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le 27 octobre 2001
Quelque part entre Dinant et Namur, Evrehailles est un petit
village de Belgique qui domine la Meuse, sur le plateau, tout
en haut d'une fameuse côte, la Côte d'Yvoir. Petit village !
L'école y accueille une trentaine d'élèves de 6 à 12 ans, c'est
vous dire.
Ce soir, le village est en fête. Comme par hasard, la pluie
a cessé et c'est dans un magnifique couché de soleil rougeoyant
que nous le découvrons. Le village est en fête, ce soir les
enfants de l'école font la première partie du récital qu'Allain
Leprest donnera tout à l'heure. C'est qu'Allain Leprest vient
de passer trois jours avec les enfants. A l'invitation de l'instit,
il a animé un atelier d'écriture de chansons.
A la fin de la soirée, c'est un Allain Leprest fatigué qui
descendra de scène, fatigué mais heureux. Heureux de ces trois
jours passés parmi les enfants qui ont découvert qu'une chanson
ça n'est pas seulement quelques tsoins tsoins mis bout à bout,
des queues leu leu d'amour / toujours, que ça se travaille quoi.
Et c'est ce qu'il a entendu ce soir, le résultat de cet atelier,
" chanson - imagination " comme le chanterons les gosses, alors
ce sera : Côte d'Yvoir " … Toi, mon ami l'Ivoirien / Chez nous,
y'a la côte d'Yvoir/On y va par un chemin/De chez nous peux-tu
nous voir/Réponds-moi petit voisin… Les p'tits pompiers de la
vie "…. Pour combattre toutes les guerres / Ensemble cultivons
la terre / Et pour que vole la colombe / Il faut détruire toute
les bombes … " La recette du bohneur " … Une boucle de cheveux
/ Une grosse marmite / Toutes les couleurs du feu/Punaise !
elle est bien cuite … " Heureux, il l'est aussi de ce récital
qu'il vient de donner devant 200 personnes qui pour la plupart
n'ont même jamais entendu prononcer son nom et dont, il faut
bien le dire, une bonne partie, n'était surtout venue que pour
écouter leurs rejetons. Heureux de la fabuleuse écoute qu'il
nous dit avoir si bien senti tout au long de la vingtaine de
chansons qu'il a interprétées.
Car le miracle s'est produit.
Dès avant la fin de la première chanson " Je viens vous voir
", les bruits des verres qui se choquaient au bar, les pshuuuiiittt,
chuiiitt des gosses glissant entre les chaises avaient cessés.
Miracle des mots, de la musique, miracle du chant, Allain Leprest
nous avait tous, les quelques amateurs venus en sachant mais
tous les autres aussi, les enfants héros d'un soir, les parents,
comme cette mère qui me dira " c'est formidable ", ou ce couple,
sans enfant, monté de Dinant parce que la télé régionale avait
annoncé un spectacle, oui, Allain Leprest nous avait tous pris
à la gorge, au ventre, à l'intelligence, à la mémoire, au coeur.
Et il ne nous lâchera pas.
Avec la complicité/amitié/intimité de Jean-Louis Beydon, son
formidable pianiste, il nous chante les joues de Bilou pleines
de confiture, la petite tombe d'Edith au Père Lachaise,, le
souvenir de Gagarine, le saxe de Max place St.Michel. il nous
dit l'honneur du chien d'ivrogne qui " sous le store troué des
bistrots (fait) des rêves de caniches ", il lance le poing à
ce " … P.D.G des nuages / vendeurs de faux voyages / dealer
de poudre aux yeux " et lui crie " à mon dernier repas / appelle-moi
monsieur / pas mon fils ni machin / un pèr' j'en ai déjà un…
" . Avec lui on partagera les indignités de chez nous " Ce qui
me blesse, esse, esse, esse / c'est d'être solder, der, der,
der / pour pas bezef, ef, ef, ef / S.D.F. Il nous confiera notre
propre nudité " Nu, j'ai vécu nu / Sur le fil de mes songes…//…
Mais nu je continue / mon chemin de tempête / en gueulant à
tue-tête / La chanson des canuts. Tant il vrai que " l'autocar
de l'école (ne) passe pas (toujours) par Opéra ".
Ce matin, dimanche, 28 octobre, là-bas, quelque part en Namur
et Dinant, au sommet de la côte d'Yvoir des gens se réveilleront.
Et quelques uns, oh ! sans doute ne pourront-ils pas encore
fredonner des mélodies et se souvenir de paroles entendues qu'une
seule fois mais ils se réveilleront différents, avec les yeux,
les mains, la voix d'Allain Leprest, sa chaleur, sa fraternité
et des dizaines de nouvelles images fortes, belles, durables
gravées au fond de leur mémoire.
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