Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Numéro 9

Dans l'île de la Cité

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Reprenons, mon neveu, nos chères promenades et après la Conciergerie si lugubre et si cruelle en souvenirs, nous allons continuer aujourd’hui toujours dans l’Ile de la Cité, mais cette fois autour de Notre-Dame si chargée d’histoire.

  -Un peu de grand air, mon oncle, nous fera le plus grand bien…

-Une fois passé devant le Palais de Justice dirigeons-nous sur notre gauche vers le quai du marché neuf et arrêtons-nous au n° à l’emplacement de la maison, dite à l’enseigne du Grand Coq, où le médecin et secrétaire du roi Théophraste Renaudot (1586-1653) habita. Il avait créé une maison de prêts, annonçant le Mont-de-Piété. Pour  l’époque, on peut dire de lui qu’il fut en avance sur son temps ! Autre singularité, comme médecin, il donnait gratuitement des consultations aux pauvres…De plus, et c’est pour cela qu’il est resté dans l’histoire, il fonda, en 1631, la Gazette de France. Ce journal paraissait deux fois par semaine, le lundi et le vendredi. Il le dirigea  jusqu’à sa mort. Richelieu ne tarda pas à comprendre l’importance de cette gazette, aussi fournit-il lui-même des nouvelles de toutes sortes et poussa le roi Louis XIII à écrire des articles. Grâce à ces appuis, la gazette devint un hebdomadaire quasi-officiel tirant de 300 à 800 exemplaires de quatre pages dans le format de 23x15 cm.

A la mort de Richelieu, Théophraste Renaudot eut des problèmes avec la Faculté de médecine qui lui reprochait d’employer des méthodes dangereuses et l’autorisation d’exercer lui fut retirée.

Un plaque donne l’inscription suivante : « Théophraste Renaudot fonda en 1631 le premier journal imprimé à Paris, LA GAZETTE dans la maison du Grand Coq qui s’élevait ici ouvrant rue de la Calandre et sortant au Marché Neuf » .

A la mort de Renaudot, sa Gazette de France fut dirigée par son fils Eusèbe qui resta à cet endroit jusqu’à ce que le roi le logeât au Louvre. Il mourut en 1679. Le fils de ce dernier, devenu abbé et savant orientaliste céda en 1668 la Gazette.

Contrairement à sa réputation la Gazette ne fut pas le premier journal en France. Un libraire, nommé Vendosme, avait créé en janvier 1631 les Nouvelles ordinaires de divers endroits. A la naissance de la Gazette de Renaudot, celui-ci absorba bientôt les Nouvelles du libraire.

            - Bel exemple de modernité, mon oncle…

            - Avançons un peu plus pour déboucher sur le Parvis de Notre-Dame de Paris avec une vue superbe que ne cesse d’admirer tous ces touristes, et nous avec !

 

Le Parvis

            Paris est né dans l’Ile de la Cité, au croisement d’une route fluviale et d’une route terrestre. L’île formait alors un réduit défensif naturel. La Seine et ses affluents donnaient les moyens de communication par eau, le sous-sol fournissait la pierre à bâtir et la pierre à plâtre. La crypte conserve plusieurs parties de la fondation de l’enceinte, en gros blocs de pierre, de la fin du 3è siècle après J-C, au moment des invasions germaniques. Il faut savoir que les empereurs romains du 4è et 5è siècle étaient des empereurs militaires et dans leur volonté de défendre la frontière du Nord et de l’Est séjournèrent à Paris : c’est ainsi qu’en 300 après J-C Julien fut élevé au rang d’Auguste par ses soldats et Lutèce commença à prendre le nom de Paris. Elle devint capitale quand Clovis, roi des Francs (482-511), y établit le siège de son royaume. C’est son fils, Childebert 1er (511-558) qui fit construire dans la Cité la grande église cathédrale Saint-Etienne dont les fondations se retrouvent sous la cathédrale actuelle. Le contour de cette église qui mesurait 36m de large et au-moins 70m de long est dessiné sur le Parvis par des pierres de couleur beige.

En 1163, l’Evêque de Paris, Maurice de Sully (1120-1196) commence la façade de Notre-Dame. La vieille église Saint-Etienne fut démolie. Au-cours du Moyen Age le Parvis et la rue Neuve Notre-Dame prendront l’aspect qu’ils garderont jusqu’au milieu du XVIIIè siècle. On voit bien sur la gravure ci-contre l’enchevêtrement des rues, de l’Hôtel-Dieu situé à cette époque en bordure de Seine, des habitations et de la chapelle Ste-Geneviève des Ardents.

Comme le parvis fut construit en même temps que la cathédrale et de niveau avec elle, l’ensemble dominait les environs immédiats de 2,50m et un mur entourait le parvis. Cette différence au fil des années disparut petit à petit par l’exhaussement des sols. Au XIIIè siècle, il fallait 13 marches pour aller du parvis à la Seine…

Devant le portail les évêques, puis les archevêques avaient leur Echelle de Justice. C’est devant elle qu’en mars 1314, Jacques de Molay, Grand-maître de l’ordre des Templiers et Guy, commandeur de cet ordre pour la Normandie furent conduits afin qu’ils entendissent le décret du pape les condamnant à être brûlés vifs. Relire la balade n°5.

Au pied de cette échelle, les condamnés venaient faire amende honorable ; ils s’agenouillaient, faisaient publiquement l’aveu de leur crime et imploraient l’absolution de leur pêché. Ils étaient têtes et pieds nus, en chemise et la corde au cou, portant dans une main un cierge de cire jaune et sur la poitrine et le dos une double pancarte mentionnant leur crime. Parmi les plus célèbres : Ravaillac, La Brinvilliers, Cartouche, Damiens… Cette échelle de justice  fut enlevée à la Révolution.

 

Le parvis d’Haussmann et le parvis actuel.

L’architecte Boffrand donna au parvis, au milieu du XVIIIè siècle l’aspect qu’il conservera jusqu’aux grandes dévastation du baron Haussmann.

            Jusqu’au Second Empire, le parvis conservera les dimensions raisonnables que Boffrand lui avait données, mais Haussmann fit raser l’ensemble comprenant l’ancien Hôtel-Dieu et l’hospice des Enfants-Trouvés. Il fit construire au fond du parvis une caserne qui est devenue aujourd’hui la Préfecture de police. (Voir photo) En 1970, l’aménagement du parvis actuel eut lieu lors de la construction de la crypte archéologique et donna au parvis un relief et un aspect qui évoquent son état ancien par le marquage de gros pavés indiquant les  anciennes rues avec le nom de celles-ci comme la rue Neuve Notre-Dame ou encore le contour de l’ancienne église Sainte-Geneviève des Ardents. Un pavage différent figure le plan de l’église mérovingienne Saint-Etienne. Il y a un endroit précis qu’il ne faut pas manquer : devant le portail de la cathédrale, fixée au sol, une rose des vents, en bronze, sorte de point fictif, marque le point zéro des distances entre tous les points kilométriques du pays.

-On voit encore une fois l’audace que certains qualifient de « criminelle », que le baron Haussmann n’hésitait jamais à raser tout ce qui emmurait et empêchait la perspective de se développer. Ici, la critique qui revient sans cesse est que la cathédrale paraît diminuée par un parvis surdimensionné, « un lac de bitume » ai-je lu quelque part !

            -Pour moi, mon oncle, c’est tout le contraire, je n’imagine pas ce que pouvait donner la cathédrale avec toutes ces rues et ces maisons juste devant elle…Enfin, la discussion est vaine, et je préfère cet ensemble avec ce recul qui permet d’admirer l’édifice…On voit trop souvent dans des pays étrangers de magnifiques églises écrasées par le manque d’espace au-lieu d’être mises en valeur.

 

L’Hôtel-Dieu

            Fondé en 651 par Saint-Landry, Evêque de Paris, c’est le plus ancien hôpital de la Capitale et cela jusqu’à la Renaissance !

A l’origine, cet hôpital était situé sur la rive gauche de la Seine à l’emplacement de l’actuelle statue de Charlemagne et du petit square attenant. Reportons-nous à la gravure ancienne du début du texte pour avoir une idée exacte de ce que fut l’ancien hôpital tout à fait à droite en bordure de Seine.

Les grands bienfaiteurs furent principalement Saint Louis et sa mère Blanche de Castille. Les malades de tout sexe, de tout âge, de toute nation et de toute religion étaient admis à l’Hôtel-Dieu. La mortalité y était effroyable : 20% des malades admis…Ils couchaient à deux, à quatre, à six et même à huit par lit (en moyenne, trois), ce qui faisait dire que « dans chaque lit, il y avait le malade, le mourant et le mort ». Son financement était assuré par l’obligation pour chaque chanoine en mourant de faire don à l’hôpital des ressources nécessaires pour y constituer un lit. Plus tard le Régent préleva sur les recettes des spectacles une taxe d’un neuvième au bénéfice de l’Hôtel-Dieu : c’est l’origine du « droit des pauvres ».

Cet hôpital connut par trois fois l’incendie : en 1737, en 1742 et 1772. Il fut démoli en 1878 une fois que fut construit sur l’autre côté du parvis le bâtiment actuel. 

 

 C‘est le Second-Empire qui fit édifier l’hôpital tel qu’il est aujourd’hui. On le doit à l’architecte Diet dans un style néo-florentin. Au plan architectural, le schéma pavillonnaire a été abandonné au profit d’une structure symétrique sur deux galeries parallèles, bordant deux cours centrales où viennent s’appuyer trois ailes transversales.

L’Hôtel-Dieu compte 418 lits.  Commencé en 1867 il sera terminé en 1877. Il fut inauguré par le maréchal de Mac-Mahon en août 1877. Son coût avait été de 36 millions de F.

Jusqu’en 1908, date de l’application des lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les soins étaient dispensés par les sœurs Augustines (depuis 1535), au nombre de 120. La qualité de ses médecins est de notoriété mondiale : Bichat, Dupuytren, Trousseau, Claude Bernard…

Un point intéressant à voir : dans le hall d’entrée, sur la gauche, une maquette sous une vitrine de verre montre le projet de l’architecte Poyet, datant  de 1780. Cet architecte proposait de reconstruire l’hôpital qui venait d’être détruit par l’incendie de 1772 (qui avait fait 14 morts et 19 blessés) ; il avait imaginé reconstruire l’hôpital dans l’île des Cygnes et dans une construction circulaire, inspirée du Colisée de Rome et pouvant recevoir 5000 malades. Ce projet fut abandonné l’année suivante !

            - La prochaine fois, pour la 10è balade, nous terminerons   notre étude de l’Ile de la Cité par la cathédrale et le square situé à son chevet ainsi que le Mémorial aux martyrs de la déportation pour ensuite, une fois prochaine,  traverser le pont et prendre pied sur l’Ile Saint-Louis.

            - A nous l’aventure, mon oncle !

            - N’exagérons rien, mon neveu !

Sources :

En plus de mes travaux personnels, j’ai utilisé les ouvrages suivants :

. « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hilaire.

. Encyclopédies et dictionnaires divers.

             

                                               Michel  Ostertag

 
                                                                                  

Mesurez votre audience