Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Vingt-septième balade
Autour de l'Hôtel-de-Ville

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

  

                                             

Lieux visités :

Place Saint-Gervais/ Rue de Brosse/Place Baudoyer/Rue du Pont Louis-Philippe/Rue des Barres/Allée des Justes/Rue du Grenier-sur-l’Eau/Rue Geoffroy-L’Asnier/Rue François-Miron/Rue Clôche-Perce/Rue Tiron.

-Bonjour, mon neveu, nous sommes bien matinaux, ce matin, tu ne trouves pas ?... Nous voici pour la première fois place de l’Hôtel-de-Ville et là aussi, les balades intéressantes ne manqueront pas, tu verras.

-C’est un quartier que je connais bien, mon oncle pour le traverser souvent mais je crains que sur le plan historique, ça ne soit pas la même chose ! Tes explications seront les bienvenues.

-Commençons par la Place Saint-Gervais.

On voit sur le parvis un orme qui date de 1914. Cet arbre est entouré d’une chaîne. C’est en souvenir du célèbre « Orme de St-Gervais » auprès duquel, au Moyen-Age, les gens s’assemblaient pour le recouvrement de leurs créances. Un dicton était passé dans le langage courant : « Attendez-moi sous l’orme ! ». Cet arbre, plusieurs fois séculaire, fut abattu par la Commune de Paris, le 2 Ventôse an II  pour servir à faire des affûts de canons. Il a été replanté seulement en 1914.

-Tu vois, mon oncle, depuis tant d‘années que je passe ici, à pied ou en voiture, pas une seule fois je ne me suis posé la moindre question concernant cet arbre ! Pour moi, c’était un arbre comme il y en a tant à Paris, c’est tout, mais de là, à imaginer son histoire et remonter au Moyen-Age...

-Eh, oui ! Tu vois l’importance de la connaissance !... Je continue : Le clergé de la paroisse de Saint-Gervais utilise cet emblème comme en-tête pour son papier à lettres. Il est reproduit en ferronneries des balcons du 2e étage des immeubles des n° 2 à 14 de la rue François-Miron, jouxtant l’église, immeubles datant de Louis XV, connus comme étant les « maisons à l’orme ».

Un mot sur le quartier à cette époque : Il faudrait avoir l’imagination assez forte pour concevoir l’état du quartier au temps du baron Haussmann : un ensemble de petites rues aux noms on ne peut plus pittoresques comme rue de la Mortellerie, de la Tisseranderie, du Monceau...

Au n° 1 place St-Gervais et 111 et  82-84  rue de l’Hôtel-de-Ville : Maison des Compagnons du Devoir. Ils sont installés ici depuis 1945. On y enseigne 21 métiers dans le secteur du bâtiment, mais aussi de la métallurgie, de l’ameublement, du cuir, de la tonnellerie. La maison qui donne place St-Gervais date du XVIe siècle ; le bâtiment de la rue de l’Hôtel-de-Ville date du XVIIe siècle.

Rue de Brosse

Elle reçut ce nom en 1838 qui était le nom de l’architecte de la façade de l’église Saint-Gervais Jacques-de-Brosse bien que son nom réel était Salomon de Brosse. La paternité de la façade de l’église lui est fortement contestée, car, en fait, ce serait plutôt Clément Métezeau (1581-1652) qui en serait le vrai auteur. La confusion viendrait peut-être du fait que Métezeau fut le collaborateur de Salomon de Brosse pour la construction du palais du Luxembourg.

Au n° : Magnifique porte.

À l’angle avec le quai de l’Hôtel-de-Ville : Librairie du Compagnonnage.

 

Place Baudoyer

Le nom de Baudoyer vient du nom d’une porte d’une enceinte du XIe siècle, Baudet, qui par déformation a donné Baudoyer.

Le préfet Haussmann avait chargé l’architecte Bailly de rédiger un rapport sur les mairies de Paris. À la suite de ce rapport, la mairie du IVe arrondissement devait servir de modèle pour toutes les mairies de France.

Cette mairie fut édifiée entre 1866 et 1868, en style néo-renaissance. Autour d’une cour centrale se placent quatre corps de bâtiment formant un trapèze irrégulier. L’édifice fut partiellement brûlé à la Commune en 1871, mais on le reconstruisit en 1884.

La salle des cérémonies est magnifiquement décorée de fresque de Fernand Cormon.

-Moi qui suis un lecteur « absolu » de Victor Hugo, mon oncle, mais surtout du Hugo journaliste, un de mes livres de chevet est Choses vues et dans cet ouvrage, à l’année 1848, en juin, précisément, Hugo note ceci : « La barricade était basse, elle barrait la place Baudoyer. Une autre barricade, étroite et haute, la protégeait dans la rue. Le soleil égayait le haut des cheminées. Les soldats étaient couchés sur la barricade qui n’avait guère plus de trois pieds de haut ». C’était la révolution de 1848. Donc, la place Baudoyer était dans l’oeil de la tourmente...

-Hugo, le plus célèbre des amoureux de Paris ! Un détail : Au moment de la construction du parking souterrain, on trouva un habitat mérovingien et des sépultures datant du Ve et VIIe siècle.

 

Rue du Pont Louis-Philippe

Cette rue fut ouverte en 1833 afin de prolonger la rue Vieille-du-Temple jusqu’à la rive gauche. Cette rue possède plusieurs boutiques vraiment originales, comme Papier+, le temple du beau papier ;  un luthier ; un magasin de cadeaux japonais ; des galeries de photos etc.

Au n° 20 : À cet endroit Vidocq (1775-1857) eut une agence de police privée.

Au n° 23 : Emplacement du café des Entrepreneurs qui explosa le 14 juillet 1882 d’une fuite de gaz. Quatre personnes furent tuées et 33 blessées. Les dégâts alentour furent importants.

 

Rue des Barres

Son relief en hauteur lui permettait de surplomber l’environnement de marécages ce qui permettait aux pêcheurs, mariniers de l’époque gallo-romaine de venir s’installer ici. Dès le IIe siècle, une nécropole fut construite sur le versant nord du monticule, puis au VIe siècle, les chrétiens, sur le même emplacement, construisirent une chapelle funéraire dédiée aux martyrs Gervais et Protais. En fait, c’est la troisième église.

     -Ce qui est curieux mon oncle, c’est cette façon de gravir cet endroit, long palier après long palier, on imagine facilement les bords de la Seine à cette époque, le clapotis de l’eau, les barques amarrées ici et là...

     -Mon neveu, tu verses dans la nostalgie poétique, attention, l’Histoire avec une majuscule ne va pas tarder à te sanctionner....

     -Crois-tu ?

Au n° : Vieille maison. La devanture de l’auberge Au pigeon blanc est aujourd’hui un restaurant Chez Julien. La devanture présente des grilles en fonte de 1820, surmontées de pommes de pins. Deux pilastres cannelés encadrent la porte avec deux pigeons. A-côté, la façade d’une boulangerie a été conservée, ornée de très beaux paysages de moulins, de champs de blé avec des tons bleus et verts. Cette boulangerie a fonctionné jusqu’en 1970. À l’intérieur le plafond a gardé le même style.

Au n° 10 : « Librairie de Jérusalem » ainsi qu’une boutique de « Produits des monastères » ouvrent leurs portes aux visiteurs.

Au n° 12 : Vieille maison à l’angle de la rue du Grenier-sur-l’Eau : Maison internationale des jeunes. Cette maison fut construite en 1327 pour le compte de l’abbaye des dames de Maubuisson, près de Pontoise. À partir de 1672, les Filles de la Croix Saint-Gervais ont occupé ce lieu. La ville de Paris acheta le bâtiment en 1972. Aujourd’hui, c’est une des trois MIJE du Marais.

Au n° 15 : À gauche, on aperçoit à travers les grilles, un jardin sur l’emplacement de l’ancien charnier de Saint-Gervais. Au début du XVIIe siècle, des confréries comme celle des marchands de vin ont élevé des petites chapelles à-côté de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais. Ce charnier a été fermé en 1765. Bien sûr, des constructeurs sont venus alentour étendre leurs activités lucratives. Mais passons ! On cite la chapelle qui contenait les restes de Philippe de Champaigne et qui avait été occupée par un confiturier ! Drôle, non ?

C’est l’architecte Albert Laprade qui restaura, entre 1943 et 1945 cet endroit en y installant un jardin dont on devrait accéder par la rue des Barres, au n° 15. Malheureusement pour tous, ce jardin n’est pas accessible. On peut juste photographier à-travers les grilles rouillées. Cet endroit est sale et abandonné de tous.

     -Albert Laprade (1883-1978), en plus de son travail pour la réhabilitation du Marais, c’est lui qui construisit en 1934 le Musée de la France d’Outre-Mer et surtout le barrage de Génissiat, c’est pas rien !

 

Allée des Justes (Rue du Grenier-sur-l’Eau)

Cette partie de la rue du Grenier-sur-l’Eau (à droite en venant de la Seine par la rue du Pont-Louis-Philippe) a perdu son nom en 2001 (nom qu’elle portait depuis 1390) en faveur du nom de l’Allée des Justes en hommage aux Justes qui sauvèrent des juifs durant l’occupation. L’ancien nom de cette rue venait du fait que sous Louis XIV, la corporation des marchands de vin avait son siège dans cette rue.

-Je trouve que cela est bien d’avoir changé le nom de cette rue. Aujourd’hui, elle nous parle plus.

Sur la façade de l’école primaire qui fait angle avec la rue Geoffroy L’Asnier, une plaque est apposée sur laquelle on peut lire : « Arrêtés par la police du gouvernement de Vichy, complice de l’occupant nazi, plus de 1100 enfants furent déportés de France de 1942 à 1944 et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient nés juifs. Plus de 500 enfants vivaient dans le IVe arrondissement. Parmi eux les élèves de cette école. Ne les oublions pas. »

 

Rue Geoffroy-L’Asnier

Le nom de cette rue vient d’une altération du nom d’un bourgeois habitant la rue : Frogier-Lasnier. Autrefois, c’était la rue des teinturiers et des drapiers. Malheureusement ce quartier a subi la loi des démolisseurs et ce qui était le vieux Paris a disparu.

C’est dans une auberge de cette rue que descendit Danton quand il vint pour la première fois à Paris.

Au n° 17 : À l’angle avec l’Allée des Justes (ou rue du Grenier-sur-l’Eau), se situe le Mémorial du martyr Juif inconnu. Ce monument a été construit par Goldberg, Persitz et Arretche. Il a été inauguré en octobre 1956. Il est dédié à la mémoire des juifs morts durant la dernière guerre. Il renferme les archives du Centre de documentation juif à Paris. Actuellement en travaux pour un Musée de la Shoah. Le long  de l’allée centrale seront inscrits les noms des 76 000 juifs de France déportés. Un centre multimédia sera créé en coopération avec le musée de l’Holocauste de Washington.

Au n° 20 : Grand portail du XVIIe siècle avec mascaron à tête de femme.

Au n° 22 : Porte sculptée datant du XVIIe siècle.

Au n° 26 : Hôtel de Châlons-Luxembourg. Hôtel du XVIIe siècle. Cet hôtel a été bâti vers 1626 pour le compte de Guillaume Perrochet qui était trésorier de France à Amiens.

Restauré en 1990, l’hôtel abrite aujourd’hui l’Institut d’histoire de Paris. Cet institut dépend de la Commission du Vieux Paris.

Comme locataires célèbres citons : Gabriel d’Annonzio qui habita cet hôtel en sous-location de 1914 à 1916.

Le portail est considéré comme un des chefs-d’oeuvre du XVIIe siècle. Il passe pour être le plus beau du Marais. Le tympan est orné d’une tête de lion et d’un écusson. Vantaux, battants, heurtoir aux chevaux finement ciselés tout cet ensemble est d’un art raffiné. L’ensemble est classé.

 

Rue François-Miron

Cette rue est l’ancienne voie romaine qui conduisait à Melun. De plus, tu remarqueras la numérotation complètement fantaisiste, par exemple le n° 2 est en face du n° 22 !

François Miron (1560-1609) était conseiller au parlement de Paris, chancelier du dauphin et prévôt des marchands de Paris pendant deux ans jusqu’en 1606. Son nom a été donné à cette rue en 1865.

Du n° 2 au n° 14 : Long immeuble construit par Jacques Gabriel (1667-1742) qui construisit également l’Hôtel Biron. Cette construction fut rapide : de 1733 à 1737. Les ferronneries sont l’oeuvre de Baptiste Bouillot. Elles reproduisent l’orme dont on vient de parler à l’instant.

Il faut admirer la qualité des balcons bien qu’ils soient d’une simple facture.

La famille Couperin habita les n° 2 et 4. Une plaque donne cette indication, mais elle est illisible.

Au n° 10 : Ici est né en février 1807 Ledru-Rollin, membre du gouvernement de 1848, promoteur du suffrage universel. Plaque. Il faut savoir que cet immeuble a failli être détruit en 1941 pour raison d’insalubrité !

Au n° 11 et 13 : Maisons à colombages. À l’angle avec la rue Cloche-pied. Ces deux maisons sont passées très longtemps comme les maisons les plus anciennes de Paris. Il y avait deux maisons à l’enseigne l’une du « Faucheur » et l’autre du « Mouton ». Deux plaques en attestent.  En réalité, il semblerait que ces deux maisons  ont été construites au XVIIe siècle. Une partie du colombage ne date que de 1967, au moment de la restauration menée par l’architecte Hermann. L’ensemble fut consolidé par une dalle en béton armé. Les pans de bois ont été restaurés à l’identique avec croix de Saint-André et bois en écharpe. Le pignon du n° 11 est totalement imaginé. Trois niveaux de caves voûtées se trouvent sous le n° 13. Bien que le rez-de-chaussée soit en pierre de taille ; il faut reconnaître que l’ensemble évoque bien l’époque du Moyen-Age.

Au n° 29 : Commence la rue Tiron : Cette toute petite rue longue de 33 mètres, large de 16 mètres date de 1250. Cette rue faisait partie des neuf rues qui avaient été réservées par le roi Saint-Louis pour que les femmes prostituées puissent « tenir bordel en la ville de Paris ».

Au n° 30 : Les amateurs d’épices et de denrées venant du monde entier feront halte à l’épicerie « Le monde des épices » chez Izrael, un authentique bazar où pistaches, riz, noix, harengs venant des quatre coins du monde se proposent à vous.

Au n° 36 : Belle façade du XVIIIe siècle avec mascarons, cartouches et superbes ferronneries.

Au n° 38-40 : Très belle façade.

Au n° 42 : Façade haute et étroite du XVIIIe siècle.

Au n° 44-46 : Maisons du XVIe siècle, époque Henri II. C’est un arrêt obligatoire pour tout flâneur amoureux de l’histoire de Paris : je veux parler de « l’Association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris Historique ».

Cette association est installée dans une maison appelée « Maison d’Ourscamp » qui fut construite vers 1585 et ne doit son salut qu’à l’acharnement des volontaires de l’Association pour la sauvegarder et la mettre  en valeur. Cette association sut contrecarrer les projets de destruction et ayant eu gain de cause, pendant vingt ans, elle mena activement la restauration de cette maison pour en faire son siège en 1966. Grâce à leurs soins, les caves voûtées du XIIIe siècle ont retrouvé leur état d’origine. L’ensemble du bâtiment est classé.

Au n° 68 : Hôtel de Beauvais. De nouveau visible après de nombreuses années de travaux. Son histoire remonte en 1136, quand l’abbaye de Chaalis reçoit en cadeau de la part de Héloïse une demeure située ici. De cette époque datent les caves à voûtes d’ogives. Au XVIe siècle, cette demeure est divisée en deux corps de logis qui seront par la suite réunis. Le bâtiment actuel a été construit par Lepautre pour Catherine Bellier, première femme de chambre d’Anne d’Autriche, veuve de Louis XIII et mère de Louis XIV. Elle est aussi sa confidente. Elle était mariée à Pierre Beauvais un marchand de rubans. Catherine Bellier était décrite comme borgne et laide. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir de nombreux amants ! Parmi ceux-ci, on cite l’archevêque de Sens. Elle est célèbre pour avoir, à 40 ans « déniaisé » le jeune roi Louis XIV qui avait 16 ans.  Ce qui rendit folle de joie la mère du roi, Anne d’Autriche. Pierre de Beauvais fut nommé conseiller du roi, puis baron, Catherine Bellier devenue baronne, elle reçut une importante somme d’argent qui lui permit d’acquérir le bâtiment de l’abbaye de Chaalis. On la surnomma Cateau-la-Borgnesse ! C’est le premier architecte du roi, Lepautre qui, sur un terrain ingrat, a su développer un hôtel d’une grande qualité. Il n’hésita pas à prendre des pierres du Louvre malgré l’interdiction formelle de Mazarin. Le jeudi 26 août 1660, l’hôtel est inauguré en présence de la reine-mère, Mazarin, Turenne et la reine d’Angleterre qui assistent du balcon à l’entrée royale de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Paris après leur mariage qui avait eu lieu le 9 juin précédent à Saint-Jean-de-Luz. Cette entrée triomphale du couple royal bénéficiait d’un luxe jamais vu auparavant. Toute la matinée, le roi et la reine, assis sur un trône installé place du Trône (aujourd’hui place de la Nation) avaient reçu l’hommage de tous les grands corps constitués et c’est à deux heures que le cortège est parti par la porte Saint-Antoine, la place Baudoyer, toutes les rues où passait le cortège « étaient drapées de tapisseries et bordées de deux doubles rangées de compagnies bourgeoises richement vêtues et armées ». Le cortège n’arriva au Louvre qu’à cinq heures après avoir passé sous cinq arcs de triomphe. Donc, au balcon de l’Hôtel de Beauvais avaient pris place Anne d’Autriche, la reine d’Angleterre, Henriette de France et sa fille la princesse Henriette d’Angleterre. À un autre balcon était installé Turenne, puis Mazarin qui avait commencé par être en tête du cortège, puis arrivé à la hauteur de l’Hôtel de Beauvais avait quitté le cortège pour venir assister au défilé. Le balcon était recouvert d’un dais à longue queue de velours rouge. Les fenêtres devant les balcon recouverts de tapis de Perse étaient prises par les dames de la cour sur un côté et sur un autre par les seigneurs. Le roi montait un cheval bai couvert d’une housse brodée d’argent et de pierreries. Devant une telle assistance, il s’arrêta et salua. Quant à la reine, elle était assise dans un carrosse dont les roues et le train étaient recouverts d’or et d‘argent. Le carrosse était tiré par six chevaux gris perle.

-Mais revenons à cette Cateau la Borgnesse ! En 1667, à bout de ressources, le roi lui accorda le privilège des carrosses et celui des messageries de Versailles. Vieillie, enlaidie et toujours lubrique elle devait payer ses amants qui se montrèrent souvent exigeants. Son mari mourut en 1674 et lui laissa de nombreuses dettes.

À la mort de Catherine Bellier en 1690 à l’âge de 76 ans, l’hôtel connut plusieurs propriétaires dont Jean Ory, - un financier -, puis ses deux fils. En 1755, il fut loué au comte van Eyck, envoyé extraordinaire du duc de Bavière. Il profita de son statut de diplomate pour transformer l’hôtel en tripot. En 1763, il y logea pendant cinq mois une famille venant d’Allemagne, les Mozart. Le père du compositeur ainsi que la soeur de Wolfgang âgée de 10 ans. Wolfgang à ce moment-là avait sept ans et il faisait vivre toute la famille. Il obtint un grand succès à la cour de Versailles, mais il fut contrit que la marquise de Pompadour ne l’ait pas embrassé. Une plaque est apposée, à gauche de la rotonde. En 1769, Van d’Eyck devint propriétaire de l’hôtel et, à sa mort, en 1777, il laissa l’hôtel à ses filles. Au moment de la Révolution, l’hôtel fut confisqué car les filles de van d’Eyck avaient émigré.

Christine de Suède en exil y séjourna aussi.

Sur le plan architectural, Lepautre sut tirer parti du terrain fort restreint. Ne pouvant exécuter un plan classique d’un hôtel particulier avec commun, corps de bâtiment et au fond le jardin, il conçut le bâtiment principal sur rue dont le porche immense encadré de grosses bornes mène à une rotonde entourée de colonnes doriques. À gauche, un escalier en pierre, superbe, avec chapiteaux corinthiens et plafond sculpté dû au flamand Van der Bogaërt. La cour ovale est entourée de pilastres et de colonnes ioniques avec un balcon au milieu. De plus, au rez-de-chaussée, une série de boutiques dont Catherine Bellier fut heureuse de toucher les loyers.

     -Ce Lepautre, qu’avait-il fait avant cet hôtel ?

     -Antoine Lepautre (1621-1691) édifia la Chapelle du couvent de Port-Royal à Paris ; architecte du duc d’Orléans, il exécuta des travaux pour le parc et le château de Saint-Cloud, mais son grand titre de gloire, c’est d’avoir conçu cet hôtel de Beauvais.

Aujourd’hui, après toutes ces années de travaux, c’est la Cour administrative d’Appel de Paris qui occupe les lieux. Détail amusant : Sur place, l’autre jour, j’ai appris, par une dame d’un certain âge, qu’il y a quarante ans, une clinique d’accouchement avait été installée au rez-de-chaussée dans la cour ovale. Et depuis que le porche est ouvert au public des personnes viennent en disant, toutes fières : « Je suis née ici » ! D’autre part, le film « Camille Claudel » a été tourné ici dans ces lieux, portes fermées, pendant plusieurs semaines, à l’abri des regards indiscrets.

Au n° 80 : Vieilles maisons des XVIIe et XVIIIe siècle.

Au n° 82 : Hôtel Hénault de Cantorbe.  À cet emplacement, existait une demeure habitée par le connétable Du Guesclin. Au centre du balcon, le promeneur à l’oeil attiré par une tête de Maure barbue coiffée d’un turban orné d’une aigrette. La construction date de 1706 pour François Hesnault, seigneur de Cantobre. Cet hôtel présente la plus remarquable façade de Paris. Ce bâtiment, comme celui du n° 42 a failli être démoli en 1939. C’est aujourd’hui la Maison européenne de la photographie dont l’entrée est 5-7 rue de Fourcy. Voir la 25e balade parisienne.

     -Mon cher neveu, nous voici à la fin de cette balade, pour la prochaine fois, je te propose une visite détaillée de l’église St-Gervais-St-Protais, l’importance de l’édifice mérite qu’on y consacre une balade entière, tu ne penses pas ?.

     -Bien sûr ! À cette occasion, je réviserai mon latin, je te le promets !

     -Je t’en demande pas tant !

 

 

 

 

Sources : En plus de mes travaux personnels, de compilation et de repérage des lieux, j’ai utilisé les ouvrages suivants : « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillairet.

« Le IVe arrondissement ». Collection Paris en 80 quartiers. Action artistique de la ville de Paris.

« Dictionnaire des noms de rues » de Bernard  Stéphane.

« Promenade dans le Paris disparu » de Léonard Pitt, chez Parigramme

« Reconnaître les Façades, du Moyen-Age à nos jours, à Paris» de J-M Larbodière chez Massin.

« Paris » Guide Arthaud de Dominique Camus.

Michel Ostertag