Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Numéro 8

Dans l'île de la Cité

par Michel Ostertag

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            -Bonjour mon oncle, voici un bon moment que nous faisons ensemble nos balades parisiennes et c’est toujours avec autant d’intérêt que je découvre à tes côtés ces lieux merveilleusement chargés d’histoire… Nous voici, aujourd’hui, à l’intérieur de la Conciergerie…Commençons par La rue de Paris.

            Ce nom de rue de Paris date de la Révolution. En fait, on lui a donné le surnom du bourreau, « Monsieur de Paris ». Pendant la Révolution, le nombre des prisonniers excédait largement la capacité des cachots…On créa les « pailleux ». C’étaient des prisonniers qui ne pouvant acquitter le coût de leur séjour étaient réduits à être parqués en salle commune et dormir à même la paille…

-Quelques mots sur Les cuisines : Elles ont été édifiées sous Jean Le Bon vers 1353. Voûtées d’ogives à nervures simples, elle comptent quatre travées. A usage domestique,  l’architecture est fruste et ne comporte aucun décor.

-Nous abordons La salle des Gens d’Armes. Cet ensemble est d’une architecture remarquable, de style gothique datant du XIVè siècle. Les dimensions de cette salle sont imposantes : 63 mètres de long, 27 mètres de large et une hauteur sous voûte de 8,50 mètres. Il y a seulement trois endroits en France où on retrouve ce style : au Mont Saint-Michel, au palais des Papes et au collège des Bernardins.

Cette salle est particulièrement chargée d’histoire : Ici les rois de France ont accueilli leurs hôtes avec faste, autour de la table de marbre noir (qui éclata en morceaux au cours de l’incendie de 1618). Ici, il faut parler de l’étage bas de la Grand’Salle du palais royal ; la Grand’Salle haute est aujourd’hui remplacée par la salle des Pas-perdus du palais de justice. Lorsque le roi Philippe le Bel, en 1313, reçoit son gendre Edouard II, roi d’Angleterre, en présence de tous les barons, ce sont huit jours consécutifs de banquets et de défilés qui se succèdent sans interruption. Et pendant ce temps toute l’île est illuminée et décorée. Ça devait être féerique, n’est-ce pas ?

En 1378, avant de quitter le palais pour le Louvre, Charles V organise une réception pour l’empereur germanique Charles IV, et huit cents gentilshommes sont invités. En 1530, François 1er choisit cette salle des gens d’armes pour célébrer son mariage en secondes noces avec Eléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint et dix ans après il convie l’empereur à partager un somptueux festin.

 D’autres fêtes et réjouissances se déroulèrent ici même comme le mariage de François II avec la reine d’Ecosse, Marie Stuart. La salle que l’on visite pouvait contenir deux mille personnes !

La vie quotidienne à la Conciergerie

-Pendant la Révolution, la Conciergerie fut une prison temporaire, car on ne faisait qu’y passer : quelques jours, voire quelques semaines, le temps de comparaître devant le Tribunal révolutionnaire et d’être envoyé à l’échafaud !

Cette prison appartenait à la catégorie des prison dites « jacobines », réputées les plus dures. Aux heures les plus tragiques de la Révolution, la prison eut jusqu’à six cents prisonniers logés dans des conditions d’insalubrité et d’entassements indescriptibles, au point qu’à la fin de 1793, on craignit que la peste se répandit.

            De la prison, les prévenus se rendaient au Tribunal révolutionnaire par la tour Bonbec. C’est au pied de cette tour qu’ils s’assemblaient pour prendre connaissance du « journal du soir », qui était lu par des gendarmes chargés de délivrer les actes d’accusation à ceux qui devaient se présenter le lendemain devant le Tribunal.

- Sinistre moment, on peut s’en douter ! Il est évident que les principaux lieux ont subi des transformations au cours du XIXè siècle, en fait, même avant cela, car déjà sous Louis XVI, à la suite de l’incendie de 1776, on décida de réaménager la prison  de la Conciergerie, devenue trop vétuste.

Le couloir des prisonniers.

Au temps de la révolution, c’était ici l’axe central de la prison. Les prisonniers accédaient à la prison par la cour du Mai, c’est-à-dire la cour d’honneur aujourd’hui du palais de Justice.  C’est par une  courette en contrebas du grand escalier que les prisonniers faisaient leur entrée dans la prison, et là, ils étaient attendus par « les furies de la guillotine » qui les abreuvaient d’injures. Ensuite, les prisonniers étaient soumis aux formalités d’enregistrement dans la salle du greffe (aujourd’hui la buvette du palais), puis ensuite ils gagnaient leur cellule. Les cellules hommes étaient au nord et celles des femmes au sud. Dans ce couloir des prisonniers, trois petites pièces fermées par des barreaux de bois rappellent le bureau du concierge, du greffier et de la salle de la Toilette.

L’ordre était imposé par le concierge aidé dans sa tache par toute une équipe de geôliers et de porte-clefs accompagnés de nombreux molosses redoutables. Pourtant une certaine humanité régnait dans la prison du fait des concierges. L’un deux, Richard fut incarcéré plusieurs mois pour avoir eu trop d’égard vis à vis de Marie- Antoinette.

La République qui se voulait égalitaire, ne l’était pas du tout. Ici, en fonction des ressources des condamnés la vie de ceux-ci était sensiblement différente ! Pour quelques pistoles, on vous épargnait la paille où grouillaient rats et vermine dans un espace sans lumière, pour être logés à quatre ou cinq dans une cellule avec des lits à sangle. Quant aux  prisonniers de marque, c’était la cellule individuelle meublée où l’on pouvait se faire servir de plantureux repas !

            -Mais pour être honnête, ces privilèges eurent tendance à disparaître dès 1793, sous la Terreur du fait de l’accroissement du nombre des détenus.

La salle de la Toilette

-C’était la dernière étape pour ceux qui avaient été condamnés à mort avant de monter dans la charrette. Ils étaient dépouillés des bijoux qu’ils pouvaient encore posséder : tabatière, broche, bague, médaille, lunette, boutons, montre…objets qui devenaient propriété de la République. Une fouilleuse s’occupait des femmes. Les aides de Samson qui étaient quatre et sept ensuite préparaient les condamnés. On leur liait les mains dans le dos ; le col de chemise était échancré et les cheveux coupés au ras du cou. Ces cheveux devenaient la propriété du bourreau et de ses aides. Le commerce fut tellement important qu’il fut plus tard interdit. Les condamnés étaient ensuite dirigés vers les charrettes parquées Cour de Mai. Une fois chargée, la charrette était placée près de la grande grille de la cour de Mai en attendant la venue des suivantes car le convoi nécessitait cinq voire six charrettes. Le convoi était encadré par des gendarmes à cheval et à pieds et prenait la direction de l’échafaud qui fut installé successivement place de la Concorde (treize mois) place de la Bastille (trois jours) et place de la Nation (un mois et demi).

Marie-Antoinette (1755-1793)

Dans la nuit du 2 au 3 août 1793, de la prison du Temple où elle était enfermée depuis un an Marie-Antoinette fut conduite ici, à la Conciergerie. Ce transfert avait été décidé par la Convention dans l’espoir de faire fléchir le gouvernement d’Autriche afin de l’inciter à négocier avec la République française.

Le calcul s’avéra vain. Il fallut donc mettre en application ce qui avait été décidé.

La reine arriva à trois heures du matin.

On transforma la chambre d’un guichetier en cellule ; elle s’y installa. On lui apportait deux repas par jour. La reine passait ses journées à lire et à prier. Elle était surveillée en permanence par deux gendarmes qui occupaient leurs journées à boire, fumer et jouer aux cartes. Un simple paravent les séparaient de la reine. Malgré cette garde rapprochée, (sa cellule était fortement verrouillée), une tentative d’évasion fut tentée par le marquis de Rougeville qui rendit visite à la reine et laissa tomber au sol l’œeillet qu’il portait à la boutonnière et qui contenait un plan d’évasion. On appela cette tentative d’évasion la « Conspiration des œeillets ».

- Tu sais, mon oncle, on n’a jamais su exactement ce qui s’est réellement passé…

- Bien sûr, sauf qu’on sait qu’elle ne s’est pas échappée !

-Certains historiens prétendent qu’elle est sortie de son cachot, qu’elle aurait

franchie la cour de Mai où une voiture l’attendait…Et là, on l’aurait arrêtée…La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est qu’une enquête a été diligentée ; le concierge arrêté et la reine changée de cachot, celui qu’elle occupait au début étant trop près de la sortie !

La reine ayant eut la mauvaise idée de se confier à un gendarme, l’affaire fut éventée et on la transféra, le 14 septembre dans une cellule plus éloignée où elle demeura trente-cinq jours. Deux gendarmes s’installèrent dans la pièce qui précédait le cachot, ce qui faisait qu’il fallait passer devant eux pour aller chez la reine. La porte était constamment ouverte. La reine disposait d’un paravent haut de 1,30 m.

Son procès s’ouvrit le 15 octobre 1793 à huit heures du matin. Quarante et un témoins vinrent déposer à la barre. Elle fut défendue par Claude Chauveau-Lagarde (1756-1841) qui fut le défenseur de Charlotte Corday et de la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth.

La reine de France dû faire face aux accusations calomnieuses et ignobles de Fouquier-Tinville. Le lendemain 16 octobre à quatre heures du matin, la sentence de la peine capitale fut prononcée. La reine fut ramenée dans son cachot, épuisée et transie de froid, (n’oublions pas que nous sommes en octobre). Elle écrivit à Madame Elisabeth, se belle-sœur, la lettre qu’on appelle « le testament de la Reine ». Trois juges avec le greffier vinrent faire lecture de la sentence, puis vint Henri Samson, le fils du bourreau qui avait décapité Louis XVI. Il lui coupa les cheveux et lui lia avec rudesse les poignets derrière le dos. A onze heures, vêtue d’un déshabillée de piqué blanc, un ruban noir aux poignets, un fichu de mousseline blanche sur les épaules et coiffée d’un bonnet de linon, elle monta dans un tombereau crotté attelé à un fort cheval blanc. A midi et quart, elle fut exécutée en place de la Révolution (ex place Louis XV), aujourd’hui place de la Concorde. Le peintre Louis David exécuta ce croquis le jour même de l’exécution d‘une  fenêtre de la rue Saint-Honoré.

Elle n’avait que 37 ans et 11 mois !

Pour le bicentenaire de la Révolution, dans la Conciergerie, des aménagements eurent lieu, comme notamment, la chapelle expiatoire en mémoire de la famille royale (ce fut une commande de Louis XVIII). Elle occupe l’emplacement de l’infirmerie où Robespierre aurait séjourné et la moitié de la cellule de Marie-Antoinette. Deux stèles sont dédiées à Louis XVI et à sa sœeur Madame Elisabeth guillotinée l’année suivante à l’âge de 30 ans dont le seul crime était d’être la sœeur du roi..

-La Conciergerie continua à être une prison jusqu’en 1914.

-Bien mon neveu, je ne sais pas ce que tu en penses, mais à mon avis, ce n’est pas un lieu où on aimerait rester plus longtemps…Je te propose pour la prochaine balade de reprendre nos pérégrinations à-travers les rues du quartier et je pense que nous pourrions, peut-être, en finir avec cette île de la Cité afin de passer le pont comme dit le poète et aborder sur l’île Saint-Louis des promenades au grand air !

 

Sources :

En plus de mes travaux personnels, j’ai utilisé les ouvrages suivants :

. « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillairet.

. « Le guide  de Paris mystérieux » dans la collection des guides noirs.

. Encyclopédies et dictionnaires divers.

. Document sur la Conciergerie, éditions du patrimoine

                            

Michel  Ostertag

 

 

 
                                                                                  

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