Une photographie de Stéphane Popu
ban_cinema.gif (1262 octets)                             par Catherine Raucy

The Station Agent

De Tom McCarthy

Avec Peter Dinklage, Patricia Clarkson, Bobby Cannavale


Par  Stéphanie Marie

Sommaire 'Cinéma'
 

 

Un petit air à la scie musicale avec un peu de guitare folk, trois drôles de zigotos réunis autour de la passion de l'un d'entre eux, à savoir les trains : voilà ce qu'est "The Station Agent", film cumulant à juste titre les prix dont le Prix Spécial du Jury au Festival de Marrakesch, le Grand Prix du Jury au Festival de San Sebastian et le Prix du Public, le Prix du Scénario, et un Prix Spécial du Jury pour la performance de Patricia Clarkson au Festival de Sundance.

Dans son premier film, Tom McCarthy s'est en grande partie inspiré de l'acteur Peter Dinklage pour dépeindre une tranche de vie de trois êtres un peu paumés et solitaires : Fin, Joe et Olivia. Fin (justement interprété par Peter Dinklage) est un nain qui a pour passion les trains et peut passer des heures à les regarder - il fait même parti d'un club- , Joe remplace son père malade en tant que vendeur de hot dogs ambulant et Olivia, dont le fils est mort depuis deux ans, passe ses journées à peindre quand elle ne vient pas boire un 'cafe con leche extra sucre'. Ces trois êtres solitaires sont amenés à se rencontrer suite à l'héritage qu'a fait Fin d'une gare désaffectée, justement là, où Joe a installé son camion, justement là où Olivia vient chaque jour boire son café.

Dans un monde, où l'on se moque des nains pour leur apparence, ces trois errants vont se trouver, car en dépit de leurs différences, ils ont une chose en commun : être à part et cacher une certaine souffrance. Fin doit subir la cruauté quotidienne des gens dits " normaux ", qui regardent avec insistance ceux qui sont différents, s'en moquent méchamment ou pire les prennent en photos, comme s'ils étaient des animaux de foire. La maladresse d'Olivia quant à elle cache le désespoir qui ne l'a plus quittée depuis la mort de son fils l'amenant à fuir le monde et sa pitié. Enfin, si le terme de souffrance ne s'applique pas vraiment à Joe, il n'empêche qu'il pourrait avoir la vie un vrai play-boy, s'il n'était aussi dévoué à son père malade. Pour lui, il accepte de s'occuper de ses affaires, quitte à s'ennuyer à mourir et ne plus savoir quoi faire pour tromper cet ennui. Il essaie alors désespérément de lier amitié avec son nouveau voisin, ne se laissant pas démonter par les continuels refus de Fin, ne voulant pas comprendre que ce dernier préfèrerait rester seul - parce que chat échaudé craint l'eau froide et qu'il fuit le monde pour ne plus en être la risée.

Le regard de Fin porte en lui l'habitude d'être traité ainsi, sans aucune colère, avec résignation, et c'est peut-être ce qui est le plus triste, cela ne changera jamais et on le sait, nous qui aurions peut-être les mêmes réactions que ces gens- là. Néanmoins, ce n'est ni un film désespéré ni désespérant, au contraire, c'est un film qui au-delà de sa tristesse et de sa mélancolie est drôle et tendre. Ce n'est pas une simple tranche de vie, c'est également l'évolution subtile de personnages qui apprennent à parler d'eux-mêmes, de leur souffrance, à s'accepter également tels qu'ils sont et qui apprennent à sourire de nouveau. Ces trois-là se sont trouvés, qui ont chacun à apprendre de l'autre : l'écoute attentive de Fin, la joie de vivre et la simplicité de Joe et la gentillesse d'Olivia permettront à chacun d'entre eux d'accepter ce qu'il est et de progresser. Même Joe, le seul des trois à sembler " bien dans sa peau ", changera. D'une manière furtive, le réalisateur suggère comment finalement il se met à la lecture, lui qui ne pouvait pas rester plus de 10 minutes sans parler.

D'ailleurs la mise en scène du film tout entier est conduite avec délicatesse et sobriété : jamais il ne sombre dans le mélo, jamais il ne joue la facilité avec force cris et larmes. Au contraire, il va plutôt utiliser des symboles simples comme au début, quand un personnage de la maquette que répare Fin tombe, signalant ainsi la mort de son ami et patron, Henry. De même, le bonheur - ou du moins ces quelques moments heureux qu'ils vivent tous les trois ensemble- est exprimé par de simples gestes, des sourires à peine esquissés, des regards pétillants, et le plaisir de manger une saucisse sèche sur un pont.

Plus qu'une histoire, Tom McCarthy dépeint des caractères et des personnages auquel nous nous attachons aussitôt, parce que derrière chacun de leurs gestes maladroits se cache une souffrance et un certain besoin d'amour. C'est donc une histoire d'amitié toute simple mais touchante et cocasse qui nous est racontée là et le film finira comme il a commencé : avec un petit air de scie musicale que l'on ne peut s'empêcher de chantonner encore après.

Stéphanie Marie