Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Vingt-quatrième balade
Autour de la Bastille

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

  

                                              Quartier de la place des Vosges

                                                       Entre rue des Tournelles et rue Pavée

                                             Entre rue Saint-Antoine et  rue des Francs-Bourgeois

     -Hello ! Bonjour mon oncle. Ah ! Ça fait du bien de te revoir. Finalement, c'était vraiment les grandes vacances, comme à l'école, tu crois pas ? Mais, honnêtement, je dois dire que l'absence de nos rendez-vous commençait à me peser sérieusement...

     - Eh bien ! Je suis ravi, mon neveu de ton état d'esprit. Nous voici repartis avec nos chères balades parisiennes pour de nouvelles découvertes...Reprenons aujourd'hui nos promenades, si tu le veux bien, dans le quartier de la Bastille. Je t'invite à emprunter la rue Saint-Antoine. Sache qu'en circulant dans cette rue nous sommes sur le tracé de l'ancienne voie romaine qui reliait Paris à Melun. C'est une des rues les plus anciennes de la capitale. Tout de suite sur notre droite la statue de Beaumarchais illumine le quartier, lui donne du prestige. La signature du sculpteur Clausade indique l'année 1895.

Plus loin, au n° 26 (et 16 à 18 impasse Guéménée) dans la cour subsiste un bâtiment du XVIIIe siècle, remanié au XIXè siècle, c'est le vestige du Couvent des Filles-de-la-Croix. Malheureusement, ce bâtiment n'est pas visible. Nous en reparlerons dans l'impasse Guéménée. Ici, à cet endroit, c'était le Noviciat du couvent. Faisons un aller-retour dans l'impasse Guéménée.

Juste sur notre droite. Cette impasse menait à l'entrée principale de l'ancien Hôtel royal des Tournelles.

Les n° 4 et 6 (et 26 rue Saint-Antoine) indiquent l'emplacement du Couvent des Filles-de-la-Croix créé en 1640. La propriété s'étendait dans un espace compris entre l'impasse Guéménée et les rues Saint-Antoine, des Tournelles et la place des Vosges. A la Révolution, l'institution comptait  20 religieuses. L'établissement dut fermer sous peine de voir les religieuses se faire fouetter par les citoyennes du quartier...

-Diable ! Faut dire que les révolutionnaires en voulait particulièrement à tout ce qui touchait à la religion, symbole de l'obscurantisme.

-La maison fut vendue en 1797 et en 1814, une industrie s'y installa.

Au n° 8 : Hôtel du XVIIe siècle. Il a appartenu, en 1673, au président du parlement Guillaume de Nesmond.

Au n° 12 : C'est une autre entrée de l'hôtel de Rohan-Guéménée (voir le n° 6 de la place des Vosges, musée Victor-Hugo). C'est par cette sortie discrète que le poète Hugo quittait le domicile familial pour rejoindre dans un hôtel meublé, au n° 35 de la rue du Petit-Musc sa maîtresse, la boulangère dont le commerce était situé dans la même rue du Petit-Musc à quelques mètres de l'hôtel... La boulangerie existe toujours à l'angle de la rue de la Cerisaie...

-Il avait tous les culots, le Victor ! Hein, mon oncle, c'est pas toi qui aurait fait cela !

-C'est vrai ! Mais je te ferai remarquer que je ne suis pas poète...Au fond de l'impasse, une école mixte subsiste. Retournons rue Saint-Antoine.

Sur notre droite, au n° 32  de cette rue : Vieille maison. Attardons-nous sur l'architecture de la façade qui montre un nouveau motif décoratif de style Louis XIV en présentant la pierre de taille mise en relief avec une séparation horizontale. Très belle porte en bois avec balcon.

     A notre droite, empruntons la rue de Birague

- Cette rue, très courte, aboutit au pavillon du Roi. Celui-ci porte le monogramme d'Henri IV  entouré de trophées d'armes et des attributs des arts. Sous l'arcade gauche est dissimulé l'escalier du pavillon. Cette rue a été ouverte sur l'emplacement de l'Hôtel royal des Tournelles évoqué au cours de la précédente balade. Le nom du cardinal René de Birague (1507-1583) a été donné à cette rue en 1864. Ce cardinal était chancelier de France, il avait son hôtel rue de Sévigné et avait même fait construire une fontaine rue Saint-Antoine qui porta son nom. D'origine italienne, à la défaite de Pavie(1525), il suivit en France François Ier et devint son protégé. Le roi Henri II fut également son protecteur ; Birague le représenta au concile de Trente, concile qui fut à l'origine de la Contre-Réforme et qui eut lieu de 1545 à 1563. Il fut garde des Sceaux et chancelier.  Sous Henri III,  il était une voix écoutée au Conseil royal. Il fut l'un des instigateurs du massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572). Les huguenots lui vouèrent une haine tenace. Il  répandit en France la pensée de Machiavel. Il fut nommé cardinal en 1578, à l'âge de 73 ans soit cinq ans avant sa mort.

Au n° 8 : Lieu présumé de naissance de madame de Sévigné.

Au n° 10 : Maison où mourut Lakanal, en 1845, à l'âge de 83 ans. Une plaque est apposée en façade. Il y est inscrit : "Joseph Lakanal, membre de la Convention nationale. Réorganisateur de l'Instruction publique. Né à Serres (Comté de Foix) le 14 juillet 1762 est mort dans cette maison le 14 février 1846".

- Il a donné son nom à un lycée parisien réputé.

Au n° 16 : Maison où mourut, en 1852, à l'âge de 45 ans le sculpteur Jean-Jacques Feuchères. Retournons, si tu veux bien, rue Saint-Antoine :

Au N° 62 : Le carrousel du 30 juin 1559.

La paix de Cateau-Cambrésis vient d'être signée cette même année et le roi doit marier sa soeur Marguerite avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie et sa fille Élisabeth de France avec Philippe II, roi d'Espagne. Pour cela, la cour de France veut donner de grands divertissements dont un carrousel qui devait durer trois jours.

On choisit l'emplacement  de la rue Saint-Antoine, qui bénéficiait d'un élargissement, c'est-à-dire devant l'hôtel de Sully actuel. On disposa  des tribunes de part et d'autre de la rue, on nivela et sabla la chaussée.

Le 30 juin 1559, le carrousel devait se terminer par trois joutes auxquelles le roi prendrait part. Le roi portait les couleurs de sa maîtresse Diane de Poitiers, âgée de 60 ans, quand le roi avait 41 ans. Henri II gagna la première joute contre son futur gendre, Emmanuel-Philibert de Savoie. La seconde joute eut lieu contre le duc de Guise et la troisième contre le capitaine de sa garde écossaise, Gabriel de Montgomery. Au cours de la joute la lance du roi se brisa en même temps que celle de Montgomery. La joute aurait dû s'arrêter là, mais le roi, par orgueil, voulut recommencer la partie quand Montgomery hésitait. On reprit de nouvelles lances, en bois. A nouveau, les lances se brisèrent et la lance de Montgomery vint heurter le casque du roi ; elle releva la visière et vint se planter dans l'oeil droit avec force. Le roi tomba à terre. On le transporta à l'Hôtel des Tournelles (voir la balade n° 23) où il mourut après dix jours d'une terrible agonie. On appela le célèbre chirurgien lavallois Ambroise Paré et l'anatomiste Vésale qui procéda sur le crâne de condamnés à mort à des expériences afin de mieux se préparer à extirper le morceau de bois planté dans l'oeil du roi jusqu'à l'intérieur du crâne. Ces condamnés à mort avaient été décapités sur le champs afin de permettre les expériences médicales.

-Concernant ce traité de Cateau-Cambrésis, mon oncle, je peux dire quelques mots?

-Vas-y, je t'écoute.

-Ce traité était double :  Il a été passé entre la France et l'Angleterre où le roi de France Henri II conservait Calais (ville qui avait été reprise par François de Guise sur les Anglais qui la tenait depuis la guerre de Cent ans) et entre la France et l'Espagne qui mettait fin aux guerres d'Italie et reconnaissait à la France Metz, Toul et Verdun. ( Villes conquises sur les armées de Charles-Quint) En échange, la France renonçait à tout projet de conquêtes en Italie.                    

-Tu as dit l'essentiel.

-Une question :  Qu'est devenu l'Écossais Montgomery ?

-Il a été en prison, une fois libéré, il s'est enfuit en Angleterre.  

-Prudent !

-Oui, mais pas suffisamment, car il revint combattre en France, aux côtés des huguenots, dans les guerres de religion. Il se fit prendre au cours d'une bataille et d'une manière tout à fait arbitraire fut condamné à mort par la seule volonté de Catherine de Médicis, en 1574.

 

Hôtel de Sully

Ce bâtiment a été construit entre 1624 et 1630 par Jean Androuet du Cerceau pour un banquier, sieur du Petit-Thouars, contrôleur des finances qui avait gagné au jeu ce terrain...

-Alors là, chapeau, avoir de la veine à ce point !

-Oui, mais ce banquier, en joueur invétéré qu'il était reperdit l'hôtel sur un coup de dés.

-Oui, là, effectivement, il n'a pas su s'arrêter à temps...

-Et c'est son principal créancier qui en devient propriétaire juste pour un an car il revendit l'hôtel la même année à son locataire. En 1634, c'est le marquis de Rosny, duc de Sully qui l'acheta, soit quatre ans à peine après sa finition. Son maître, le roi Henri IV était mort depuis 24 ans et Sully avait 74 ans. Marié à une jeune femme, celle-ci le trompait assidûment. Il n'en avait cure et avait pris l'habitude quand il donnait de l'argent à sa femme de dire : "Voici tant pour la maison, tant pour vous et tant pour vos amants !".

Il fit construire le Petit Sully à l'extrémité de son jardin car il se trouvait trop à l'étroit dans le bâtiment principal. Ce second hôtel ouvre place des Vosges au n° 7 (voir la balade n° 23). Sully vécut dans son hôtel durant sept ans, mais il ne mourra pas ici. En 1641, à sa mort, l'hôtel passa à son gendre, le maréchal de Rohan.

L'hôtel de Sully fut le théâtre d'un événement qui prit dans l'histoire des lettres et des idées une importance capitale. C'était un soir de décembre 1723. Le duc de Sully, propriétaire des lieux, recevait à dîner le jeune Voltaire âgé de 31 ans et déjà célèbre dans tous les salons parisiens. Un laquais lui remit un billet le priant de bien vouloir descendre jusqu'à la porte car on voulait l'entretenir d'un complot qui se fomentait contre lui. Voltaire, sur le champs acquiesça et descendit dans la cour de l'hôtel où il fut copieusement rossé par trois laquais à la solde du chevalier de Rohan-Chabot qui observait, hilare, la scène, placé juste en face dans la rue de l'Hôtel-Saint-Paul. Cette agression faisait suite à une querelle entre les deux hommes, à la Comédie-Française, au cours d'une représentation de la pièce de Voltaire OEdipe.

L'amour propre de Voltaire fut blessé au plus profond de lui-même. Afin de se venger, il prit pendant six semaines des cours d'escrime et provoqua en duel le chevalier de Rohan.

Mais les Rohan était une des famille les plus puissantes du royaume et Voltaire fut embastillé avant même d'avoir pu mettre à exécution son projet de duel. Au bout d'un mois, il exprima le désir d'aller vivre en Angleterre. Sa proposition fut acceptée et il partit, libre. Il resta trois ans en Angleterre. Son séjour permit au jeune Voltaire de s'imprégner des idées de liberté qui circulaient dans ce pays et, à son retour en France en devint le fervent propagateur. (Lire Les Lettres philosophiques. 1734).

L'Hôtel de Sully fut acheté par l'État en 1944 qui le rénova. Les faux plafonds furent abattus et on mis à jour les décors du XVIIe siècle. La façade sur rue fut restituée comme à l'origine.

-Prenons sur notre droite la rue de Turenne (1611-1675), maréchal-général Henri de la Tour d'Auvergne.

-Dis mon oncle, la question que je voudrais te poser : quelle est la raison de ce long mur, de ce décroché par rapport au reste de la rue ?

-Regarde bien sur ce mur, on peut deviner les traces de la loge de la concierge...En fait, on a élargi le début de cette rue, c'était en 1877 et l'empreinte de l'immeuble abattu subsiste comme tu peux le constater. Étonnant, non  ? ! Ce mur raconte l'histoire de l'immeuble détruit. Comme une page de son histoire, en somme.

Au n° 23 : Hôtel construit en 1650 pour l'intendant Édouard Colbert de Villacerf. Cet hôtel resta dans la famille jusqu'en 1755. Vers 1868, il devint une école d'enseignement professionnelle ; puis, en 1905, une école religieuse dirigée par les Pères de la Doctrine-Chrétienne. En 1931, il subit d'importantes modifications, on l'exhaussa de trois étages, on déposa les boiseries que l'on mit au musée Carnavalet.

Dans la cour, une fontaine datant de 1650, ce qui en fait la plus ancienne des fontaines du XVIIe siècle. Une nymphe orne la niche centrale.

-Plus loin, sur notre gauche, prenons la rue des Francs-Bourgeois et allons jusqu'à la  rue de Sévigné : Cette rue a été ouverte, au XVIè siècle sur l'emplacement d'un chemin de ronde extérieur à l'enceinte de Philippe-Auguste. Nous la descendrons jusqu'à son début rue St-Antoine.

Au n° 26 : L'artiste peintre André Masson 1896-1963 a vécu dans cette maison jusqu'à sa mort. La façade de cet immeuble répond au style Louis XVI avec ses fenêtres très en hauteur, toutes en verticales : ce qui donne un aspect élancé. Les appuis sont en fer forgé avec un dessin plus simple que sous Louis XV.

Au n° 12 : A été habité par Jules Cousin. On lui doit l'enrichissement de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris ; il créa également l'actuel musée Carnavalet.

Au n° 11 : Théâtre du Marais, construit par Beaumarchais avec des matériaux provenant de la Bastille. Il fut inauguré le 1er septembre 1791. Beaumarchais y donna à jouer sa pièce La Mère coupable.  Napoléon supprima ce théâtre en 1807. Cinq ans plus tard la salle fut détruite et remplacée par un établissement de bains. Au fond d'une cour fleurie, un mur est le dernier vestige de la prison de La Force. Une plaque explique la mémoire de ce lieu.

Au n° 7 et 9 : Emplacement de l'Hôtel d'Évreux datant du XIIIè siècle. En 1699, l'intendant des finances Poulletier fit construire sur l'emplacement un hôtel. Au moment de la Révolution, cet hôtel fut confisqué. Il fut occupé de1801 à 1813 par l'administration des pompes funèbres. Puis par des pompiers qui sont toujours casernés à cet endroit.

-Sur notre gauche, la rue de Jarente.

- Une question. Qui était ce Jarente ?

-Je m'attendais à cette question de ta part, mon neveu. Jarente, François-Alexandre était prieur commendataire de la Congrégation de Saint-Louis-la-Couture (couture voulant dire ici culture). Cette rue fut percée sur l'emplacement de cette congrégation dont il était responsable.

Allons jusqu'à l'impasse de la Poissonnerie. Cette impasse de la Poissonnerie faisait partie des voies qui furent ouvertes, en 1783, pour l'aménagement du marché Sainte-Catherine. Elle doit son nom du fait qu'on y avait établi la poissonnerie de ce marché. Subsiste une fontaine de style maniériste, (oeuvre de Caron de 1783) sur laquelle on peut voir un relief montrant des poissons, des cornes d'abondance et un faisceau de licteur. La fontaine est classée.

-Revenons sur nos pas et prenons la rue Caron. Cette rue fait partie des autres rues qui furent percées au XVIIIè siècle sur l'emplacement du prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers. Pour avoir une idée de l'importance de ce prieuré, il faut imaginer un quadrilatère qui comprendrait la rue de Turenne à l'est et la rue de Sévigné à l'ouest, et qui serait bordé par la rue des Francs-Bourgeois au nord et rue  Saint-Antoine au sud...

- Excusez du peu !

- L'église de ce prieuré se trouvait rue d'Ormesson. Ce prieuré datait de Saint-Louis. Il fut démoli en 1773.

Parmi les personnages célèbres qui sont attachés à l'église, citons : Le maréchal de Champaigne assassiné au côté du dauphin, le futur Charles V par les séides d'Étienne Marcel et surtout ce dernier quand il fut tué à son tour à la porte Saint-Antoine en 1358, son cadavre fut exposé sur les marches de l'église avec ses complices pour être ensuite jeté à la Seine.

La vente des terrains permit la construction du Panthéon, anciennement église Sainte-Geneviève et le Marché Sainte-Catherine. Ce marché a été dessiné par Soufflot et la première pierre fut posée en avril 1788, juste un an avant la Révolution. Jetons un oeil sur la place du marché Sainte-Catherine, qui est une place rectangulaire bordée d'immeubles dont les façades sont uniformes.

-Ça doit être agréable d'habiter ici...

-Oui, c'est un exemple des coins qui se laissent  découvrir quand on se balade dans Paris, comme nous faisons, toi et moi. C'est toujours une surprise et à chaque fois, on se fait la réflexion que tu viens de faire...Revenons sur nos pas jusqu'à la rue de Sévigné, le temps de lire au n° 5 sur la façade de l'ancienne clinique du docteur Raspail la plaque suivante : "Dans cette maison François-Vincent Raspail promoteur du Suffrage universel, né à Carpentras le 24 janvier 1794 mort à Arcueil le 7 janvier 1878. Donna gratuitement ses soins aux malades de 1840 à 1848". Il fut biologiste, chimiste et homme politique. On le cite comme étant  un précurseur de la théorie cellulaire. Il participa à la révolution de 1830. En 1848, il fut un des premiers à proclamer la République. Il fut candidat socialiste à la présidence de la République mais ne fut pas élu. Condamné à la prison en 1849, puis exilé. Il resta en Belgique jusqu'en 1863. A son retour en France, en 1869, il fut élu député jusqu'à sa mort.

L'immeuble actuel date du XVIIe siècle.

Reprenons la rue Saint-Antoine jusqu'à la rue Malher, sur notre droite.

-Gustav Malher, le musicien ?

-Non, c'était un sous-lieutenant tué sur les barricades pendant les combats de juin 1848.

Tout de suite sur notre gauche, c'est le début de la rue du Roi-de-Sicile :

Au n° 2 et 4 : Une plaque rappelle un moment tragique de la Révolution : "Ici était l'entrée de la prison de la Grande Force (1792-1845). A cet endroit 161 détenus dont la princesse de Lamballe furent mis à mort le 3, 4 septembre 1792". On promena sa tête plantée au bout d'une pique sous les fenêtres de la Reine Marie-Antoinette enfermée à la prison du Temple.

Le nom de la rue a été donné par le roi de Sicile qui était le sixième frère de Saint-Louis, le duc Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile qui venait de faire construire un hôtel dans cette rue. René de Birague en devint propriétaire en 1559. De propriétaire en propriétaire, cet hôtel passa aux mains du duc de La Force  - c'était en 1698. L'entrée de son hôtel était à cette adresse et il bordait toute la rue Pavée.

A partir de 1780, l'architecte Giraud transforma cet hôtel en maison de détention. La Petite-Force était destinée aux femmes. La Grande-Force était aménagée pour des prisonniers pour dettes. A partir de 1792, cette distinction disparue. Cette prison fut remplacée en septembre 1840 par la prison Mazas boulevard Diderot ( relire la balade

n° 16 ) et démolie en 1845.

La prison Mazas fut à son tour démolie en 1900 et remplacée par la prison de Fresnes actuelle.

-Continuons cette rue jusqu'à la rue Pavée. Sur notre droite, au n° 10 : Synagogue construite en 1913 par Hector Guimard. La façade a été inspirée par le style Art nouveau, mais très dépouillé. La difficulté pour l'architecte a été de construire sur un terrain étroit et profond. C'est un groupe russo-polonais qui avait insisté pour avoir un lieu de culte propre face aux réticences de la communauté  juive française.

Au n° 11 et 13 : Hôtel d'Herbouville. Emplacement de l'hôtel de Lorraine, successivement bâti pour le chambellan du roi Charles VI puis rasé en 1404, puis rebâti en 1517, puis en 1634, pour finir par être saisit en 1795. Auparavant, il avait été partagé entre un fils au n° 11 (hôtel des Marets ) et une fille au n°13 (hôtel d'Herbouville ). Une porte de style Louis XIII au n° 11 ; porte de style Louis XV au n° 13.

Au n° 12 : Hôtel de Brienne. Hôtel construit en 1632. François Tronchet, l'un des avocats qui défendirent le roi Louis XVI acquit ce bien en 1784. Il y mourut en 1806, à l'âge de 80 ans. État vétuste du bâtiment.

Au n° 14 à 22 : Emplacement de la prison de la Petite-Force de 1785  à 1845. La rue Malher a été tracée sur son emplacement.

Au n° 24 : Hôtel d'Angoulême, puis de Lamoignon. C'est un des plus vieux hôtels de Paris. Au portail, un fronton circulaire datant de 1718 montre deux figures d'enfants qui tiennent l'un un miroir, l'autre un serpent. Ils symbolisent la Vérité  et la Prudence, qualités premières d'un bon magistrat.

L'hôtel actuel a été construit par Diane de France, duchesse d'Angoulême, en 1584. Androuet du Cerceau est donné comme architecte de l'édifice sans qu'on en soit certain.   Diane de France était la fille d'une demoiselle piémontaise nommée Philippa Duco dont le roi de France Henri II tomba éperdument amoureux, mais comme il ne pouvait la séduire, de dépit, il fit mettre le feu à sa maison et ordonna à ses pages d'enlever la jeune fille. De cette aventure naquit Diane en 1538. Légitimée en 1547. Mariée deux fois et à chaque fois veuve elle décida de rester dans cet état et s'installa dans cet hôtel. Elle parlait plusieurs langues, le latin, l'italien, l'espagnol, parfaite musicienne elle montait à cheval admirablement d'après Brantôme. C'est elle qui réconcilia Henri III avec le futur Henri IV. Elle mourut ici à 81 ans en 1619.

En 1721, naquit ici Guillaume de Lamoignon Malesherbes. Ami des encyclopédistes il aida à la propagation des idées de ceux-ci. Il protégea Rousseau et Voltaire et s'attira les foudres du roi Louis XV, ce qui l'obligea à s'éloigner. Turgot, en 1755, le rappelle et lui offre la fonction de ministre qu'il accepte avec réticence. Mais Louis XVI est contre ses réformes. Au début de la révolution, il quitte la France, mais revient pour défendre le roi au moment de son procès. Arrêté à son tour, il sera décapité comme suspect le 22 avril 1794 avec sa fille et ses petits-enfants. Il y eut ici un locataire célèbre : Alphonse Daudet. En 1867, il vint s'installer ici et écrivit Froment jeune et Risler aîné  ainsi que Jack en 1876. Son fils Léon (1867-1941) naquit dans cette demeure. Alphonse vécut ici de 1867 à 1876.  

     Cet hôtel au cours de son histoire eut une suite de propriétaires pour finalement être la propriété de la Ville de Paris qui y installa, en 1968, sa Bibliothèque historique.

     A l'angle de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois admirons une échauguette quadrangulaire portant  à sa base l'inscription "SC" pour Saint-Catherine du Val-des-Écoliers.

     Dans la rue Malher,  au moment où elle donne rue Pavée, au n° 22 : La bibliothèque de la Ville de Paris.

-Nous terminerons notre balade sur notre droite par la rue des Francs-Bourgeois. L'origine de ce nom vient du fait qu'une "maison de charité" ou encore "maison d'aumône" était située dans cette rue (au n° 34 et 36) pour accueillir les pauvres, tous ceux qui étaient exemptés de l'impôt, d'où leur nom de "Francs-Bourgeois".

Au n° 14 et 16 : Hôtel Carnavalet. Voir au 23, rue de Sévigné. Nous l'étudierons dans une prochaine balade.

 

     -Mon neveu, nous voici de retour à la place des Vosges que nous avons étudiée ensemble au cours de la balade précédente. Je pense qu'à la prochaine balade nous terminerons le quartier de la Bastille. Nous parlerons de la Colonne de Juillet et de la dernière portion de quartier autour de la Bastille.

     -J'aimerais préparer avec toi l'exposé sur cette colonne.

-Avec plaisir, mon oncle. Tu sais combien j'aime me plonger dans tes beaux livres d'histoire guider par un expert de ta trempe...

-Ne te fiche pas de moi, je t'en prie ! ...

     -Si, si, c'est vrai, crois-moi !

 

 

 

Sources : En plus de mes travaux personnels, de compilation et de repérage des lieux,  j’ai utilisé les ouvrages suivants : "Dictionnaire historique des rues de Paris " de  Jacques Hillairet. "Le XIe et IVe arrondissement". Collection Paris en 80 quartiers. Mairie de Paris. "Balades historiques au coeur de Paris" de Martin Wetherell. Éditions Les créations du Pélican.

Michel Ostertag