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La prison
de la Conciergerie (l'extérieur)
-Comme
convenu lors de notre dernière balade, je suis très fier, mon
oncle, de te raconter l'histoire de la Conciergerie, un endroit,
comme tu sais, que j'ai visité plusieurs fois et que je pense
bien connaître. Donc nous voici devant la prison la plus célèbre
de Paris, la Conciergerie ! La plus sinistre aussi, bien que
je n'ai pas fait de comparaison avec les autres !
-Je l'espère pour toi mon neveu ! |
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-Conciergerie
d'où vient cette appellation ? Eh ! bien dans le palais
royal de l'époque des rois capétiens, le concierge
était un personnage important. Son rôle relevait
du Surintendant mais aussi du prévôt de la demeure
royale. Le concierge disposait dans le palais et dans ses dépendances
d'un droit de justice qui le conduisit à avoir une prison
pour les malfaiteurs arrêtés dans sa juridiction.
Dans un premier temps, cette prison était localisée
dans les donjons du palais. Puis la prison du Grand-Châtelet
(emplacement aujourd'hui place du Châtelet) venant à
être encombrée à un point tel que la prison
de la Conciergerie devint une annexe de celle du Grand-Châtelet.
Un document datant de 1828 et portant sur les prisons de Paris,
stipule que le nom de " Conciergerie " apparaît
pour la première fois sur les registres en 1391.
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On
sait que vers l'an 1400, la prison disposait déjà
des locaux qu'elle devait garder jusqu'au début du XXè
siècle.
Les deux tours jumelles ont été construites sous
Philippe le Bel. Elles comportent quatre étages. C'est
entre ces deux tours que se trouvait (et cela jusqu'en 1380)
l'entrée des membres du Parlement.
En prenant comme guide la photo ci-dessus, des deux tours jumelles,
la tour à gauche est la tour César, celle à
droite, la tour d'Argent et la dernière, tout à
droite, la tour Bonbec. C'est la plus ancienne des tours, construite
sous Saint-Louis, la seule crénelée et la moins
haute. Son nom vient du fait qu'au XVè siècle,
y était installée la chambre de la question. Les
accusés mis à la torture ayant alors " bon
bec " pour parler. Lorsqu'on la restaura, en 1828, on aurait
trouvé dans son sous-sol deux oubliettes communiquant
avec la Seine, aux parois encore hérissées des
pointes de fer afin de pouvoir déchiqueter le corps des
malheureux qu'on y jetait. On y aurait trouvé aussi des
débris d'instruments de torture.
-Rien de réjouissant !
-La Conciergerie n'était pas une prison où l'on
demeurait longtemps, tout le contraire, on y était incarcéré
temporairement, un lieu de passage en somme, où les détenus
étaient en instance de jugement car aussitôt après
leur condamnation ils quittaient la prison pour se rendre sur
les lieux d'exécution ; place de Grève par exemple,
mais auparavant, obligation pour eux de se rendre sur le parvis
de Notre-Dame de Paris pour faire amende honorable. Pendant
la Révolution, les lieux d'exécutions étaient
la place de la Concorde et plus tard la place de la Nation.
Les prisonniers célèbres :
Le tout premier prisonnier célèbre a été
Enguerrand de Marigny que l'ont a déjà
rencontré à la balade précédente,
celui-là même qui avait été chargé
par Philippe le Bel d'organiser les travaux d'agrandissement
du palais royal ! Désavoué par le successeur du
roi, Louis X le Hutin, il fut incarcéré ici. Il
faut dire qu'étant spécialiste des finances son
immense fortune lui valut des inimitiés. Il fut pendu
à la poterne de Montfaucon en 1315, le roi Philippe le
Bel étant mort un an auparavant Enguerrand de Marigny
se trouva ainsi sans soutien pour le défendre.
-Peut-on situer aujourd'hui l'emplacement du gibet de Montfaucon
?
-Oui, mon oncle, dans le quartier de la place du Colonel-Fabien.
On peut aussi évoquer, au XVIè siècle,
le Comte de Montgomery, qui était un homme
de guerre français. Il fut l'auteur involontaire du coup
de lance mortel dans l'il du roi Henri II, lors d'un tournoi
en 1559, rue Saint-Antoine. Il était le chef de la garde
du roi. Une fois libéré, Montgomery se réfugia
en Angleterre, il revint en France en 1562 pour prendre la tête
des Huguenots et tenter de secourir La Rochelle assiégée.
Il fut pris et condamné à mort en 1574, à
l'instigation de Catherine de Médicis la veuve du roi.
Montgomery fut décapité en place de Grève
(place de l'Hôtel-de-Ville aujourd'hui).
En 1610, François Ravaillac, arriva ici,
seulement deux jours après son forfait contre le roi
Henri IV, le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie à Paris.
Ravaillac était né en 1578 à Angoulême.
Il avait donc 32 ans au moment de l'assassinat du roi. Il fut
soumis au supplice des brodequins (instrument en bois qui servait
à serrer les jambes d'un condamné jusqu'à
être broyées). Il affirma toujours avoir agi seul
et disait que son geste pouvait à la fois sauver son
pays et la religion catholique. Mais il est possible qu'il ait
été poussé inconsciemment par une conspiration
venant de l'entourage de la reine et favorable à l'Espagne.
Il fut " démembré à quatre chevaux
" la même année.
-En fait, cette affaire Ravaillac, on ne sut jamais vraiment
qui avait armé le bras du meurtrier, certains ont parlé
des Jésuites. C'est un peu l'affaire Kennedy d'aujourd'hui
!
-Tout à fait, mon neveu ! d'autant que les aveux de Ravaillac
auraient été faits in extremis et que les procès-verbaux
furent détruits peu après, volontairement ou non,
alors, pour savoir qui avait armé son bras, le mystère
reste entier
Sous Louis XIV, la marquise de Brinvilliers, (1630-1676),
qui fut la plus célèbre de toutes les empoisonneuses
bien qu'elle ait été de la plus haute noblesse
de robe fut, elle aussi, incarcérée dans cette
prison. Elle avait empoisonné son père et ses
frères afin de s'emparer de l'héritage familial.
Ramenée d'Angleterre où elle avait fui en 1676,
son procès est à l'origine de l'Affaire des Poisons,
sorte d'organisation criminelle avec usage de poisons, messes
noires, avortements
où de hauts personnages de
la cour de Louis XIV furent compromis comme Mme de Montespan.
On la supplicia à l'eau puis elle fut décapitée
et brûlée en place de Grève. En tout 34
accusés furent exécutés, parmi lesquels
une sage-femme, la Voisin.
En 1721, le très célèbre Cartouche,
accusé de vols et d'assassinats fut arrêté
dans un cabaret. Enfermé d'abord au Châtelet, il
fut transféré ici où il subit l'épreuve
des brodequins sans rien avouer car Cartouche s'attendait à
être délivré par ses complices qui en avait
prêté le serment, mais comme personne ne vint,
fou de rage, il parla pendant 18 heures et détailla ses
méfaits, nomma ses complices, ses aides, ses assistants.
Il fut roué de coups et décapité.
François Damien qui avait commis une tentative
d'assassinat à l'encontre de Louis XV , (un léger
coup de canif), fut transféré en pleine nuit de
Versailles à la Conciergerie. Il eut droit à un
supplice long, cruel qui devait durer 63 jours pendant lesquels
il fut torturé, attaché à un brancard soumis
à la question pour finir écartelé publiquement.
On considère que son supplice a été l'un
des plus épouvantables par sa cruauté que Paris
ait eu l'occasion de voir.
L'Affaire du Collier de la reine Marie-Antoinette, à
la veille de la Révolution française,
eut un grand retentissement qui salit la royauté : Le
cardinal de Rohan, amoureux de la Reine et désirant gagner
ses faveurs crut la comtesse de La Motte, que la Reine désirait
un collier fort onéreux (1 600 00 livres) des joailliers
Bassenge et Bhmer (voir la balade n°6). La comtesse
de La Motte lui demanda de participer à l'achat
du collier. En fait, au lieu de le remettre à la Reine,
le collier fut remis à l'amant de la comtesse présenté
comme un officier de la Reine, puis démonté et
vendu au détail pièce par pièce. Le scandale
éclata quand le cardinal de Rohan ne put couvrir une
échéance de la dette qu'il avait contractée.
L'affaire éclaboussa la Reine qui ignorait tout de cela,
le Roi porta l'affaire devant le Parlement de Paris, (au lieu
d'étouffer l'affaire comme Louis XVI pouvait le faire)
; un procès éclatant eut lieu qui captiva l'opinion.
Le cardinal fut jugé plus naïf que coupable, il
fut acquitté et passa pour une victime ; la Reine fut
déconsidérée ; sa vie privée mise
en cause et ses dépenses dénoncées. La
comtesse de la Motte (1756-1791) fut condamnée à
être marquée au fer rouge du V des voleurs, au
fouet, et à la réclusion perpétuelle à
la Salpêtrière (qui était en fait un hôpital-prison),
d'où elle s'évada quelques mois plus tard pour
gagner l'Angleterre où elle mourut en 1791 à l'âge
de 35 ans.
-Les heures de gloire de la Conciergerie, si j'ose dire, ont
été pendant les années sanglante de la Révolution française.
Les grands noms comme Danton, Desmoulins et pour finir Robespierre
ont passé leurs derniers moments dans ces geôles.
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Les
bureaux de l'accusateur public Fouquier-Tinville
(1746-1795) (voir photo), occupaient pendant la Terreur le premier
étage des deux tours d'Argent et César ainsi que
le passage les reliant. Les deux autres étages ainsi
que les combles du bâtiment furent affectés, pendant
la terreur, aux appartements privés de celui-ci et sa
famille, sa femme et ses deux enfants. Fouquier-Tinville de
triste renommée était magistrat et homme politique.
Nommé accusateur public au Tribunal révolutionnaire,
il devint le symbole de la rigueur impitoyable et de la cruauté
terroriste
La création des tribunaux d'exception instaura la Terreur,
Danton, lui-même n'avait pas hésité à
déclarer : " Soyons terribles pour dispenser le
peuple de l'être ".
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En
juillet 1793, c'est l'assassinat de Marat dans
sa baignoire par Charlotte Corday. Elle était
noble et parente de Pierre Corneille, son nom complet était
Charlotte de Corday d'Armont. Elle poignarda Marat pour venger
les Girondins. Elle avait 25 ans !
La série des grands procès s'ouvre avec le procès
de Marie-Antoinette. La reine fut transférée
de la prison du Temple à la Conciergerie dans la nuit
du 1er au 2 août 1793. Le roi Louis XVI était mort
depuis six mois (21 janvier 1793), il avait été
emprisonné à la prison du Temple et non à
la Conciergerie comme on pourrait le croire. Les bâtiments
de la prison du Temple ont été démolis
; l'emplacement se trouve au square du Temple près de
la place de la République. Des traces sur le sol marquent
l'emplacement.
La famille royale ne comporte plus à cette date d'août
1793 que quatre personnes : son fils, Louis XVII, Marie-Thérèse-Charlotte,
sa fille, qui survivra aux siens, et Madame Elisabeth, sur
de Louis XVI. La Reine fut placée en cachot sous une
surveillance perpétuelle. La sur de Louis XVI fut
envoyée à l'échafaud sous le simple prétexte
qu'elle était la sur du roi ! Elle fit partie d'une
fournée de 24 femmes. La Reine fut exécutée
place de la Concorde, le 16 octobre 1793 après deux mois
et demi de détention à la Conciergerie. |
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Puis
ce sera le procès des députés Girondins,
accusés d'avoir conspirés contre l'unité
de la République ; puis on a jugé Philippe-Egalité,
duc d'Orléans qui avait voté la mort du roi son
cousin ; puis, le 8 novembre, ce sera le tour de Madame
Roland, l'ancienne égérie de la Révolution
(voir photo). Avant d'être guillotinée, elle prononça
cette phrase terrible : " Liberté, Liberté
! que de crimes on commet en ton nom ! ". Elle avait 39
ans. (Relire la balade n° 6 au 37 quai de l'Horloge) ; le
11, c'est Bailly, l'ancien maire de Paris, responsable
de la fusillade du Champs-de-mars en 1791 et qui avait été
une affaire sanglante ; le 8 décembre, on condamne Mme
du Barry, l'ancienne maîtresse de Louis XV, comme
étant l'incarnation d'une époque révolue. |
| Cet
enchaînement de violences à répétition
se terminera au sein même de la Convention qui prend peur
de Robespierre qu'elle accuse de vouloir devenir dictateur et
le 27 juillet 1794, avec une écrasante majorité
elle décrète son arrestation ainsi que celle de
son frère et de plusieurs autres de ses amis, comme Hanriot
ou Saint-Just. Les prisonniers sont conduits à l'Hôtel-de-Ville.
Au cours d'une lutte Robespierre tente de se suicider ; seulement
blessé il est ramené à l'infirmerie de
la Conciergerie. Quelques heures après il est condamné
à mort par le Tribunal révolutionnaire et guillotiné
place de la Concorde. Le 24 Thermidor, c'est au tour de Fouquier-Tinville
d'être arrêté, incarcéré à
la Conciergerie pendant neuf mois, il monte sur l'échafaud.
Le tribunal est dissous le 31 mai 1795. |
-Peut-on
avoir un bilan de son action ?
-Oui, pendant 718 jours, il a fait exécuter 2780 personnes
dans des milieux les plus divers, allant des hommes politiques,
aux agriculteurs, aristocrates, écrivains, militaires,
ouvriers etc.
et souvent par dénonciations mensongères
ou pire encore par confusion d'identité. On a beaucoup
parlé de guillotine, voici la photo de la pièce
exposée ici montrant le couperet et l'échelle
pour monter à l'échafaud
Sinistre, hein
! |
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Sous
l'Empire, la Conciergerie continua à être une prison
pour le chef chouan Georges Cadoudal impliqué
dans l'attentat de la " machine infernale " contre
Bonaparte il finit sous la guillotine en 1804 ; puis ce sera,
après les Cents jours, le Maréchal Ney,
" le brave des braves " qui sera interné ici
pendant quatre mois avant d'être fusillé le 7 décembre
1815. Le comte de la Valette réussit à
s'en échapper déguisé en femme. Napoléon
III lui même après l'échec de la conspiration
du camp de Boulogne et aussi le conspirateur Fieschi pour son
attentat contre Louis-Philippe (en 1835) et Orsini contre Napoléon
III ( en 1858) seront tous incarcérés ici avant
d'être guillotinés.
Plus près de nous, parmi les prisonniers célèbres
de La tour d'Argent, on peut citer Louis-Philippe Robert, duc
d'Orléans, fils du comte de Paris, qui, exilé
en conséquence de la loi sur l'expulsion des princes,
était rentré en France pour partager le sort des
jeunes gens de sa classe appelés sous les drapeaux. Emprisonné
ici le 7 février 1890, il resta jusqu'au 25 février,
il fut ensuite transféré à la prison de
Clairvaux où il fut détenu pendant 116 jours.
Le prince Pierre Bonaparte, troisième fils de Lucien
Bonaparte, qui, au cours d'une altercation avait tué
le journaliste Victor Noir, fut incarcéré ici.
Ses funérailles furent l'occasion d'une grande manifestation
d'hostilité au Second Empire. Egalement incarcéré,
le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte, deuxième
fils de Jérôme Bonaparte.
Et pour finir Ravachol, la grande figure anarchiste, qui fut
guillotiné en juillet 1892
Depuis
la Révolution, propriété de l'Etat, la
Conciergerie a subi de nombreuses rénovations.
-Bravo mon neveu, tu as bien travaillé, c'était
un bon exposé !
-La prochaine fois, on entrera dans la prison pour voir les
lieux mêmes et connaître la vie quotidienne des
prisonniers.
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Michel
Ostertag |
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Sources
:
En
plus de mes travaux personnels, j'ai utilisé les ouvrages
suivants :
- "
Dictionnaire historique des rues de Paris " de
Jacques Hillaret.
- "
Le guide de Paris mystérieux " dans la collection
des guides noirs.
- Dictionnaires
et encyclopédies diverses.
- Document
sur la Conciergerie, éditions du patrimoine
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