– Brr… eh bien, mon neveu ! Ce matin, Paris a revêtu son manteau
d’hiver… Regarde ce beau ciel bleu azur, notre balade va être
super agréable et, comme prévu, nous allons terminer cet après-midi
notre étude autour de la place de la Bastille.
– Un dernier « fignolage » en quelque sorte, hein ! mon
oncle ? .
– On peut dire ça comme ça !
– Par quelle rue va-t-on commencer ?
– On peut commencer par la Rue de la Cerisaie, si tu veux bien.
Au n° 10 : Emplacement du fastueux hôtel du financier Zamet (1580-1587).
Pour avoir une idée de l’importance de ce domaine, il faut
l'imaginer entre les rues de la Cerisaie et de Lesdiguières,
allant de la rue Castex à la rue Saint-Antoine. Zamet avait
commencé sa carrière comme valet de chambre d'Henri III. Ayant
la confiance de ce roi, il put ainsi amasser une grande fortune.
Il alla même jusqu’à prêter de l’argent à Henri IV et, auprès
de ce roi devenir un agent entremetteur dans ses aventures
amoureuses. C'est chez lui que Gabrielle d'Estrées venant
à Paris faire ses Pâques mangea une orange deux jours avant
de mourir chez sa tante. Tout le monde crut qu’elle avait
été empoisonnée par Zamet ; mais il fut disculpé.
– Lis cette plaque, mon neveu : "Ici s'élevait l'hôtel de Lesdiguière où le czar Pierre le Grand séjourna
en 1717." En
effet, le Tsar préféra venir s’installer ici plutôt que de
loger dans les appartements du Louvre. Louis XV avait sept
ans seulement quand il vint rendre visite ici à l’empereur
de Russie.
Au n° 15 : Hôtel Titon du Tillet. Belle porte cochère et motifs floraux
surmontant les fenêtres des deux premiers étages. Ici était
installé le siège de la Chambre syndicale de l'ameublement.
Au n° 31 : Maison occupée au XVIIIe siècle par le bureau administrant les
biens temporels du couvent
des Célestins. On conte que les administrateurs y faisaient
bonne chère et qu'à un signal donné une trappe s'ouvrait pour
laisser monter de la cave une table admirablement garnie.
Ainsi ils pouvaient festoyer à l’abri des regards indiscrets…
–
Pas mal pensé, mon oncle, quelle organisation !
–
Oui, en effet, ils étaient rusés.
Rue de l'Hôtel-Saint-Paul
Cette rue a remplacé l'ancien Passage
Saint-Pierre ouvert en 1670 et qui fut jusqu'à la Révolution
la principale voie d'accès au Cimetière de la paroisse Saint-Paul.
Rue et quai de l'Hôtel-de-Ville
À l'origine cette rue commençait rue
du Figuier et se terminait à l'Hôtel-de-Ville. Son nom était
la rue de la Mortellerie. C'est l'agrandissement de l'Hôtel-de-Ville,
en 1837, qui a amputé la section ouest de la rue et, plus
tard, l'agrandissement de la caserne Lobau a continué à réduire
la longueur de cette rue. À l'origine, cette rue s'appelait
Rue de la Mortellerie, mais au moment de l'épidémie de choléra,
en 1832, épidémie qui fit, rien qu'à Paris 19000 victimes
dont 300 dans cette rue, les habitants survivants firent une
pétition pour changer le nom par trop mortifère de leur rue
et obtinrent qu'elle soit dénommée rue de l'Hôtel-de-Ville.
Du n° 1 à 9 : Tout ce côté de la rue a été démoli pour laisser la
place au jardin de l'Hôtel de Sens.
Du n° 2 à 8 : Hôtel de Sens. Voir la balade précédente.
Des n° 12 à 40 : Cité Internationale des Arts, bâtiment construit, suite à un projet
du peintre finlandais Ero de Snellman. Pour la peinture, la
sculpture, la gravure et la musique ce que la Cité Universitaire
est à l'enseignement. Elle abrite 250 ateliers et studios
avec logement, salles de conférences, bibliothèque, restaurant,
club etc. Au-dessous, des arcades abritent des magasins divers
comme une banque, un atelier d'encadrement d'un meilleur ouvrier
de France… Sous le jardin, on a creusé un parking pouvant
recevoir 550 voitures en deux sous-sols. L'inauguration eut
lieu en janvier 1964.
Le square Albert Schweitzer, face à l'hôtel d'Aumont est mitoyen avec la Cité.
Au n° 52 : Une boutique "Les amis de Charles Trenet".
Au n° 80 : Fronton et cadran solaire proviennent du 4 rue du Marché des
Blancs-Manteaux.
En face, un monument à la gloire du bataillon
Français de Corée.
Au n° 82 : Maison à pignon, conservée.
Au n° 84 : Maison du XVIIIe siècle, restaurée. Ledru-Rollin, né en 1808,
aurait habité ici jusqu'en 1828. C'est aujourd’hui le siège
de l' « Association ouvrière des compagnons du devoir ».
Au n° 95 : Ancienne inscription du nom de la rue. Photo.
Au n° 103 : Une curiosité : un étroit passage relie la rue de l’Hôtel-de-Ville
au quai de l'Hôtel-de-Ville.
Au n° 111 : La « Compagnie du Devoir » fait angle avec la rue de Brosse.
Rue du Fauconnier
Cette rue donne dans la rue Charlemagne à angle droit. Elle vaut
pour son calme, ses façades
fleuries et une magnifique porte cochère au n° 11, (voir photo).
–
Cette rue, n'est-ce pas mon neveu est merveilleuse, tu es
d'accord avec moi
–
Oui, pas une seule voiture, le rêve, quoi, surtout au cœur
de Paris !
Rue de Lesdiguières
– En fait, cette rue, avant la Révolution était un cul-de-sac. Elle
fut transformée en rue un peu avant la Révolution (en 1765).
C'est ici que le peuple de Paris se regroupa avant d'attaquer
la Bastille le 14 juillet 1789.
– On imagine bien les insurgés, la pique à la main…C’est vrai !
Mais mon oncle, une question : qui était ce Lesdiguières,
avec un nom aussi dur à prononcer ?
– Duc, maréchal,
pair de France et connétable. (1543-1626). Chef du parti protestant
dauphinois, il échappa de justesse à la mort au moment de
la Saint-Barthélemy, à Paris où il était venu pour le mariage
du futur Henri IV avec Marguerite de Valois, celle qui deviendra
la reine Margot. Ami du roi, celui-ci le nomma aux plus hautes
fonctions. Un détail amusant : Il finit par adjurer le
protestantisme mais cinquante ans après le massacre qui a
failli lui coûter la vie...
– C’est
ce qu’on appelle avoir l’esprit de réflexion…
Rue Charles V
– Entre les rues Beautreillis et Saint-Paul, elle fait comme la barre
d'un H majuscule. Au sujet de cette rue, il faudrait revenir
sur un point historique qui garde, ici, une grande importance
: je veux parler de l'époque du roi Jean le Bon qui était
prisonnier des Anglais. Son fils, le dauphin Charles – qui
régna sous le nom de Charles V –, subit en février 1358 l'attaque
de 3 000 émeutiers sous la direction d'Étienne Marcel, cela se passait au
palais de Justice actuel, le palais royal en ce temps-là.
Ce fut un massacre et le dauphin eut la vie sauve par miracle.
Il put s'enfuir en barque et s'éloigner de la capitale. Quatre
semaines après il revint en force, ses ennemis furent défaits
et Étienne Marcel exécuté.
Bien évidemment, il ne voulut plus habiter
son palais, dans l'Ile de la Cité et préféra s’installer à
l'Hôtel Saint-Pol qui était protégé par la Bastille. Cet enclos
s'étendait entre l'église et le cimetière Saint-Paul, la rue
Saint-Paul, la Seine, la rue Saint-Antoine et la rue du Petit-Musc.
Dans cet enclos, on y voyait des pièces d'eau, des parterres,
des treilles, des arbres fruitiers, des écuries, des chapelles,
des ménageries et des logements pour le personnel. De hautes
murailles entouraient l'ensemble. Elles étaient percées de
trois portes, trois entrées : une sur le quai, une rue Saint-Paul
et une autre rue Saint-Antoine. Charles V habitait continuellement
en cet hôtel. De même pour son fils, Charles VI, le roi dément.
Puis cet ensemble fut inoccupé à partir
de 1422 pour cause d'insalubrité (égout nauséabond, fossés
de l'enceinte de Charles V pestilentiels). Onze ans plus tard
François 1er à la recherche de terrains à bâtir,
mis l'enclos en vente et c'est à ce moment qu'on perça les
rues Charles V, Beautreillis et des Lions St-Paul.
Au n° 2 : Le mascaron de la porte et le balcon du XVIIIe siècle sont classés.
Anciennement cabaret fréquenté par Robespierre.
Au n° 5 et 7 : Maisons du XVIe
siècle.
Au n° 6 : Hôtel de la Cosaye,
de 1642 ; en 1683, hôtel
de la Grange ; en 1705, hôtel
de Potel.
Au n° 7 : Hôtel habité par le comte de Canclaux, général en chef de l'armée
républicaine de l'ouest. C'est lui qui reçut la soumission
de Charrette en 1794. Il a été ambassadeur en Espagne, puis
à Naples sous le Directoire ; sénateur en 1804. Il avait été
nommé comte sous l'Empire et pair de France sous Louis XVIII.
Porte.
Au n° 8 : En 1642, hôtel de Garnier.
En 1683, hôtel Sallin.
En 1705, hôtel de Doublet, seigneur de Persan,
qui le loua à la marquise de Coislin.
Au n° 10 : Hôtel de 1642. C'était la propriété de Claude Mallier du
Houssay, conseiller au Parlement, puis ambassadeur à Venise
et qui entra dans les ordres après un double veuvage. Une
descendante de cette famille épousa le grand Condé.
Au n° 12 : Hôtel de la marquise de
Brinvilliers. On l'appelle aussi Hôtel d'Aubray du nom
de jeune fille de la marquise. Cet hôtel a été construit en
1620 pour Gobelin, président à la Cour des comptes.
Son fils Antoine épousa en 1651, Marie-Madeleine de Dreux
d'Aubray, née en 1630 et fille d'un conseiller d'état. Le
père était riche, il donna à sa fille, en dot, 200 000 livres
qui étaient une somme considérable. Le couple eut trois enfants.
La paternité était douteuse car Marie-Madeleine avait, certes,
reçu une excellente éducation, mais ne possédait pas la moindre
once de moralité : elle avoua avoir été dévergondée à 7 ans
et s'être souvent livrée à ses frères – ils étaient cinq enfants
et elle était l'aînée.
En 1659, elle eut comme amant un certain
chevalier Godin, dit de Sainte-Croix : un officier de cavalerie
que son mari lui avait lui-même présenté. Un mariage à trois
s'établit. Si le mari ne s'offusquait pas des frasques de
sa femme, par contre, le beau-père s'en émut et obtint du
roi une lettre de cachet qui envoya Godin à la Bastille pour
six semaines. Évidemment, cette façon de faire attira de la
part de sa fille haine et rancœur. À la Bastille, Godin fit
la connaissance d'un italien, Exili, expert en poisons. Godin
s'était déjà intéressé aux poisons en fréquentant l'école
du fameux chimiste suisse Christophe Glaser qui était le pharmacien
du roi Louis XIV et du duc d'Orléans (il était établi rue
du faubourg Saint-Germain). Les relations des deux hommes
ne purent qu'être fructueuses !
Après cette détention, Godin sortit de
prison et alla s'installer 5 rue Hautefeuille où Exili ne
tarda pas à aller le rejoindre. La marquise dans son ambition
d'hériter de sa famille étudia les « recette Glaser »
transmises par son amant et « travailla » sur un
poison composé de venin de crapaud, d'arsenic et de vitriol.
En sa qualité de dame de charité à l'Hôtel-Dieu
elle put expérimenter ses potions auprès des malades afin
de trouver le juste équilibre entre les différents ingrédients.
–
Comment procédait-elle ?
–On dit qu'elle s'intéressait aux malades en leur apportant du vin
et des
biscuits et aussi des confitures…On dit
aussi que ces malades mouraient en d'effroyables douleurs…
Elle continua ses expériences sur ses
propres domestiques qui apprirent à se méfier de la nourriture
donnée par leur maîtresse !
–
Tu parles, ils avaient intérêt à être attentifs à ce qu’ils
mangeaient…
Comme personne ne s'aperçut de rien, elle se trouva conforter
dans cette volonté d'hériter. Comme son père qui vivait dans
ses terres d'Offrémont était souffrant, il appela sa fille
à venir le soigner. Elle l'empoisonna en huit mois aidée en
cela par un laquais complice. Mais, résistant, le pauvre homme,
dut subir trente tentatives d'empoissonnement pour finir par
succomber ! C'était en 1666 ; il avait 66 ans. Ainsi, elle
devint héritière conjointement avec ses deux frères.
L'héritage qu'elle reçut fondit comme
neige au soleil.
Quatre ans après, ce fut le tour du frère
aîné qui avait remplacé le père à sa charge de lieutenant
civil au Grand-Châtelet d'être empoisonné ; puis ce fut
le tour de son frère cadet qui était conseiller au Parlement.
Sa sœur, carmélite en réchappa. Son mari (bien peu gênant,
pourtant) eut droit au même sort, mais, histoire cocasse,
Godin ne voulait en aucun cas devoir épouser la marquise de
peur de subir le même sort que les membres de sa famille,
alors, à chaque fois que la marquise tentait d'empoisonner
son mari, Godin le « désempoisonnait ». Et cela
plus de dix fois !
De son mari, la marquise avait eu trois
enfants légitimes. De Godin, elle en eut deux autres. Pour
l'éducation de ces derniers, elle prit un précepteur du nom
de Briancourt. Elle en fit son amant. Puis elle eut un autre
enfant d'un de ses cousins germains. Il était clair que Briancourt
savait trop de choses. Alors, la marquise tenta de le faire
assassiner par Godin lui-même. Elle tendit un traquenard à
Briancourt qui eut vent de l'affaire et prit la fuite. En
1672, le 31 juillet, Godin de Sainte-Croix mourut de sa belle
mort ! Prise de panique la marquise courut au domicile de
Godin retirer une cassette dans laquelle se trouvaient des
papiers compromettants, 27 fioles de poisons, des reconnaissances
de dettes, un livre de recettes. Mais les scellées avaient
été placées par un agent plus zélé que les autres… On refusa
de lui rendre la cassette. Elle prit peur ; elle essaya de
corrompre l'officier de police, en vain. La police testa les
fioles sur des animaux qui moururent à l'instant. La Brinvilliers
s'enfuit en Angleterre, puis aux Pays-Bas. Un mandat d'arrêt
fut lancé contre elle. Nicolas de La Reynie sur l'ordre de
Louis XIV mena l'enquête. En 1673, la marquise est condamnée
par contumace.
La marquise est arrêtée le 25 mars 1675
dans un couvent de Liége, ville occupée alors par les troupes
françaises. En fait elle fut enlevée par un agent de La Reynie.
Elle est écrouée à la Conciergerie. Elle tente de se suicider.
On avait pris avec elle un document, un mémoire, sorte de
confession écrite dans lequel elle s'accusait de tous ses
crimes, inceste, adultères, avortements… Le scandale fut énorme
et ébranla la monarchie.
Le procès présidé par Lamoignon*
eut lieu du 29 avril au 16 juillet 1676. Elle nia tout en
bloc. Elle fut soumise à la question ordinaire et extraordinaire
et cela d'une façon héroïque. On la supplicia à l'eau. Elle
n'avoua rien. Elle finit par passer pour une sainte aux yeux
de ceux qui l'assistèrent.
Elle fut condamnée à faire amende honorable
devant Notre-Dame de Paris, nu-pieds, la corde au cou, une
torche ardente de deux livres à la main, puis à être décapitée
en place de Grève, son corps ensuite brûlé et ses cendres
dispersés au vent. L'exécution eut lieu le lendemain.
Poursuivant son enquête La Reynie remonta
la filière des empoisonneurs et utilisateurs de la « poudre
à succession » et la liste ne cessa de s'allonger…
Des hauts personnages de l'état comme
la comtesse de Soissons, la duchesse de Bouillon nièce de
Mazarin, la maréchale de La Ferté et même Jean Racine sont
cités.
En 1679, devant l'importance de l'instruction,
on créa une chambre ardente (qui ne sera dissoute qu'en 1682).
C'est l'Affaire des poisons dont la principale accusée est Catherine
Deshayes épouse Monvoisin surnommée La Voisin. Madame de Montespan est
compromise car il semblerait qu'elle ait pratiqué certains
rites pour conserver les faveurs du roi et lutter contre sa
rivale Madame de Fontange. Tant que la justice s'attaque à
la noblesse que le roi juge gênante pour lui, il laisse faire,
mais quand il voit que sa propre cour en la personne de madame
de Montespan est touchée, alors le roi a peur d'être éclaboussé.
Il ordonne d'étouffer l'affaire : on dissout la chambre spéciale
et l'on détruit tous les documents. Ainsi, les grands personnages
du royaume sont épargnés…La chambre condamna à la peine de
mort (ou aux galères) des comparses au nombre de 36.
– À quel endroit dans Paris étudiera-t-on La Voisin ?
– Rue du Beauregard, dans le XIe arrondissement. Revenons à l'hôtel
de la Brinvilliers : Il fut vendu en 1672 pour 58 000 livres
à Robert de Frémont qui le loua. Regardons le portail qui
est orné au sommet d'une tête de faune barbu et couronné.
Au n° 13 : Librairie : « The red wheelbarrow » où des livres anglais
et américains sont proposés.
Au n° 15 : Hôtel de 1642. Porte, mascaron, cour, escalier.
Au n° 21 : Hôtel du XVIIIe
siècle ; ferronnerie.
Rue du Petit-Musc
– À l'origine, c'est-à-dire avant 1400, cette rue portait le nom
de Pute-y-Muse ou encore Pute-y-Musse, ce qui voulait dire
la rue de la pute qui y flâne…
–
Tout un programme !
– Et par déviation, rue du Petit-Musc. Il faut dire que les quais
voisins recevaient force coches d'eau remplies de vin et autres
denrées et que les matelots
attiraient toutes ces filles de joie…
Au n° 1 : Hôtel Fieubet. Voir
quai des Célestins.
Du n° 2 au n° 8 : Emplacement
de l'entrée du Couvent
des Célestins. Ce couvent était situé entre le boulevard
Henri IV et les rues du Petit-Musc, de la Cerisaie, de l'Arsenal
et Sully. Relire la balade n° 15.
Au n° 9 : Annexe de l'école Massillon construite en 1933.
Du n° 11 au n° 19 : L'Hôtel d'Étampes
puis l'hôtel de la Reine s'étendait jusqu'ici.
Du n° 21 au n° 35 : L'Hôtel de
Saint-Maur, puis de Beautreillis s'étendait, en retour d'équerre,
jusqu'ici.
Du n° 26 au n° 30 : Emplacement
de l’Hôtel d'Albret datant du XIVe siècle et qui appartenait
à la famille Bourbon-Montpensier, c'est pour cela qu'on l'appelait
le Petit-Bourbon.
Puis il appartint aux Dames de la Visitation
qui installèrent leur couvent.
Au n° 27 : Vieille maison.
Au n° 29 : L'Hôtel de Charny s'étendait jusqu'ici. Relire la balade n° 25
au 22 de la rue Beautreillis.
Au n° 30 : C'est ici la limite de l'Hôtel de Mayenne. Relire la balade n°
25 au 21 de la rue Saint-Antoine.
Au n° 35 : À l'emplacement d'un immeuble récent se trouvait une auberge
datant du XVIe siècle à l'enseigne de la Herse d'Or. Victor
Hugo à l'époque où il habitait l'hôtel Guéménée de la place
des Vosges rencontrait pour des amours coupables, la boulangère
dont la boutique était située à l'angle de la rue de la Cerisaie
et de la rue du Petit-Musc. Cette auberge fut démolie en 1958
et le terrain resta abandonné plusieurs décennies.
– D’ailleurs,
la boulangerie existe toujours au même endroit…
– Mais
pas avec la même boulangère !…
VILLAGE SAINT-PAUL
Fruit d'une longue restauration qui s'est étalée sur plus d'une décennie,
de 1970 à 1981, le Village Saint-Paul présente aujourd'hui
un ensemble de cours intérieures reliées les unes aux autres
et bordées d'une soixantaine de boutiques d'antiquaires au
pied d'immeubles complètement restaurés. À visiter autant
le jour que le soir à la nuit tombée pour apprécier les effets
de halo donnés par les multiples lampadaires.
Ces immeubles datent du XVIIe et XVIIIe
siècle.
Au cours des années 1970, ceux-ci furent
particulièrement menacés par une totale destruction pour des
raisons de vétusté. Le manque d'hygiène,
l'absence de sécurité, moins de la moitié des habitants possédaient
l'eau courante. La Ville de Paris se porta acquéreur de l'îlot avec la volonté de le restaurer au lieu
de le démolir. L'architecte Paul Gatier fut chargé des travaux.
On passa de 730 logements à seulement 241. Une soixantaine
de boutiques essentiellement d'antiquité agrémentent le lieu.
Dans une cour de l'Îlot Saint-Paul, au
n° 21, l'ADAC a installé, en 1983, une galerie d'art. Elle
présente un beau rez-de-chaussée avec une cave en duplex.
Cette cave exceptionnelle offre aux visiteurs quatre nefs
voûtées, compartimentées par des murs et des cloisons.
Les plafonds peints du rez-de-chaussée
ont été découverts et restaurés par les soins de Félix Gatier.
Ils avaient été cachés sous de faux-plafonds…Ils datent de
l'époque Louis XIII. On trouve peu d'exemple à Paris de ce
genre de peinture, excepté dans des hôtels de
l'Île Saint-Louis ou du Marais.
Le Village Saint-Paul est installé sur
les terrains de ce que furent les jardins de l'Hôtel Saint-Pol,
demeure habitée par le roi Charles V. Ces terrains avaient
été lotis par François 1er. On traça dessus des
rues régulières comme la rue Saint-Paul ou la rue Charles
V.
La construction du n° 21 peut être située au XVIIe siècle, (fin
règne Louis XIII, début règne Louis XIV). Le premier propriétaire
de l'hôtel a été un maître des Comptes, un certain Laurent
Berthemet. Ensuite, ce bien est passé entre les mains de sa
fille qui était mariée à un cousin du grand Colbert, grand
trésorier des Ordres du roi.
Quai des Célestins
Au n° 2 : Hôtel Fieubet. À l'origine il y avait un
bâtiment qui appartenait à l'archevêque de Sens. Il en avait
fait sa résidence parisienne étant donné qu'il était également
archevêque de Paris. Charles V en 1365 afin d'agrandir l’Hôtel
Saint-Pol son domaine royal, acheta l'hôtel et donna à l’archevêque,
en échange, l'hôtel situé rue du Figuier et qui deviendra
l'Hôtel de Sens.
Sous François Ier, l'hôtel Saint-Pol est démantelé, vendu
et loti. Le bâtiment est détruit ; l'emplacement est
concédé à un grand maître de l'Artillerie, Jacques de Genouilhac
qui le reconstruit. Puis, c'est au tour de Gaspard III Fieubet,
chancelier de la reine Marie-Thérèse
qui acquiert le domaine en 1676 et reconstruit durant cinq ans l'hôtel
par Jules Hardouin-Mansart. (On parle également de Jacques
Gabriel IV).L’aile sur le quai devint célèbre par ses sphinges.
– Que signifie ce mot ? Sphinx, je connais, mais sphinges…
– J’étais comme toi, j’ai regardé mon Larousse préféré et j’ai lu
que c’était un sphinx femelle…Et ce fut les toutes premières
à Paris. Une célébrité immédiate, parait-il.
Le marquis Adrien de La Valette – un publiciste – qui en fut propriétaire en 1857 fit refaire
les façades par Jules Gros. Celui-ci usa et abusa des motifs
de guirlandes avec fruits dans un goût italo-espagnol.
Depuis 1877, l'hôtel est devenu la propriété
des Pères de l'Oratoire et, aujourd'hui École
Massillon.
Au n° 4 : Hôtel Nicolaï. C'est
l'ancienne dépendance de l'Hôtel Fieubert. Le sculpteur animalier
Barye
meurt ici en 1875 à l'âge de 80 ans. Plaque.
Au n° 6 : Hôtel Janin ou de Creil ou de Saint-Mesmes suivant les époques.
Du n° 10 au n°
22 (et 4 rue Saint-Paul) : Emplacement
de l'Hôtel de La Vieuville, (du XVIe siècle). Vieuville était
l'intendant des finances sous Louis XIII. Il fut supplanté
par Richelieu auprès du roi. Le domaine resta dans la famille jusqu'en 1741.
De 1777 à 1793, l'hôtel fut la propriété des Messageries de
Paris à Lyon. En 1822, y fut installée une usine d'épuration
et de clarification des eaux de la Seine. Cette usine reçut
la visite, en 1815, du Tsar de Russie, de l'empereur d'Autriche
et du roi de Prusse.
Cet hôtel fut démoli en 1927 pour laisser
place à des entrepôts de la Samaritaine. Ils furent édifiés
en 1935 en briques et pierre afin de rappeler le style Louis
XIII, style dominant du quartier. En 1981, ces entrepôts furent
détruits exception faite de la façade pour construire 151
logements de standing. Les travaux ont été menés par l'architecte
Franco Césari.
Au n° 32 : Emplacement de la Tour
Barbeau. C'est à cette tour que se terminait l'enceinte
de Philippe Auguste. Cette tour était reliée à une autre tour
appelée Loriaux,
dans l'Ile Saint-Louis. En cas d'invasions, les deux tours
étaient reliées, à-travers le fleuve par des radeaux amarrés
à des pieux. La protection continuait par une autre tour,
sur la rive gauche, dans le quartier de la Tournelle.
–
Formidable agencement militaire, mon oncle !
–
Il fallait bien se défendre par tous les moyens.
Et deuxième souvenir historique : ici, il y avait le Jeu de
paume de la Croix-Noire. Relire la balade n° 15. Au sujet
des jeux de paume, il faut savoir qu'à Paris, sous Louis XIII,
on dénombrait presque 120 salles. C'était le principal divertissement
de l'époque.
–
Un peu comme les cafés ou les cinémas aujourd'hui !
–
Oui, je pense.
Au n° 42 : La façade de l'immeuble Louis XVI a été conservée. Par suite
de l'élargissement du quai, la façade de cet immeuble a été
déposée et remontée dans le nouvel alignement, c'était en
1965. Elle est classée ISMH.
–
Pour en terminer avec le quai des Célestins, il faut dire
que l'architecte Louis
Le Vau a habité ce quai entre 1632 et 1639 qu'il quitta
pour aller s'installer quai d'Anjou dans l'Ile Saint-Louis.
–
Bon, je crois, que nous arrivons au terme de cette balade autour de la Bastille. Alors, mon neveu, que dis-tu de cette
dernière balade ?
– Super ! Comme à chaque fois que nous sommes ensemble, mais,
dis mon oncle, pourquoi « dernière balade », on
ne va pas arrêter en si bon chemin ?
–
Non, bien sûr… Je disais dernière balade pour cette année
et nous reprendrons après les fêtes, c’est-à-dire en 2004.
Si tu le permets, en ton nom et au mien, nous souhaitons à
tous nos amis et famille une bonne et heureuse année et disons-nous à très bientôt.
Je te propose pour la prochaine fois
le quartier de l’Hôtel-de-Ville. D’accord ?
–
Bien sûr !
*Guillaume de Lamoignon (1617-1677)
fut le premier président au parlement de Paris. Il refusa
de plaider au procès de Fouquet. Il se montra soucieux de
rendre la justice plus humaine et protégea les écrivains –
dont Boileau. Son petit-fils, Guillaume, chancelier sous Louis
XV fut le père de Malesherbes, défenseur de Louis XVI à son
procès.