Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Trente-et-unième balade
Autour de l'Hôtel-de-Ville

par Michel Ostertag

  

Rues visitées :

Rue du Renard. Rue Pernelle. Rue des Juges-Consuls. Rue Brisemiche. Rue de la Verrerie. Rue Quincampoix. Rue des Lombards. Rue Nicolas Flamel.

       – Bonjour, mon oncle !

       – Bonjour, mon neveu, quelle joie de se retrouver après une si longue absence…

       – Oh oui, mon oncle, quelques mois d’interruption et j’ai l’impression que des années se sont écoulées depuis notre dernière balade…

       – Bravo ! Alors, reprenons nos bonnes habitudes de « découvreurs » de l’histoire des rues de Paris en continuant d’arpenter les rues de ce quartier, les unes après les autres et l’intérêt ne manque pas ! Commençons par cette petite rue, parallèle à la rue de Rivoli, la Rue Pernelle, nom donné à cette rue en l’honneur de l’épouse de Nicolas Flamel. Cette dame était fort riche et à son décès, elle laissa à son mari une immense fortune, ce qui accrédita la thèse que Nicolas Flamel avait découvert la pierre philosophale et qu’il pouvait ainsi fabriquer de l’or dans un creuset.

– Oui, un héritage est moins glorieux que d’obtenir de l’or en partant d’un vulgaire métal !

Rue Nicolas Flamel

– Cette rue a une superbe perspective, la Tour St-Jacques en ligne de mire !

– Parle-moi, mon oncle, de Nicolas Flamel, a-t-il réellement réussi le grand œuvre ?

– Je ne sais pas, mais c’est pour le moins le plus célèbre d’entre tous les alchimistes ! D’abord, c’était un bon petit-bourgeois parisien, menant une vie familiale rangée, bon époux et tout aussi bon chrétien. Il naquit à Pontoise vers 1330. Etabli libraire-juré, il loua une échoppe près du charnier des Innocents, puis s’installa près de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (Tour St-Jacques) Il se maria avec dame Pernelle, plus âgée que lui et déjà deux fois veuve. Une nuit, en songe, Flamel vit un ange qui lui montrait un livre rempli de dessins mystérieux. Ce livre était le Livre d’Abraham le juif errant…L’ange lui dit : «  Tu n’y comprends rien, pas plus toi que les autres, mais un jour tu verras ce que nul n’y saurait voir. » Quelques mois après, un inconnu qui était entré dans son échoppe lui proposa un livre qui ressemblait fort à celui que l’ange lui avait montré. Il l’acheta ; c’était un grimoire d’alchimiste. Il installa un laboratoire et, pendant vingt ans, chercha, en vain, le mystère qui permettrait de changer en or les vils métaux. Il se tourna alors vers les hermétistes juifs d’Espagne, nombreux et réputés dans toute l’Europe. En 1379, avec l’assentiment de dame Pernelle, il partit les rejoindre sous le prétexte d’effectuer le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les historiens ne sont pas tous d’accord au sujet de ce voyage à Compostelle, certains prétendent que ce fut un voyage symbolique et que dans ce cas, aller à Compostelle pouvait signifier « découvrir le premier maillon du grand œuvre. » Toujours est-il que trois ans après Nicolas Flamel réussit sa première transmutation. Evidemment, cette affirmation est contestée ! En 1386, il réussit une autre transmutation qui aurait eu pour résultat de lui fournir d’importantes sommes d’argent consacrées à des fondations pieuses. Au fil des années il restaura maints bâtiments, acheta une maison pour abriter des pauvres gens, fit édifier des chapelles, des mausolées…Sa réputation d’homme riche devint grande. Il laissa un livre où sont résumées ses expériences d’alchimiste. Il mourut en 1417. Pourtant cette mort n’empêcha pas certaines personnes de croire à l’immortalité de son âme, un alchimiste ne peut pas mourir, la pierre philosophale étant un élixir de longue vie, et plusieurs certifièrent l’avoir vu vivant longtemps après...

Un récit datant d’août 1709, (nous sommes sous Louis XIV) en Anatolie, (partie de la Turquie actuelle) d’un derviche usbec qui raconte s’être lié d’amitié avec le couple Flamel et assure qu’ils sont bien vivants, allant d’un pays à l’autre mais ne disant jamais qu’ils possédaient la pierre philosophale de peur d’être arrêtés.

– On les comprends ! Je pense à Cagliostro !

– Tout à fait, mon neveu ! Ou au Comte de Saint-Germain, plusieurs fois centenaire… Et bien sûr, sa maison fut la proie de bien des prétendants à la course aux trésors que pouvaient cacher les caves de la maison, au point que le procureur du Châtelet, en 1560, fit saisir la maison au nom du Roi. En 1624, un mystérieux bonhomme rendit visite au curé de St-Jacques-de-la-Boucherie en se disant envoyé par une riche et pieuse personne désireuse de restaurer les vieilles bâtisses de la paroisse. Le curé accorda l’autorisation et ce type commença par la maison de Nicolas Flamel, comme par hasard. Il abattit les cloisons, sonda les fondations, mit tout sens dessus dessous, en vain. Il s’enfuit en laissant la maison dans un piètre état et le curé dû, avec ses propres deniers, remonter ce qui avait été démolis.

– Et aujourd’hui, cette maison, qu’est-elle devenue ?

 

– Pour dire vrai, je ne sais pas ! Il existe une maison construite par lui et située au 51 rue de Montmorency, à deux pas d’ici ; elle est considérée comme la maison la plus vieille de Paris, une plaque explique que cette maison est la maison de Nicolas Flamel et de sa femme Pernelle, mais Flamel ne l’a jamais habitée, louée à des pauvres gens, mais pas habitée par lui… Alors !… Pour la prochaine balade, nous irons sur place voir comment elle est.

Au n° : Décroché intéressant avec une grande terrasse incorporée entre deux bâtiments. Photo.

– Entrons dans la Rue des Lombards. L’origine du nom de cette rue remonte au Moyen- Age, sous Philippe-Auguste quand, venant de Gênes, de Venise, de Florence, s’installent ici de riches marchands. Ils sont banquiers, changeurs, usuriers ou prêteurs de fonds.

Au XVIIe et XVIIIe siècle, ce sont des droguistes et des confiseurs qui viennent ici tenir boutiques.

       – Cette rue a une particularité : à l’angle de la rue Quincampoix et de la rue des Lombards, on voit un vide, comme un décroché dans l’alignement des immeubles. Cette bizarrerie existe depuis 1569. Un arrêté du Parlement ordonna de raser la maison qui se trouvait là occupée par deux marchands huguenots après leur exécution. Et depuis cette date, quatre cent trente ans après, rien n’a été changé, l’arrêté est toujours en vigueur ! Photo.

Au n° 14 : Ici se trouvent les caves d’une ancienne chapelle privée datant du XIIIe siècle.

Au n° 17 : Beaux balcons.

Dans cette rue naquit Boccace, en 1313, fruit d’une aventure de son père, un lombard de Florence avec une parisienne. Il devint le premier grand prosateur italien, auteur du Décaméron. Il mourut en 1375.

Au n° 52 : Vieille maison avec une fenêtre par étage.

Au n° 62 : Cave du XIIIe siècle, classée.

– En bout de la rue des Lombards : la  Rue de la Verrerie. Cette rue fut pendant très longtemps une des rues les plus importantes de la rive droite. Son nom vient que la Confrérie des peintres sur verre y était installée à la fin du XIIe siècle. Cette Confrérie comprenait des émailleurs, des verriers et des fabricants de chapelets et colliers. Quand on remplaça les vitraux par du verre blanc, cette communauté déclina.

Le roi Louis XIV pour ses commodités personnelles fit élargir la rue afin qu’il puisse se rendre plus facilement de son palais du Louvre à son château de Vincennes. Cet élargissement profita aussi aux ambassadeurs qui faisaient leur entrée solennelle à Paris par cette voie.

Du n° 2 au n° : Emplacement d’un cimetière d’une superficie de 400 m2 qui recevait 150 morts par an. Il a été fermé en 1772.

Au n° 4  et à l’angle de la rue de Moussy ; un joli trompe-œil. Photo.

Au n° 25 : Le Bazar de l’Hôtel de Ville, le célèbre BHV, il recouvre l’emplacement, en 1834, de la Direction des contributions directes.

Au n° 40 :Vieille maison.

Au n° 63 : Habita ici le peintre François Boucher (1703-1770) Maître de la peinture galante et rococo. Ami de la Pompadour, il fut nommé premier peintre de Louis XV.

Au n° 65 : Maison à trois pignons, restaurée. Une boutique d’un antiquaire d’objets de marine est forte intéressante.  Au fond de la cour : « Bois et couleurs Orient » Une vraie caverne d’Ali-Baba de marchandises provenant du sud-est asiatique avec des meubles, des soieries etc.

Au n° 67 : Eugène Labiche naquit ici le 15 mai 1815. Plaque. Il mourut en 1888.Auteur de pièces à succès, comme Le voyage de M. Perrichon, Le chapeau de paille d’Italie, entre autres.

 

Au n° 70, 72 et 74 : Fenêtres de l’entresol.

Au n° 76 : Presbytère de l’église Saint-Merri, au-dessus de la porte ornée de deux amours ( œuvre de Jacques Blondel en 1731) La partie orientale occupe l’emplacement de l’hôtel de Suger, abbé de Saint-Denis, conseiller des rois Louis VI et Louis VII.

Au n° 78 : Vieille maison et ancienne inscription du nom de la rue dont on voit la trace. Photo.

Au n° 79 : Siège, en 1868, de l’Académie internationale des sciences de chimie, de physique et de minéralogie appliquées aux arts et manufactures.

Au n° 83 : Une des plus pittoresques maisons du vieux Paris, mais sa façade est bien mutilée. Elle date du XVIe siècle. Escalier curieux à rampe de bois visible dans la cour, avec ses trois étages de cintres ajourés. Ce bâtiment est unique à Paris. Il a été habité pendant soixante-quinze ans par un conseiller au parlement de Bourgogne, le père de Bossuet.

En 1690, c’est devenu un hôtel pour voyageurs, à l’époque on parlait de « rouliers et autres charrettes de route » Vers la fin de 1781, le comte et la comtesse de La Motte qui venaient de Saverne y louèrent deux pièces dans lesquelles ils vécurent un an. C’est de là, que la comtesse partait à Versailles pour mettre sur pied ce qui deviendra l’Affaire du collier de la Reine.

– De tout le quartier, la rue la plus célèbre : La Rue Quincampoix . La ville de Quincampoix est située à une dizaine de km de Rouen. Cette rue doit son nom au fait qu’un certain nombre de ses habitants étaient originaires de cette ville. Durant de nombreuses années, elle fut un des centres de commerce de l’orfèvrerie. Aujourd’hui de nombreuses galeries de tableaux y sont installées.

Au n° : Maison en encorbellement, à l’angle de la rue des Lombards.

Au n° 10 : Façade du XVIIIe siècle ; portail, mascaron – tête de Bacchus – courette et imposte, rampe d’escalier. Rez-de-chaussée classé. Photo.

Au n° 12 : Hôtel du XVIIIe siècle, porte cloutée.

Au n° 14 : Porte Louis XV, à écusson de type rocaille ; escalier.

Au n° 13 et 15 : Portes cloutées.

Au n° 22, puis 27 et 29 : Vieilles maisons où dans l’une d’entre elles Nicolas de La Reynie aurait habité. Il était le premier titulaire de la charge de lieutenant général de police de Paris, poste créé par Louis XIV en 1667. Il conserva cette charge pendant vingt ans pendant lesquels il fit disparaître la malpropreté dans la capitale, installa des lanternes, développa le guet et supprima la dernière Cour des miracles.

Au n° 22 : Hôtel de 1715, très belle porte. Photo.

Le n° 29  est un ouvrage de ventilation édifié par « la Société d’Economie mixte et d’aménagement des Halles. » Le décor est en trompe-l’œil peint en 1976 par Fabio Retri. Photo.

   – C’était « une première » dans Paris, je me souviens de la surprise des Parisiens quand ils ont vu ce décor…Les gens s’agglutinaient devant et restaient ébahis…

       – Il faut dire que dissimuler une gaine d’aération de cette importance derrière un décor de théâtre, il fallait oser le faire…

Au n° 31 : Emplacement de l’église de Saint-Josse de 1225 à la Révolution.

Au n° 36 : Maison dont la porte monumentale du XVIIe siècle et ses vantaux sont classés. Voir les têtes de femmes sculptées.

Au n° 38 et 40 : Le Bureau de la corporation des Merciers-joailliers de Paris occupait avant la Révolution, l’emplacement des maisons 117 et 119 de la rue Saint-Martin et 38 et 40 de la rue Quincampoix où était son entrée principale. Plaque malheureusement illisible. 

Ce bureau exista du XIVe siècle jusqu’à la Révolution pendant laquelle l’immeuble fut vendu comme bien national. Dans cette rue, au XVe siècle, habitaient les plus célèbres merciers : sur 122 commerçants installés dans cette rue, 36 étaient des merciers. Il faut savoir qu’avant la Révolution chaque métier n’avait le droit de vendre que les produits fabriqués par le vendeur. Pour pallier à ce manque , on créa, au XIIe siècle, une corporation appelée merciers chez qui on trouvait de tout, d’où le proverbe : « Merciers marchands de tout, faiseurs de rien »

Au n° 41 : Maison à pignon.

Au n° 43 : Emplacement de l’échoppe du célèbre savetier qui, du temps de l’agiotage de Law, la louait 200 livres par jour à des joueurs.

Au n° 46 : Théâtre et cinéma. Centre Wallonie-Bruxelles.

Au n° 54 : Ici se trouvait le fameux Cabaret de l’Epée de bois, maison du XVIe siècle. Jusqu’en 1958 date de son abandon, puis la maison s’écroula en 1963. En 1658, Mazarin, par lettres patentes, créa une communauté de maîtres à danser et maîtres de violon. En 1661, il transforma cette communauté en Académie royale de danse dont le but était de perfectionner cet art et de régler les ballets. Huit ans après, en 1669, cette Académie fusionna avec l’Académie royale de musique pour constituer l’Opéra. Ici, au Cabaret de l’Epée de bois, le noyau de ce mouvement artistique avait pris ses quartiers.

En 1719, quand Law (photo) installa sa banque dans cette rue, ce cabaret devint un lieu de débauche et d’orgie, ce qui attira énormément de monde y compris des gens célèbres comme Racine, Marivaux ou Madame de Tencin. 

 

Un crime eut lieu dans ce cabaret : pour dépouiller un des nouveaux riches, un parent du Régent acoquiné avec un gentilhomme piémontais assassinèrent un courtier du nom de Lacroix au premier étage du cabaret. Arrêtés et comme le crime avait été prémédité, ils furent condamnés au supplice de la roue. La noblesse fit remarquer au Régent que l’assassin était un des membres de sa famille et qu’il devait faire grâce. La fière réponse du Régent fut : « Quand j’ai du mauvais sang, je me le fais tirer » Six jours après le procès, ils furent roués en place de grève.

Au n° 65 : Emplacement au XVIe et XVIIe siècle, de l’Hôtel de Beaufort ayant appartenu au Duc de Vendôme fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrée. C’est dans cet hôtel que s’installa, en 1719, la Banque générale de Law. Précédemment, la banque était installée, en 1716, à l’Hôtel de Montmorency et en 1718 à l’Hôtel de Soissons, rue Coquillière. La rue Quincampoix était depuis longtemps un lieu recherché pour l’agiotage car plusieurs banquiers y étaient déjà installés. Jean Law de Lauriston (1671-1729) était écossais. Il partait du principe que l’abondance du numéraire était la principale source de prospérité pour l’Etat et qu’il suffisait d’augmenter ce numéraire par le crédit, de sorte qu’une banque procurerait au papier la valeur de l’argent. Il voulait donner à sa banque le monopole de l’impôt et des emprunts publics et diviserait en action son capital. Il proposa son plan à l’Angleterre et à l’Ecosse, sans succès. La France était en au bord de la banqueroute à la mort de Louis XIV et le Régent vit dans ce projet le moyen d’échapper à la faillite. Il l’autorisa à fonder sa banque. En 1717, ce sera la Compagnie d’Occident avec laquelle il obtient le monopole du commerce avec la Louisiane (fondation de la Nouvelle-Orléans en 1718) Au début, cela réussit. Ensuite, Law fonda, deux ans plus tard, La Compagnie des Indes qui reçut le privilège de l’ensemble du commerce extérieur, (Mississipi, Indes, Chine etc.) C’était la fusion entre la compagnie d’Occident et l’ancienne compagnie des Indes Orientales créée en 1604 par les marchands de Saint-Malo avec l’appui de Colbert et de Richelieu. De plus, il s’associa avec de grandes entreprises du royaume. Les fermiers généraux s’opposèrent à cette initiative, mais en vain. Le crédit public et le commerce furent ranimés, provisoirement ; d’autres pays de l’Europe imitèrent la France. Law devint surintendant des finances. La spéculation prit son envol, la fièvre spéculative enflamma les esprits ; des ennemis du système, les frères Pâris, incitèrent la flambée des cours de bourse : par exemple, une action de 200 livres se vendit jusqu’à 20 000 livres. Un bossu gagnait 150 000 livres à prêter son dos comme pupitre, un tabouret était loué

6 000 livres par mois par un savetier. Des fortunes insensées s’édifiaient en deux ou trois jours…

       – Oh ! Secours, la banqueroute arrive !     

       – Et parallèlement à cela, la banque multipliait à l’infini le nombre des billets et comme Law ne pouvait distribuer les dividendes promis, les porteurs d’actions réalisèrent leurs mises en échangeant leurs actions en billet de banque puis ceux-ci en argent. C’était la déroute financière ! Comme la banque  remboursait seulement les actions de moins de 10 livres, il y eut soulèvement des épargnants et banqueroute. La banque fut dissoute et Law quitta la France en 1720 avec son ancienne fortune évaluée à 2000 louis. Il mourut dans la misère à Venise en 1729 à 58 ans.

       – Ces frères Pâris, qui étaient-ils ?

– Le plus connu était Joseph (1684-1770), chargé des finances du royaume, il fut évincé par Law. Il s’opposa au système mis en application par ce dernier en créant une assemblée générale des actionnaires. Le roi l’exila en Dauphiné. Après la banqueroute et la fuite de Law, il joua un grand rôle dans la réorganisation des finances. On lui doit la fondation de la première école militaire.

– En fait, son idée était que l’Etat est responsable de la richesse du pays, il préconisa la création d’une banque d’état, d’un système de crédit et la circulation  de papier-monnaie.

Pendant la dernière année de l’activité de la banque, tous les logis de cette rue, caves aussi bien que greniers, tous fut mis aux enchères et achetés à des prix d’or par les placiers, les coulissiers, tous les gens qui gravitaient autour de cette activité d’agiotage. La foule emplissait la rue et le soir venu, il était très difficile au guet de faire évacuer la rue tant il y avait de monde.

       – Après son départ, qu’est devenue la Compagnie des Indes ?

       – Elle a été réorganisée en 1722, elle abandonne alors le commerce de St-Domingue, du Levant et de la Louisiane, mais elle conserve le monopole du Canada, du Sénégal et de la Guinée. En Inde, c’est un Gouverneur général installé à Pondichéry qui la représente. La compagnie prospère avec le commerce des épices, des thés de Chine, des tissus… Les guerres maritimes et coloniales ont raison de ses bénéfices ; le traité de Paris en 1763 et l’abandon des Indes finit de l’achever. Elle sera supprimée en août 1769.

       – On peut dire qu’il a inventé l’économie moderne ?

      – Je ne suis pas assez calé dans ce domaine, mais je crois que Law y a participé grandement, en avance sur son temps, voilà son réel problème…L’Hôtel de Beaufort a disparu avec le percement de la rue de Rambuteau, ouverte vers 1840.

C’est en observant tout ce monde de spéculateurs que Louis-Dominique Cartouche commença de multiples raids à l'encontre de ces riches éphémères. Totalement impuni, il ne fut pas inquiété par la maréchaussée grâce à de généreuses « donations »…

Au n° 69, 71, 75, 77 et 79 : Vieilles maisons.

Au n° 74 : Vieille maison avec balcons en fer forgé. Photo.

Au n° 82 : Passage Molière. Ce passage date de 1791. À l’intérieur de ce passage, on trouve des restes des loges et des galeries de l’ancien Théâtre Molière, fondé sous la Révolution. Inauguré en 1791, deux ans plus tard il devenait le Théâtre des Sans-Culottes. Il devint ensuite en 1798 le Théâtre des Amis des Arts et des élèves de l’Opéra-Comique. Peu après il ferma ses portes. Il rouvrit plusieurs fois de suite sous des noms différents jusqu’à sa fermeture définitive en 1832. Il deviendra alors une corderie, le théâtre fut oublié, abandonné et laissé aux mains des vandales et cela pendant plus d’un siècle ! . Aujourd’hui, le Théâtre Molière, Maison de la Poésie offre dans cet endroit plein de charme d’un Paris secret, tout son rayonnement poétique.. A ne pas manquer si on se trouve dans le quartier !

       – La maison de la Poésie, il me semble, a été créée sous les hospices de Pierre Seghers, n’est-ce pas ?

       – Oui, mon neveu, c’est vrai, en 1983, avec l’aide du maire de Paris et après d’importants travaux de réhabilitation. Cette maison était située, à l’origine dans le Forum des Halles, puis, ici en 1995, dans l’ancien théâtre Molière de 1791. La salle offre 180 places et, de plus, de belles salles voûtées accueillent expositions et lectures. On peut aller sur le site Internet : www.maisondelapoesie-moliere.com pour tout connaître de l’activité de ce théâtre.

Au n° 90 : À cet endroit se trouvait la cloche qui, au temps de l’agiotage de la banque de Law servait à prévenir le public d’évacuer la rue après la fermeture de la Bourse.

Au n° 91 : Porte classée. Très belle avec têtes de lions sculptées.

– La Rue du Renard. Cette rue existe depuis la fin du XIIe siècle.

Son nom vient d’une enseigne : « Au renard qui pêche » Une autre version indique qu’au Moyen-Age, on appelait « renard » un trou par où s’écoulait l’eau d’un bassin ou d’un égout. Cette rue avait un renard et au XI e siècle, on lui avait donné ce nom de « chemin du Renard Saint-Merri »

Au n° 11 : Façade du XVIIIe siècle.

Au n° 12 : Hôtel du Syndicat de l’épicerie française construit, en 1902, par Barbaud et Bauhain. Sur la façade est inscrit : «  Tous pour un et un pour tous » avec un décor sculpté de têtes, de corbeilles de fruits et de fleurs dues à J. Rispal. Balcon en fonte avec ornement 1900. Depuis 1980, c’est devenu un théâtre.

Au n° 19  et 21 : Emplacement du Tribunal des Juges-Consuls, fondé en 1563 sous Charles IX pour juger sans appel entre marchands et autres jusqu’à une valeur de 500 livres. Il comprenait cinq marchands parisiens ; dans la hiérarchie, le premier était appelé Juge et les autres Consuls. Ils jouissaient d’une grande considération et bénéficiaient des plus grands honneurs. Ils étaient élus et renouvelés tous les ans. Les âges prescrits étaient 40 ans pour le juge et 27 pour le consul. Le travail fourni était d’importance, on donne le chiffre de 80 000 affaires traitées par ce tribunal de sa création à 1789.

Ce tribunal s’installa ensuite, en 1826, au premier étage de la Bourse des valeurs, puis transféré en 1864 dans l’immeuble spécialement construit pour lui boulevard du Palais.

       – La Rue des Juges-Consuls. Dans cette rue a habité une dame Lecomte qui fut longtemps la maîtresse d’un poète dont le nom ne nous dit rien aujourd’hui. Lorsque celui-ci annonça à sa maîtresse qu’il allait se marier avec une autre femme qu’elle, Mme Lecomte offrit à sa rivale la somme de 50 000 livres pour qu’elle lui laissât son amant. Un refus lui ayant été opposé,  elle en souffrit à tel point qu’elle se laissa mourir de désespoir. C’était en 1864.

       – Quelle preuve d’amour, n’est-ce pas, mon oncle !

       – Oui, mais tu vois que l’amour peut aussi, quelque fois, être destructeur.

Des n° 2 à 6 : emplacement d’une partie du tribunal des juges-consuls, fondé en 1563 par Charles IX et qui a eu son siège ici de 1570 à 1825.

Au n° : Très belle maison du XVIIe siècle. Belle porte charretière, uniquement pour la décoration, car la cour intérieure est trop étroite pour y recevoir carrosse ou voiture !

       – La Rue Brisemiche : Au Moyen-Age, les chanoines distribuaient du pain aux malheureux du quartier et depuis 1517, cette rue porte ce nom. Dès son origine, cette rue  a été incluse dans le périmètre où étaient tolérées « les prostituées tenant bordel », ce qui avait eu pour effet de rendre furieux le curé de l’église Saint-Merri. A force de remontrances pendant vingt ans, il obtint l’expulsion de ces ribaudes. Mais peu après, le Parlement les réintégra en leurs « bordeaulx » jusqu’à une nouvelle expulsion en 1424.

 

       – La nuit commence à tomber, mes pieds sont fatigués, si nous arrêtions là pour aujourd’hui, qu’en penses-tu, mon neveu ?

       – Bien sûr, mon oncle. Tu sais combien j’adore ces moments à fouiller dans le passé…

       – Donc, la prochaine fois nous irons rue de Montmorency et nous continuerons à écumer ces petites rues du quartier si pittoresques.

– Tu peux compter sur moi, et comme dit mon petit frère « c’est trop bien ! » pour ne pas continuer !

 

Sources : En plus de mes travaux personnels, de compilations et de repérages de lieux, pour cette balade, j’ai utilisé les ouvrages suivants : « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillairet.

« Le IVe arrondissement Collection Paris en 80 quartiers. Action artistique de la ville de Paris.

* « Guide de Paris mystérieux. » Les guides noirs. Tchou, éditeur.

* « Dictionnaire des noms de rue » de B. Stéphane. Mengès éditeur

* « Paris » de Dominique Camus, Guide Arthaud.

Michel Ostertag

Mai 2005