreur et de sexe.
Filmographie de la réalisatrice :
Documentaires pour la télévision britannique.
Nombreux courts métrages dont "Comment faire un film d'Oliver
Stone"
1996 : I shot Andy Warhol, avec Lili Taylor (interprétation
récompensée au festival de Sundance)
A l'affiche :
- Il suffit d'une nuit, de Philip Haas, adapté du roman de
Somerset Maugham
A éviter :
Battlefield earth, de Roger Christian, adapté du
roman de L. Ron Hubbard, fondateur de l'Eglise de scientologie.
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