Vasca

 

Desjardins
Bertin
Didier
Ruiz
Leprest
Dan Bigras
Vigneault
Benin
Chantauteurs de la marge

par Georges Cuffi


Les artistes qui interprètent les chansons dont ils ont composé les paroles et la musique, on les appelle des " auteurs-compositeurs-interprètes " .C'est long et laid. En Espagne, ce sont les " cantautors ". Ce qui sonne beaucoup mieux. Je m'emparerai donc de ce vocable et parlerai désormais de " chantauteurs ".

Cousine par alliance de la poésie, la " chanson à texte ", dite aussi " chanson Rive Gauche " dans les années soixante, a acquis ses lettres de noblesse avec Trenet, Ferré, Leclerc, Brel, Brassens, Ferrat, Barbara. Plus récemment Nougaro et Lavilliers. Je pense avoir cité les plus grandes célébrités francophones. Ceux-là ont réussi à accéder à la notoriété, à l'audience grand public.
Mais dans la marge, chaque génération voit naître de magnifiques " chantauteurs " qui ont moins de chance et ne dépassent jamais le seuil d'une audience confidentielle, bien qu'enthousiaste.
Je citerai, entre autres, Fanon, Vasca, Bertin, Henry Gougaud (celui des romans et contes ! peu de gens savent qu'il a d'ABORD, et pour moi, SURTOUT, été un très grand " chantauteur dans les années 60)
Dans la génération actuelle : Romain Didier, Alain Brun, Allain Leprest surtout.
Mais gardons le sens des proportions : ces inconnus ont tout de même une " clientèle ".
Vasca vend environ 3000 exemplaires de chacun de ses disques, essentiellement par souscription, ce qui est ridicule par rapport à Ferrat (plus d'un million chaque fois!), mais estimable dans l'absolu.
Un recueil de poésie qui " tirerait " à 3000 exemplaires serait considéré comme un immense succès.

L'inconvénient majeur, pour ces créateurs, c'est que la production d'un disque est extrêmement coûteuse et que la majorité des " chantauteurs " de la marge doivent produire leurs disques à compte d'auteur (comme, d'ailleurs, la majorité des poètes)
Or, le coût moyen d'un CD (orchestrations, musiciens, heures de studio, mixage, gravure, pochette, livret de textes, tirage ) s'élève à 200 000 francs (oui : vingt briques !) pour Vasca, par exemple. Pour les vedettes confirmées, multipliez le prix par dix.
C'est donc pour ces auteurs une " galère " quotidienne. Il faut une vocation inébranlable et obstinée pour s'accrocher à ce métier dont ils vivent bien modestement dans le meilleur des cas.

Les " chantauteurs " Québecois sont mieux lotis. La défense du patrimoine linguistique a gardé très vivace l'engouement populaire pour la chanson à texte, chez nos cousins du Canada.Vigneault, Ferland, Léveillé, actuellement Desjardins, peuvent compter sur l'attachement de leur peuple, même s'ils n'ont pas réellement " percé " en France.

Quoi qu'il en soit, ils existent, ces modernes " chanteurs maudits " et ils construisent des œuvres importantes et belles.
De temps à autres, nous ferons part d'un de nos coups de cœur pour un nouveau disque ou un nouvel auteur.
Un peu comme on donne dans les " liens " l'adresse d'un site ami.

Quand à nous (Rob, moi, Claude, d'autres) nous sommes dans la marge de la marge : infinitésimaux !
Nous participons de l'immense diaspora des " chantauteurs " amateurs qui se produisent de MJC en Centre Culturel, de petits lieux en " coinstots bizarres ".
Et c'est beaucoup plus confortable, finalement.

Georges Cuffi