| C'est LEPREST, c'est tout ! Par Jean CLOUET |
| Extrait d'une lettre
que m'avait envoyée Jean Clouet, suite à notre rencontre à Barjac. Le soir du spectacle
Leprest, il m'avait entendu dire, émerveillé : " ce type, c'est le nouveau
Brel
et le nouveau Fanon, aussi ! " et il avait rétorqué assez sèchement :
" c'est Leprest, c'est tout. " S'en était suivi une correspondance où je lui
reprochais son ton acerbe et maintenait mon appréciation quant aux prestigieuses
influences que j'avais évoquées. Voici ce qui concerne Leprest dans la longue lettre,
dactylographiée très serré au ruban bicolore sur 6 feuillets, que j'ai reçue en
retour. (les mots en rouge respectent l'original.) Jean Clouet habite Longuenesse ,semble-t-il près de la Belgique,
puisqu'il nous invitait chez lui si on voulait voir " le pays du flamand fou "
allusion à l'une de mes chansons sur Brel). Jordy Ce que je voulais dire par : " c'est Leprest, c'est tout ! "
formule un peu cassante et ton idoine, c'est qu'immédiatement, dès 1985, son style est
maîtrisé et que l'ovation qui lui fut faite à Bourges, alors qu'il était un inconnu,
témoigna, de la part du public, instinctivement de cela,
c'est à dire d'emblée de la souveraineté de Leprest en tant qu'auteur complet. Cela
pour te dire que ce qui m'a toujours agacé, ce sont des formules du genre " Leprest
est le nouveau Brel ou l'héritier de Ferré ", parce qu'il n'y a pas d'influences, chez Leprest , parce qu'il ne mime pas Brel ou Ferré
mais qu'il y a magistralement des devenirs : on entend bien,
écoutant Leprest et écoutant TOUT Leprest, ce que deviennent Brel et Ferré, comment
Leprest les a incorporés, comment il les a digérés, comment il en a été impressionné et comment, magnifiquement, Leprest s'appropriant sa
nature d'artiste en propre, il les a, après totale digestion, expressionnés
, ce qui a donné son style extraordinaire de vérité en cet alliage précis et minutieux
d'une écriture, d'une composition mélodique, d'une gestuelle vocale et corporelle. La
contrepartie étant que les enregistrement en studio paraissent fades dès lors qu'on a vu
Leprest sur scène. Tu comprends que mon admiration pour Leprest est telle que je répugne
à en parler entre deux portes quand, en ces temps de banale barbarie, Leprest, avec
quelques autres, comme des camisards, est l'un des derniers chansophores, ceux qui malgré tout portent encore la chanson, cet art indispensable et
absolument nécessaire. |
Jean Clouet |