
6e
partie
Entre bld Beaumarchais, bld des Filles-du-Calvaire,
rue Oberkampf, bld Richard-Lenoir et bld Voltaire

-Bonjour, mon oncle. Comme tu vois, même les vacances
ne m'ont pas fait oublier mes chères balades...
-Eh, bien, mon neveu, je suis ravi de tes bonnes
dispositions, car, vois-tu ces rendez-vous en ta compagnie m'ont
beaucoup manqué et si tu veux bien
commençons notre nouvelle balade par le Boulevard Beaumarchais. Dès l'origine, ce boulevard
fut un lieu de promenade agréable avec ses grands arbres de chaque
côté... Pierre Augustin Caron de Beaumarchais était né en 1732 et
décédé en 1799. Aventurier et libertin, célèbre pour ses spéculations
et ses procès. Auteur du Barbier
de Séville (1775) et du Mariage de Figaro (1784),
pièces dans lesquelles il développe un sens critique de la société
française d'une grande hardiesse tout en gardant
un esprit étincelant, spirituel et désinvolte soutenu par
un mouvement empli de gaîté qui fit sa gloire. Voici ce que disent
à peu près toutes les encyclopédies du monde.
Ce boulevard occupe l'emplacement de l'enceinte Charles V. Jusqu'en 1831, il s'appelait boulevard Saint-Antoine, ce qui était légitime
puisqu'il aboutissait à la porte du même nom. Ensuite, on lui donna
le nom de Beaumarchais en hommage au personnage célèbre et en référence
à son hôtel particulier situé dans le quartier.
Tout au long de ce boulevard ainsi que celui des Filles du Calvaire, il
faudra s'arrêter pratiquement devant chaque entrée d'immeuble pour
admirer la décoration des portes cochères tu verras....
Du n° 2 au n° 20, c'était la
propriété de Beaumarchais. Il acheta à la Ville de Paris, en 1787,
soit deux ans avant la Révolution Française, une grande propriété
de 4 000 mètres carrés, située entre ces numéros, la rue du Pasteur-Wagner
et le boulevard Richard-Lenoir. L'architecte Le Moine lui construisit
(emplacement du n° 2) une maison à l'italienne pour laquelle il
dépensa 1 663 000 francs ; il y mourut le 19 mai 1799, à 67 ans,
d'une apoplexie. L'entrée du jardin se trouvait sur le boulevard.
Ce jardin était garni de statues, dont celle de Voltaire, de grottes,
de rocailles, de bosquets et d'un labyrinthe; on y lisait une inscription : Ce
petit jardin fut planté L'an premier de la Liberté. En 1818, la Ville racheta cette propriété aux
héritiers de Beaumarchais, contre 508 300
francs, et elle fut démolie pour faciliter l'ouverture du
canal Saint-Martin. Sur le terrain restant, la Ville construisit
un grenier à sel ayant une entrée sur la rue Amelot.

- Ce qui est curieux, c'est qu'il
ait acheté ce terrain aux pieds de la forteresse de la Bastille...On
imagine le décor avec ces hautes tours juste devant ses fenêtres...
- Oui, c'est vrai, mon neveu ! À sa
place, j'aurais choisi un autre endroit, mais il avait peut-être
ses raisons que nous ignorons...

Au n° 10 : Emplacement du Concert
Pacra. L'originalité de ce lieu de spectacle était sa scène
circulaire. À l'origine, c'était une modeste salle de bal et en
1875, elle s'appelait "Le
Grand Concert de l'Époque". Aristide Bruant en a été la
vedette et devint même directeur de la salle. En 1905, Ernest Pacra
(1852-1925) en prend la direction et donne son nom au théâtre. À
sa mort, c'est sa femme qui continuera son oeuvre. En 1962, Pierre
Guérin qui était directeur de Bobino prend la suite et en fait "Le Théâtre du Marais". En mai 1968,
le lieu devient le quartier général des artistes de variétés manifestant
dans des mouvements de revendications. À l'été 1972, il est démoli
et remplacé par un immeuble d'habitation. Les artistes comme Aznavour,
Brassens, Barbara, Patachou, Georges Ulmer, Dassary s'y sont produits.
Un peu plus loin sur le boulevard, la Rue Clotilde de Vaux,
avec une stèle en marbre surmontée d'un
buste de Clotilde de Vaux (1815-1846), née Marie de Ficquelmont,
inspiratrice et collaboratrice de Auguste Comte dans la fondation
de la "Religion de l'humanité". Photo.
Au n° 36: On peut voir de très beaux médaillons au-dessus des balcons.
Au n° 40 : Café à l'enseigne
"L'éléphant" dont la salle est décorée de têtes d'éléphants
en ronde bosse, souvenir de l'éléphant du Cirque d'hiver qui, une
nuit de 1912, pénétra dans cet établissement, où il brisa tout.
Il faut savoir que le Cirque d'Hiver est à 25 ou 30 numéros du café
de l'Éléphant, donc pas très loin.
Au n° 74, à l'angle du boulevard
Beaumarchais et de la rue Scarron, deux immeubles d'angle se font
face et offrent une série d'oeils-de-boeuf disposés verticalement
du meilleur effet.

Dans l'exact prolongement de ce boulevard se trouve le boulevard des Filles-du-Calvaire. Il tire
son nom du couvent des Filles du Calvaire qui était à l'époque situé
rue de Turenne. Il avait été créé par le Père Joseph en 1617. (Le
père Joseph était appelé "L'éminence grise "du cardinal
de Richelieu). Bien sûr, à la Révolution, ce couvent fut fermé.
On en reparlera plus longuement quand nous serons rue de Turenne.
Rue Oberkampf
-Vrai, mon neveu, il était d'origine allemande. Christophe Philippe Oberkampf.
Son père était teinturier et c'est avec lui qu'il apprit son métier.
À vingt ans, il est installé à Paris et ensuite à Jouy-en-Josas.
Sa technologie d'impression des tissus le fait connaître dans toute
l'Europe de l'époque. Le roi Louis XVI l'anoblit, deux ans avant
la Révolution. De Napoléon Ier, il reçoit, en personne, au cours
d'une visite qu'il fit de ses ateliers, la croix de la Légion d'honneur.
Le moment est à détailler : admiratif du travail d'Oberkampf, l'empereur
décroche sa propre croix qu'il portait pour l'épingler sur la poitrine
du manufacturier. Mais, à la chute de l'empire, ses usines et ateliers
sont détruits par les troupes Alliées.
L'usine de Jouy et celle d'Essonnes (aujourd'hui Corbeil-Essonnes)
où il avait inventé la première filature de coton subissent de graves
dégâts. De chagrin, le pauvre homme en meurt, en 1815, à 77 ans.
Il était né en 1738.
-Vengeance des Anglais, peut-être, car pendant le blocus continental,
sa fabrication de coton à Essonnes avait pour but de compenser la
pénurie de coton anglais.
-Tu vois, la guerre économique ne date pas d'aujourd'hui... Cette rue
Oberkampf porte son nom depuis 1864 et, aujourd'hui, elle est devenue
une rue "branchée" : de très nombreux restaurants et cafés
ont ouvert ici. Ambiance jeune et insolite. Prenons sur notre droite
la Rue Amelot de façon à revenir à la place de la Bastille.
Cette vieille rue est sur le parcours du fossé de l'enceinte de Louis
XIII : Elle est en contrebas du boulevard Beaumarchais et malgré
tous les efforts successifs des municipalités, cette différence
de niveau n'a jamais pu être réellement comblée. D'où ces nombreux
escaliers qui relient la rue et le boulevard Beaumarchais.

Cette rue porte le nom du ministre Amelot, secrétaire d'État au département
de Paris, en 1777.Une curiosité : À l'angle de la rue Oberkampf et de la rue Amelot, derrière
"Le café du centenaire", un arbre immense, est niché là...
À mon avis, il doit être centenaire comme indiqué sur la devanture
du café. Photo. Comment fait-il pour survivre à tant d'agressions
de la vie urbaine ?
Au n° 19 : Fabrique d'automates,
à l'angle de la rue du Pasteur Wagner. Dans cette rue,
au n° 7 bis, Temple du Foyer de l'Âme, construit en 1907; pour l'église
protestante libérale fondée par Charles Wagner. Actuellement, ce
temple est rattaché à l'Église reformée.
Au n° 30 : Emplacement de l'habitation
du compositeur Adolphe Adam
(1803-1856), en 1848. Auteur bien oublié aujourd'hui d'oeuvres lyriques
comme "Si j'étais roi", ou "Le postillon de Longjumeau", mais
aussi du ballet "Giselle",
ballet romantique par excellence, encore dansé aujourd'hui.
Le poste de directeur de la Gaîté
Lyrique qu'il occupa le ruina totalement. Ne deviens jamais
directeur de théâtre, mon neveu, c'est le plus sûr moyen de finir
comme lui!
Au n° 60 : Société Régifilm.
Bric-à-brac original, car ici on fournit en accessoires les sociétés
de productions cinématographiques. Ici, on trouve de tout, du lampadaire
des années d'avant-guerre aux derniers parcmètres des trottoirs
parisiens...
Au n° 84 : Portail Louis XVI
et vaste cage intérieure avec un escalier en fer forgé de la fin du
XVIIIe siècle.
Rue St-Sébastien
L'origine du nom de cette rue est venue d'une enseigne qui représentait
Saint-Sébastien patron des Arquebusiers, lesquels avaient fait de
ce lieu l'endroit de leurs
réunions.
Au n° 1 : Emplacement, en 1743,
d'une "manufacture royale de terre d'Angleterre"
Au n° 19 : Hôtel qui peut avoir
appartenu, en 1787, à Henri-François Lefèvre d'Ormesson de Noyseau,
député aux états généraux, puis décapité.
Porte du XVIIe siècle.
Au n° 33 : Vantaux de l'époque
de Louis XVI.
Au n° 50 : Hôtel Empire. Porte,
ferronneries, statues dans des niches sur cour parfaitement conservées.
Photo.Impasse des Primevères : Avant 1873, cette voie s'appelait ruelle des Lilas. Elle était bordée de jardins...Comme les temps changent
! Aujourd'hui, la rue a été rebaptisée rue Gaby Sylvia, du nom de la comédienne (1920-1980).
-Nous voici revenus Place de la
Bastille. Il y eut toute une série de tentatives, à la suite
de la démolition de la forteresse pour occuper l'emplacement. En
1793, une fontaine fut érigée, on la baptisa fontaine de la Régénération,
rien de moins ! Elle représentait la
déesse Isis assise sur un socle élevé, elle avait une dimension
colossale et de l'eau jaillissait de ses mamelles.
-En 1808, pour fêter le quatrième anniversaire du sacre de Napoléon Ier,
le 2 décembre, on
posa la première pierre d'une
seconde fontaine. L'arrivée à Paris de l'eau de l'Ourcq donna l'occasion
d'une célébration toute particulière pour cette nouvelle fontaine.
Cette eau coulait sous la place même dans un canal souterrain. On
donna à cet édifice la forme d'un éléphant géant. L'idée fit son
chemin, car, en décembre 1810, on décida qu'elle serait coulée avec
les bronzes de canons pris aux Espagnols. L'eau devant jaillir de
la trompe de l'animal. Le premier architecte étant mort, un second
fut appelé qui s'occupa de bâtir le soubassement qu'il plaça au
milieu de la place, juste au-dessus du canal. Il érigea à-côté,
à l'endroit de l'ancienne gare de Vincennes, une maquette en bois
et plâtre aux dimensions réelles qu'aurait l'éléphant, c'est-à-dire
15 m de haut hors la tour et 24 m avec la tour et 16 m de longueur.
Il pensa à un escalier à vis situé dans une patte et pour couronner
le tout il imagina une plate-forme d'observation. Petit à petit,
le projet fut abandonné, mais la maquette resta en place jusqu'en
1847. En très mauvais état, elle devint rapidement un repaire à
rats, ce qui ne l'empêcha pas d'obtenir tout au long de ces années
un vrai succès de curiosité de la part du public parisien. Elle
fut vendue pour la somme de 3 800 francs. On ne sait ce qu'elle
devint.
À ce sujet, il me revient à l'esprit l'épisode des Misérables de Victor Hugo où Gavroche logeait dans l'éléphant qui
était installé ici même.
-Remontons à présent le Boulevard
Richard-Lenoir (côté impairs) jusqu'au boulevard Voltaire.
Au n° 57 : Cet immeuble se
différencie des autres constructions du quartier par son portique
inspiré de l'hôtel de Beaumarchais. Il date des années 1830, juste
après la destruction de son hôtel. Admirons les six colonnes corinthiennes
qui nous offrent un fantastique décor.
Un peu plus loin, au n° 61
: C'est un foyer pour personnes âgées, commandé par l'Habitat social
Français. On a conservé de l'ancien bâtiment le fronton que les
architectes Bernard Bourgade et Michel Londinsky ont su intégrer
dans leur conception de 1984. Le revêtement mural est en bichromie
du meilleur effet. C'est une belle réussite.
Nous voici maintenant arrivés au boulevard
Voltaire. Au n° 50,
cachée par les arbres, c'est l'ancienne salle du café-concert Ba-ta-clan construite en 1864 par l'architecte Duval
dans le style d'une pagode chinoise et inaugurée le 3 février 1865.
Photo. Elle tenait son nom de celui d'une opérette créée, en 1855,
au théâtre des Bouffes-Parisiens. La salle a été refaite en 1909.
Un conseil : Il faut traverser le boulevard et prendre du recul
pour bien mesurer l'importance du bâtiment d'origine.
-Je ne vois qu'une chose à faire, mon cher neveu, c'est de prendre un
verre à la terrasse de ce café et nous reposer le temps qu'il faut
! Et puis aussi me raconter quels sont tes futurs programmes d'études
pour cette année, nous sommes en septembre, et les portes de la
fac ne vont pas tarder à s'ouvrir, n'est-ce pas ? Dis-moi, un peu,
mon cher neveu quel est ton programme d'études cette année...
Sources : En plus de mes travaux personnels, de compilation et de repérage des lieux,
j’ai utilisé les ouvrages suivants : "Dictionnaire
historique des rues de Paris " de Jacques Hillairet. "Le XIe arrondissement".
Collection Paris en 80 quartiers. Mairie de Paris.
Michel
Ostertag
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