Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Vingt-neuvième balade
Autour de l'Hôtel-de-Ville

par Michel Ostertag

  

Rues visitées :

Rue de Jouy - Rue des Ecouffes – Rue Fernand Duval – Rue du Trésor
Rue des Hospices Saint-Gervais – Rue des Rosiers.

L’Oncle  : Mon cher neveu, nous voici à nouveau dans ce quartier de l’Hôtel-de-Ville.

Continuons donc nos visites dans ces petites et grandes rues qui se côtoient et n’hésitons pas à parcourir tous ces endroits pour en connaître les secrets.

Le neveu  : Soyons attentifs au plus petit détail, mon oncle, chaque pierre a son histoire, pas vrai ! …

L’oncle  : Tout à fait !

Rue de Jouy

À l'angle de cette rue et de la rue de Jouy, (v oir la balade n°25 ) la plus ancienne enseigne en pierre de Paris : « Le Rémouleur »"

Elle était autrefois peinte. L'originale est conservée au musée Carnavalet. À l'origine, elle était située à l'angle de la rue de l'Hôtel-de-Ville et de la rue Nonnains d'Hyères. Emplacement entièrement démoli aujourd’hui.

Au n° 7 : Hôtel d’Aumont

Michel-Antoine Scarron – oncle du poète burlesque Paul Scarron, le mari de la future Mme de Maintenon – qui était conseiller du Roi, contrôleur des ponts et chaussées, trésorier général de France achète, en 1619, trois maisons à cet emplacement, puis fait construire cet hôtel. On pense que la construction a suivi les plans de François Mansart. Sa fille Catherine, épouse en 1629 Antoine d’Aumont, marquis de Villequier. Celui-ci rachète l’hôtel en 1656 et l’agrandit sur la rue de Jouy. D’abord enfant d’honneur de Louis XIII, il devient maréchal de France en 1651, gouverneur de Paris en 1662, duc et pair en 1665. Comme il aime les fastes et les œuvres d’art, il décore somptueusement sa demeure : par exemple, les salons intérieurs sont peints par Simon de Vouet et Le Brun, c’est dire de la qualité !

Le neveu  : Ça, c’est de l’avancement ! On dit que c’est seulement à la Révolution que les jeunes soldats pouvaient avoir un avancement fulgurant, c’est faux ! À cette époque aussi on pouvait bénéficier de cela !

L’Oncle  : Oui, mais par le pouvoir royal uniquement ! Être en cour, tout était là ! La famille d’Aumont resta en place jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. À ce moment-là, le cinquième duc d’Aumont trouva le quartier passé de mode et quitta les lieux pour s’installer dans un hôtel des plus somptueux de la place de la Concorde…

L’hôtel d‘Aumont, au moment de la Révolution, appartenait à un certain Antoine Tenay (décapité en 1794.) Il fut transformé en mairie, en pensionnat, puis en pharmacie centrale de 1859 à 1938. Quand la Ville de Paris en prend possession, l’hôtel est en bien triste état. Pendant la guerre, rien n’est fait pour remédier à cela. C’est depuis l’installation du Tribunal administratif de Paris que les travaux de sauvegarde et d’adaptation ont pu être menés (travaux conduits par P. Tournon et J-P Jouve) de telle sorte qu’aujourd’hui on peut admirer sa magnifique façade sur jardin qui est l’œuvre de Mansart ; également sa cour pavée (due à Le Vau) qui est d’une belle sobriété. La façade sur jardin est longue avec ses dix-sept travées de fenêtres ; elle est ornée de mascarons, de guirlandes et les balcons de fer forgé sont au monogramme AD (Antoine d’Aumont.) L’intérieur de l’hôtel avait été décoré à l’époque du maréchal d’Aumont par Le Brun.

Au n° 12 : Très belle façade Louis XV, avec une porte rocaille surmontée d’une tête d’Hercule coiffée d’une peau de lion ; belles ferron­neries. À l’angle des rues Tiron et François-Miron : très belle boulangerie ancienne « Au petit Versailles »

Rue des Écouffes

Cette rue a été ouverte au XIIIe siècle pour relier les rues du Roi-de-Sicile et des Rosiers. Le nom Escouffes était donné aux prêteurs sur gages.

N° 2  : Vieille maison.

: Vieille maison. Entrée d’un passage, aussi sombre que curieux, permettant d’aller dans la rue du Trésor. Malheureusement, la porte est fermée actuellement et c’est bien dommage.

18 : Oratoires israélites Roger Fleischmann.

20 : Emplacement de la maison où mourut, en 1674, à 72 ans, le peintre Philippe de Champaigne (inscription) Cette maison avait d’abord appartenu à ses beaux-parents.

21 : Vieille maison.

22 : Immeuble du XVIIIe siècle.

23 : Vieille maison où habita le géographe Philippe Buache (1700-1773), gendre du géographe Delisle.

Au n° 24 : Ancien œil-de-bœuf décoré d’une guirlande.

Au n° 27 : Ici était installée la bibliothèque ouvrière russe-juive. En 1892, fut fondé une première bibliothèque rue Vieille-du-Temple. Cette année-là, parut le premier journal en yiddish de Paris. En 1930, on dit qu’un mensuel trotsky paraissait en yiddish ou Trotsky avait écrit : « 60 000 ouvriers juifs à Paris constituent une grande force »

Rue Ferdinand Duval

L’Oncle  : C’était un avocat et un administrateur, né en 1829 mort en 1896. Comme il était l’ami de Thiers, il devint préfet de Gironde. Puis au moment où Thiers quitte le pouvoir, il est nommé préfet de la Seine.

On a donné son nom à cette rue en 1900. De 1500 jusqu’à cette date, cette voie s’appelait « rue des Juifs. »

À l’angle de cette rue et de la rue des Rosiers se trouvait une statuette de la Vierge que les huguenots brisèrent en 1528 ; ce sacrilège fut l’objet d’une réparation éclatante de la part de François Ier, l’année suivante.

Le neveu  : On ne plaisantait pas avec ces choses-là, à l’époque !

L’Oncle  : Les choses ont-elles vraiment changé depuis, je pose la question ! Le comte François Boissy d’Anglas (1756-1826) aurait habité cette rue en 1804 ; il était alors membre du Tribunat et avait 48 ans.

Au n° : Vieille maison ; ferronnerie, mansarde.

Au n° 11 : C’est ici qu’en 1604, on installa les Carmélites réformées de Ste-Thérèse d’Avila grâce à l’action d’une amie du roi Henri IV Jeanne Avrillot que le roi soutenait en lui envoyant de l’argent qu’il gagnait au jeu ! Elle introduisit les carmélites venues d’Espagne. Elle fut béatifiée en 1791.

Au n° 15 et n° 17: Vieilles maisons.

Au n° 20 : Porte et façade. On trouve au fond de la cour de cet immeuble, un important hôtel du XVIIe siècle appelé « Hôtel des Juifs. » Il est intéressant par ses pilastres, sa toiture et ses mansardes de pierre sculptée.

Rue des Rosiers

L’Oncle  : Depuis le Moyen-Age, Paris a connu différents quartiers juifs. Le plus important d’entre eux s’est toujours situé dans le Marais. À l’époque, les juifs n’avaient pas le droit d’exercer certains métiers comme avocat ou professeur. Ils deviendront des commerçants, des prêteurs sur gage (la même chose pour les Lombards, installés dans un autre quartier.) Chassés à la fin du Moyen-Age, c’est au cours du XVIIIe siècle et un peu avant le XIXe que la communauté juive se reforme ici. Cette rue et la rue des Ecouffes forment comme le centre de ce quartier. On y trouve de nombreuses boutiques casher, spécialités orientales, pain azyme, librairies.

Le neveu  : D’où vient son nom ?

L’Oncle  : Son nom vient des rosiers des jardins voisins, enfin, à l’époque…

Le neveu  : Comme souvent à Paris, il faut une certaine dose d’imagination dès qu’on évoque le Moyen-Age !

L’Oncle  : Cette rue est située sur le chemin de ronde de l’enceinte de Philippe Auguste. Elle est le centre du quartier juif de Paris. Ce sont des juifs Ashkenazim originaires du nord de l’Europe, émigrés de Pologne et de Hongrie qui se sont installés ici. On trouve de nombreuses inscriptions en hébreu et en yiddish. Cette rue a été particulièrement et tristement marquée pendant les années de l’Occupation allemande : dans la nuit du 16 juillet 1942, les juifs de ce quartier ont été raflés par la police française et remis aux autorités allemandes.

À l’angle des rues Mahler et des Rosiers, à voir une belle devanture d’une ancienne boulangerie transformée en boutique de vêtements.

Au n° : Ancien hammam. Seule la façade subsiste.

Au n° : Restaurant de Jo Goldenberg. Le 9 août 1982, un attentat antisémite eut lieu : une bombe explosa près du restaurant, il y eut six morts et vingt-deux blessés. L’enquête a mis en cause le groupe palestinien Abou Nidal.

Au n° 17, 18, 20, 22 : Vieilles maisons.

Au n° 17 et 23 : Maisons du XVIIe siècle.

Au n° 22 : Emplacement de l’enseigne « Au Fourneau économique» En 1907, on y mangeait pour 2 sous - c'est-à-dire 10 centimes de F - soit une portion de viande, soit un bouillon, soit un plat de légumes. Pour un repas complet, il fallait compter le triple. On pouvait apporter son pain !

Le neveu  : Les premiers Restos du cœur, en somme !

L’oncle  : Oui, on croit toujours avoir tout inventé et puis, non ! L’immigration juive après 1903 et le pogrom de Bessarabie (une province russe du centre de l’Europe) formera un exode massif. Le nombre de plats servis passera de 700 à 1800. Cet exode constituera l’origine de la communauté juive dans ce quartier. Les quartiers de la Bastille et de l’Hôtel-de-Ville seront les ports d’attaches de ces gens. Ils deviendront tailleurs, ébénistes, forgerons, cordonniers ou fourreurs.

Au n° 42 : Vieille porte.

Au n° 56 : Curiosité : Ici, un seul étage.

Rue du Trésor

À cet emplacement se trouvait l’hôtel d’Effiat, (marquis et père de Cinq-Mars) datant de la première moitié du XVIIe siècle. Il a été détruit en 1882 pour percer une voie sans issue bordée d’immeubles de rapports. Le nom est donné en référence à la découverte, lors des travaux, de 1882, au moment de la démolition de cet hôtel, d’un trésor de monnaies du XIVe siècle. La fontaine placée au fond est peut-être un vestige de l’hôtel ou un pastiche du XIXe siècle.

Au n° 10 : Lieu de réunion de la Société des ouvriers juifs russes, tendance anarchiste. Aujourd’hui « Café des philosophes »

Rue des Hospices St-Gervais

Du n° 6 à 10 : Écoles primaires. Deux têtes de taureaux, en bronze, ornent deux fontaines jumelles de 1823. Œuvre d’Edme Gaulle, classée aux Monuments historiques. Autrefois, ces fontaines, indiquaient un pavillon de boucherie du Marché des Blancs-Manteaux.

Le neveu  : Ces deux têtes de taureaux, plantées comme ça sur la façade ont beaucoup d’allure. C’est ça Paris !

À chaque nouvelle balade, nous avançons un peu plus dans une meilleure connaissance de ces quartiers de Paris. Gloire te soit rendue, mon oncle ! Quelle sera la prochaine balade ?

L’oncle  : Une balade avec beaucoup de petites rues, chargées d’histoire, comme d’habitude.

 

Sources :

« Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillairet.
« Guide du Paris des faits divers » de Serge Garde/Valérie Mauro et Rémi Gardebled. Éditeur du Cherche-Midi.
« Paris Ouvrier. Des sublimes aux camarades » de Alain Rustenholz Éditions Parigramme
« Paris » de Dominique Camus. Guide Arthaud éditeurs.
« Dictionnaire des noms de rues » de Bernard Stéphane.

Michel Ostertag

Mars 2005