Matoub Lounès, un chant assassiné...

Un chanteur/poète assassiné à cause de ses écrits, de ses chansons, de sa parole : ce n'est pas la première fois, hélas, que le seul exercice de la liberté d'expression est la cible de répressions féroces... La liste serait longue de tous ceux, poètes, écrivains, chanteurs, qui ont payé de leur vie ou de leur liberté des écrits jugés insupportables par des adversaires effrayés de la puissance de leurs mots. Et nous savons bien que l'Algérie n'est pas le seul lieu ou de tels actes peuvent surgir.

Si les mots peuvent parfois être des armes contre l'oppression,  les armes ne pourront jamais tuer les mots. C'est le sens de cet hommage que nous rendons ici à Matoub Lounès, à la demande de plusieurs poètes. Ils ont décidé de manifester par ces mots qui sont les leurs -des mots de poètes- leur indignation et leur colère devant cet acte de barbarie, dont l'histoire des hommes n'est hélas que trop coutumière ...mais qui restera toujours insoutenable à tous ceux qui considèrent la vie et la liberté comme des valeur sacrées.

J.T.

 

 

Hommage à Matoub Lounès

Des mots des mots
il en pleut tant et tant
sur ma terre assoiffée
de liberté
des mots des mots
coulent dans mes rivières
limpides
des mots des mots
poussent fièrement
aux branches des saules
mais ce soir le saule pleure
des larmes de sang
pour un poète un frère
bêtement assassiné
et pourquoi
pour des mots des mots
un chant de liberté
des mots en vol libre
jailliront des musiques funèbres
aux quatre coins de la terre
des mots des mots
survivront à toutes ces guerres
des mots des mots
que l'on ne peut mettre en terre
des mots des mots
sonnent le glas
pour un poète un frère
mort au combat
que toute la terre entière
crie à tue-tête
ces mots ces mots
pour tous les enfants de la terre
ces mots ces mots
Liberté Liberté.

Gertrude Millaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Révolution (hommage à un poète kabyle)

Il chantait avec son coeur,
Chaque mot était un cri,
Chaque note était un pleur,
Sa liberté n'avait pas de prix.
Il rêvait d'un monde meilleur,
Ou tout homme aurait la même couleur,
Ils l'ont tués pour ses idées,
Rassemblons-nous pour dire ASSEZ !

Pascal Braconnier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parce que tu avais encore tant de choses à nous dire...
Nous dire ton pays blessé où sur la terre rougie fleurit la négation du droit de vivre libre,
Où les ailes des idées n'ont pas d'autres issues que de suivre les traces qui leur sont imposées;
Où les pierres meurtries des villes et des villages pleurent ses enfants assassinés;
Où le ciel ensanglanté frémit d'épouvante face à l'absurdité de cette violence.
Par la musique de tes   chansons, tu faisais résistance,
Tu ne voulais rien d'autre qu'éveiller nos consciences endormies sous une paix confortable.
Parce que tu avais encore tant de choses à nous dire...
Nous parler de chez toi,
De cette Algérie toute vêtue de noir, prisonnière d'un voile tissé   d'intolérance,
Où des hommes, des femmes, et même des enfants voient l'aube de chaque jour ouvrir son regard au soleil de la peur.
Parce que tu avais encore tant de choses à nous dire...
Parce que tu voulais tenter de rejoindre le monde
Lui faire toucher du cœur le vif de ta souffrance
Rejoindre tous ceux, qui comme nous, sont riches d'être libres,
Tous ceux, qui comme nous, souvent ne veulent pas voir;
Tu croyais au pouvoir de la vie, tu lui faisais confiance
Refusant de voir des ennemis en tes frères.
Parce que tu avais encore tant de choses à nous dire...
Lâchement, ils t'ont tendu un piège pour faire taire ta voix.
Et si ta voix s'est tue et n'est plus que silence
Ta lutte et ta musique, en nous, resteront vivants.

 Marybé 29 juin 1998

 

 

 

 

 

Un chant d'oiseau si fier

Ô toi mon frère au chant d’oiseau si fier

Dont le cri s’est éteint sous les balles de plomb
Dont le chant et le sang se sont mêlés au ciel
Pour mieux happer le sens des silences profonds
Toi dont tous les sanglots de colère et de miel
Faisaient renaître au jour les cornes d’abondance
Dans un pays si beau aux paupières cousues
Aux saisons sans raison aux voix écartelées
Par la hache et le fer et la lâcheté rance
De ceux qui craignent un jour la simple vérité
Tes mots sont bien plus forts qu’un morceau de métal
Enfoncé dans ta chair comme la pierre sombre
Dans un lit de cristal pour mieux le déchirer

Ô toi mon frère au chant d’oiseau si fier

Aïcha Amine

 

 

 

 


 

 

 

 

 



Une vie pour une ambition

Abou Hamza veut devenir  l'Emir
Lui dont les frères de fureur sont morts
Il veut être l'élu parmi les forts
Là-bas, tout doit céder à son désir

Pour la place d'Antar le massacreur
Qu'importe un trou sanglant dans la poitrine...
Ce n'est qu'un homme que tu assassines
Et pas un chant qu'étrangle le tueur

Non, pas un symbole ! non, pas un drapeau !
Mais du sang, mais de la chair et des os
Mais un esprit qui allait sans repos
Que tu envoies à la nuit du tombeau

Restent la voix, les chants et la musique
Un macaron au revers d'une veste
Des mots, des cris, la presse qui proteste
Rien qui ne vaut sa vie... sa vie unique


Ah ! hypocrites tueurs religieux
Le sordide couteau de l'égorgeur
N'apportera jamais plus de douleur
Qu'un revolver muni d'un silencieux

A la mémoire de Matoub Lounès

Michel Bourhis  le 2 juillet 1998

 

 

 

 

 

 

TU AS TUE LOUNES

 Au nom de cette loi qui ordonne l’espace
Et la beauté sacrée de nos constellations,
Où le regard s’émeut dans la contemplation
Pétri d’humilité devant le temps qui passe

Au nom des bien-aimées planètes de cet astre
Qui nous donne la vie. J'ai nommé le soleil :
Il n’a dans l’univers peut-être son pareil,
Lui dont l’éclat  dit mieux ce que vaut notre piastre.

Au nom de notre Terre où tous les hommes vivent
Où croissent les moissons, où chantent les oiseaux
Où murmure le vent dans les menus roseaux
Où tout nous est appel, tout nous charme et captive.

Au nom de nos vallées, au nom de nos montagnes ,
Au nom de nos ruisseaux, de nos fleuves géants,
Au nom de nos forêts, des abîmes béants,
Au nom des océans, et des mers et des fagnes,

Au nom de nos déserts dont le sable nous mord
Au nom d’un peuple entier voué au sacrifice
Au nom des voix qu’on tue qui demandaient justice :
Implore leur pardon à l’heure de ta mort.

Tu as tué Lounès : au nom de quel imam ?
Au nom de quelle loi qui dit qu’on tue son frère
Qu’on ne lui laisse pas le temps d’une prière
Pour retrouver la paix en disant son Salam ?

Marie Bataille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi ont-ils tué Lounès ?

De voir ses frères et ses amis,
tomber l'un apres l'autre, morts,
d'entendre accuser sa famille,
quand n'a pas refroidi, le corps...

De voir ces meurtres continuer,
les assassins qui se pavannent,
impunément et sans regret,
Co-manditaires d'Alger, infâmes.

Pourquoi ont-ils tué Lounes,
ceux-la qui l'avaient dejà banni,
pourquoi ont-ils tué Lounès
ceux-là qui l'avaient interdit?

Voir ces sanguinaires jubiler,
quand le rebelle a disparu,
de voir tous ces chiens aboyer,
le lion du Djurdjura n'est plus.

De voir un pouvoir complice,
brandir la matraque, le fusil,
dès que la rue réclame justice,
Zeroual menace la Kabylie.

Pourquoi ont-ils tué Lounès,
ceux-la qui l'avaient arrete,
pourquoi ont-ils tue Lounès
ceux qui l'avaient dejà blessé?

Ceux qui ont cru tuer Lounès,
ne savent-ils pas qu'il renaît,
et qu'immortel pour nous il rest',
que les poètes ne meurent jamais

S'il est né un matin d'hiver,
il revit pres d'un cerisier,
Homme-libre, sur la colline fière,
entre la colombe et l'olivier.

Pourquoi ont-ils tué Lounès,
ceux qui etranglent nos langues parlées,
ceux qui veulent réduire au silence,
notre Tamazight et notre Français.

Alawa TOUMI
Philadelphie, USA

 

                                           
      

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