Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Numéro 3                                      

Autour de Notre-Dame de Paris

Troisème  partie

par Michel Ostertag

 

 

 

 

 

 

 

 Oncle Jérôme jamais fatigué, nous voilà repartis pour d’autres découvertes et toujours dans le même quartier. Aujourd’hui, nous continuons dans la rue Chanoinesse, au trottoir opposé à la maison de Bichat, au n°17, une maison dans un renfoncement, c’est celle du prédicateur Henri Lacordaire (1802-1861). Il fut prédicateur et écrivain. La lecture du Génie du Christianisme rendit à l’avocat qu’il était la foi perdue pendant les années du lycée. Il fut ordonné prêtre en 1827.  Prédicateur à Notre-Dame pour les carêmes de 1835 et 1836, il se fait ensuite dominicain à Rome et prêche de nouveau à Paris et en province de 1841 à 1851. Après avoir siégé un moment sur les bancs de la gauche comme député de la Constituante, il se consacre à la province dominicaine, tout en dirigeant le collège de Sorèze, qu’il avait fondé.

Il fut un des chefs de file du catholicisme libéral, aux côtés de Lamennais. Il rétablit l’ordre des dominicains en France en 1843. Il fut de l’Académie française. Malgré une apologie traditionnelle et des arguments faibles, il réussit, par la vivacité de ses convictions libérales, à poser, dans une époque bourgeoise et voltairienne, les jalons d’un retour à la religion catholique

      Juste en face, au n° 18, des vestiges de l’enceinte gallo-romaine ont été découverts en 1908. A côté, au n° 20, se trouvait une tour du XVè siècle, haute de 15 mètres, dite Tour de Dagobert. A l’origine, elle portait un fanal indiquant l’emplacement du port Saint-Landry dont on parlera un peu plus loin dans la rue des Chantres.

Avant de quitter cette rue, une dernière histoire sanglante !

      Vers la fin du XIVè siècle, le quartier connut une sombre histoire de trafic de chair humaine. A un  emplacement de la rue Chanoinesse s’élevaient côte à côte la maison  d’un barbier et celle d’un pâtissier, fort renommé pour l’excellence de ses pâtés.

Les chanoines voisins du chapitre de Notre-Dame avaient l’habitude de loger des étudiants étrangers. Quand, d’aventure, l’un d’entre eux disparaissait, on le croyait victime des truands et ribauds qui pullulaient par ces temps misérables.

Or, en 1387, le chien danois d’un étudiants allemand disparu attira l’attention des condisciples de son maître  en aboyant à la mort devant la boutique du barbier. Pressé de questions, celui-ci finit par avouer que, depuis quelques années, il égorgeait des jeunes gens dont il revendait les corps à son voisin et compère..

Du Breul, qui conte l’histoire dans ses Chroniques, précise : « Et de la chair d’iceluy faisait des pastez qui se trouvaient meilleurs que les aultres, d’autant que la chair d’homme est plus délicate, à cause de la nourriture ; que celle des aultres animaux ».

Les deux complices furent brûlés vifs, chacun dans une cage de fer. Leurs maisons furent rasées et une petite pyramide commémorative s’éleva sur le lieu de leurs méfaits. Et pendant plus d’un siècle, il y eut dans cette rue, une place vide sur laquelle les propriétaires ne croyaient pas qu’il fût permis de construire.

Ce « lieu maudit » est actuellement occupé par le garage des gardiens de la paix motocyclistes.

Engageons nous maintenant dans la rue de la Colombe. Au n° 6, à droite du café, une inscription signale qu’à cet endroit se situait autrefois le rempart romain. Au sol, un pavage différent et transversal correspond à l’ancien tracé de l’enceinte gallo-romaine de Lutèce en 285, lors de l’invasion des barbares.

-Oui, tu vois, à l’époque, pour fuir les invasions

des barbares, les habitants de la rive gauche du fleuve durent abandonner leurs habitations et venir se réfugier dans l’île. Cette muraille était épaisse de 2,5 mètres environ à la base et de 2 mètres au sommet avec une hauteur de 2 mètres de haut.

-Pas très haut, en fait.

-T’as raison, mais cela devait suffire, je suppose.

-De quels matériaux était-elle constituée ?

-De deux parements verticaux entre lesquels on avait entassé hâtivement des pierres de toutes sortes. Tiens, regarde, j’ai apporté la reproduction d’un plan que j’ai pris dans le « Dictionnaire  Historique des rues de Paris » de J. Hillairet, notre bible ! On y voit très clairement la situation géographique de l’île de la Cité par rapport à l’ensemble. On est loin de l’urbanisme d’aujourd’hui, hein…

-La peur qu’ils devaient avoir…face aux hordes barbaresques !

-Et sans avoir le soutien du divin, car à cette époque, bien entendu, la cathédrale n’existait pas encore !

Toujours rue de la Colombe, nous voici maintenant au n° 4, ancienne taverne Saint-Nicolas (1250) dont la tonnelle et les portes ont été conservées ; aujourd’hui cabaret-restaurant la Colombe. La porte basse était surmontée autrefois d’une statue de Saint-Nicolas.

En bout de cette rue, sur la droite, la rue des Ursins, cette rue porte ce nom depuis 1881, en souvenir du très bel hôtel des Ursins qui s’y trouvait. Il a appartenu à la famille des Ursins de 1403 à 1636 ; qui se disait descendante de la famille italienne Orsini.

Au n° 15 : Hôtel de 1899 tenu par les Sœurs de St-Vincent-de-Paul.

Au n° 19 : Plus d’une vingtaine de petites églises se situaient autrefois en l’Ile de la Cité. Elle sont toutes disparues, sauf la chapelle de Saint-Aignan, qui possède encore de beaux chapiteaux. On ne peut y entrer qu’en visite conférence. Avec St-Julien-le-Pauvre, elle est la dernière des petites églises qui s’élevèrent à l’ombre de N-Dame au début du Moyen Age. Cette chapelle a été fondée vers 1116. Saint Bernard vint souvent y prier ainsi que Héloïse et Abélard que nous retrouverons la prochaine fois au quai aux Fleurs.

A l’angle de la rues des Ursins et des Chantres, se situe un très bel hôtel médiéval Renaissance, restauré par l’architecte Fernand Pouillon. (Précisons que l’architecte Pouillon défraya la chronique judiciaire dans les années d’après-guerre dans un escroquerie immobilière au Point-du-jour à Boulogne, il fut condamné à quatre ans de prison en juillet 1963). De la rue des Chantres, on a une vue particulièrement belle sur la flèche de Notre-Dame.

 Vous remarquerez que la rue des Ursins est en contrebas au quai actuel, la cause en est que cette rue est à l’ancien niveau des berges de la Seine. Ici était le premier port de Paris, le port Saint-Landry jusqu’au XIIè siècle, avant l’aménagement de la grève de l’Hôtel-de-Ville.

-Il faut savoir, précisa l’Oncle, que la Seine fut pendant de nombreux siècles, la voie qui permettait à la population de Paris de s’approvisionner en vivres, mais pas seulement en vivres, mais aussi en fourrage, en vins, en bois, en pierres…à cette époque, c’était vital. Jusqu’en 1300 environ, Paris n’eut que trois ports :  celui de Saint-Landry, celui-là même qui nous intéresse en ce moment,  celui du port de la grève, (l’Hôtel-de-Ville) et celui de Saint-Gervais. Et à la mort de Louis XIV, le trafic fluvial avait complètement changé, chaque port avait en quelque sorte sa spécialité, par exemple, pour le foin c’était le port devant le Louvre, pour le vin c’était au débouché de la rue des Barres, le blé, c’était également devant le Louvre et à la rue des Barres, tu vois, c’était déjà la spécialisation…

 -La prochaine balade nous amènera, à côté d’ici, au quai aux Fleurs où nous ferons la connaissance d’Héloïse et Abélard, fabuleuse histoire que celle-là !

 Sources :

En plus de mes travaux personnels, j’ai utilisé les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillaret.
. « Le guide  de Paris mystérieux » dans la collection des guides noirs.
. Dictionnaires et encyclopédies diverses.

 Michel  Ostertag