Mon Claude

par Jordy

Ode à Claude Aubry

par Rob



L'ami Claude est un type immense : plus d'un mètre quatre vingt dix. Pour se déplacer, il enfournait sa gigantesque carcasse dans un " 4 x 4 " tape cul que j'appelais poétiquement " le camion ". Son " Espace " actuelle est tout aussi surdimentionnée..
Natif de Saint Etienne, dans l'usine à jouets de son père, Claude a cependant un " look " de prince oriental échappé des " Mille et Une nuits ". C'est a peu prés le nombre (de nuits) que nous avons consumées en " fiestas " dans son grand séjour Cannois. Aux murs pendent tous les instruments à cordes existant, ou peu s'en faut :de la mandole ventrue à l'épinette des Vosges, du bouzouki au charengo, en passant par un assortiment complet de tous les types de guitares, Debrau, Takamin, Martin and so on.

Claude sait tout faire, de la cuisine exotique à la fabrication d'un caisson de baffle, Claude est spécialiste en tout, informatique, sémiologie de l'image, technique du son, photo, bricolage de haut vol , et amitié.
Je ne cherche pas à le " caser ". Il a une épouse également musicienne, fille de tambourinaïre et un merveilleux fils de onze ans que je considère comme le seul individu normal de la famille, puisque passionné de foot comme ses tontons adoptifs Jordy et Rob et préférant Fabien Barthés au Roland Barthes de son papa.

En musique, Claude est un touche à tout . Adolescent brûlé au Rock, il a élargi son éclectisme vers le folk à la Dylan…puis, hélas, vers le folk à la Française. Ce fut la période la plus éprouvante : interminables mélopées sautillantes et répétitives, Dulcimère à basse obstinée (et zonzonnante), cuillères à rythme dont j'entends encore dans ma mémoire le " tac-tac -tac " lancinant.

Moi qui ne sais rien faire, j'ai toujours été complexé par la polyvalence de mon meilleur ami. Mais Rob et moi nous conservions LA supériorité suprême : nous savions faire des chansons à texte.
Or, le jour (récent ) de ses cinquante balais, lors d'une soirée bien arrosée au cœur de la forêt des guitares, voilà que Claude nous annonce tout de go : " je vais écrire des chansons "
Ricanement intérieur de ma part,( Ouah, l'autre, hé ! ! !) pendant que je lui dis en y mettant les formes :
" tu es fou, Claude ! on ne commence pas à cinquante ans ! "
Le lendemain, vlan ! vlan ! deux chansons. Et directement au top niveau, s'il vous plaît !
Vingt cinq ans de supériorité Cuffiesque qui s'effondrent à grand fracas.

Depuis, nous mêlons nos chants dans les nuits à guitare.

Georges Cuffi


Post scriptum : il nous manque un bassiste : Mimi le gorille ferait drôlement bien l'affaire. Mais il ne vit pas dans le triangle magique Nice- Vallauris-Cannes. Pour le moment, il n'est pour moi qu'une présence chaleureuse et amicale, à l'autre bout du net. En attendant une prochaine rencontre autour de petites mousses moins virtuelles.



Je me souviens de ce poing énorme abattu sur le comptoir.
Les stylos ( des bleus et des rouges pour les impayés) sont restés plantés dans le faux plafond, jusqu'au capuchons. L'imprudent hôtelier roulait des yeux de pigeons fou . Ils roulent encore (les yeux), petits et ronds, juste à la ligne de flottaison, au ras des prospectus ardéchois vantant les mérites de l'aven d 'Orgnac.

Claude a les mots de la douceur qui passe…

Au moment du tournage, la voiture bourgeoise s'était avancée effrontément dans le champs de la caméra.
Une tempête sans avis déferla alors sur la BMW. Les amortisseurs faisaient " crouic-crouic", on aurait dit un 4L.
Le cadre dynamique à l'intérieur de véhicule psalmodiait: "Je ne le ferai plus! ne me laminez pas!"
Notre héros, débonnaire lui a laissé la vie sauve.

Claude a le cœur de ces matins qui vibrent…

Le philosophe juvénile et chevalin ne voulait pas nous laisser les places du premier rang, sous le prétexte inadmissible de réservations destinées à des personnages importants, des maires , des journalistes…
Mon mètre quatre vingt six, ma voix qui nasillait plus que jamais, les veines qui à mon cou se gonflaient, tentaient de raisonner avec tout la calme dont je suis capable, une solution négociée.
Claude à dit: "Attention, quand mon copain s'énerve, je m'énerve aussi!".
Nous nous sommes assis au premier rang.

Claude a le sourire incontournable, comme un soleil crépu.
C'est un indispensable dans nos vies.

(Surtout depuis qu'il a lâché ses putains de cuillères!)

Robert


Notule explicative :
les événements que Rob relate ont eu lieu:
a) A Bargémes, lors du tournage d'une adaptation de Maupassant), avec des élèves, où Claude était le cadreur.
b) A Barjac, lors d'un récent festival de chansons à texte. Le " philosophe " ne l'était pas du tout. Plutôt prof de fac de lettres à Valenciennes, où il avait inauguré une première chaire sur la chanson. Ce type avait fait une conférence, en présence de Jean Ferrat et de Vasca ,éberlués, mais prisonniers, sur Aragon et sa mise en chanson.
Voilà ce que nous avons entendu avant de nous " casser " : " nous allons définir ce qui est cantilable et ce qui est non cantilable. Nous parlerons donc de cantilabilité et de non cantilabilité. Je vous demande de retenir ces termes que nous utiliserons désormais. " Après, je ne sais plus, nous sommes partis, ayant compris qu'en restant, un esclandre était inéluctable.
Ce Trissotin avait un catogan, ou queue de cheval, d'où l'allusion de Rob au côté chevalin du mec.

Jordy