Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Dix-neuvième balade

Autour de la Bastille

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5e partie

Entre rue de la Roquette et avenue Ledru-Rollin

 

      -Pour cette nouvelle balade, mon neveu, et avant de te laisser la parole, je voudrais que nous continuions à étudier ce que fut la prison de la Bastille. Cette forteresse conserva pendant ses deux premiers siècles son caractère militaire, ce qui n'empêcha pas de voir des personnages importants y être enfermés.

Sous chacun des rois de Louis XI à Henri II, des nobles y furent incarcérés, comme le connétable de France Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol et tant d'autres, sans oublier le céramiste et savant Bernard Palissy, (1510-1589) qui y fut incarcéré en 1589 pour avoir refusé d'abjurer la foi protestante. Il y mourut la même année à 80 ans.

Dans la tour du Trésor, Henri IV y déposa ses économies d'un montant de 15 875 000 livres (en 1610). Marie de Médicis dilapidera très vite ce magot ! Sous le règne de ce roi, on embastillait facilement : le duc de Biron en 1602, Charles de Valois, la Galigaï après l'assassinat de son mari Concino Concini, maréchal d'Ancre. C'est Richelieu qui modifia le statut de la citadelle militaire pour en faire une prison d'état. Auparavant, c'était un "capitaine" qui en était le chef, dorénavant, on parlera d'un "gouverneur". Le premier de ceux-ci fut Charles Leclerc du Tremblay, qui était le frère du père Joseph, l'éminence grise de Richelieu.

-On voit tout de suite le "piston" dont il a bénéficié !

La prison de la Bastille était en fait une prison d'aristocrates - surtout au XVIIIe siècle - où, à de rares exceptions, seules des personnalités de distinction y étaient conduites. Le nombre de ces prisonniers ne fut jamais important : 40 par an sous Louis XIV, 43 sous le règne de Louis XV et seulement 19 sous celui de Louis XVI...

-On est loin de ce qu'on raconte dans les livres d'histoire !

-D'autant que la Bastille ne pouvait pas contenir plus d'une cinquantaine de prisonniers...Et les prisonniers, en général,  n'y restaient guère longtemps : en 1782, la durée moyenne fut de quatre mois environ. Il faut se dire qu'être mis en cachot ici n'avait rien de déshonorant, car pour y être mis il fallait une lettre de cachet. Cette lettre était libellée de la sorte : "Monsieur le Gouverneur, envoyant en mon château de la Bastille le sieur X..., je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à l'y recevoir et retenir en toute sûreté, jusqu'à nouvel ordre de moi. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le Gouverneur, en sa sainte garde."  Ce texte était suivi de la signature du roi et le contre-seing du ministre. On peut citer parmi les plus importants personnages le maréchal de Bassompierre, le surintendant  des finances Fouquet en 1663, le chevalier Louis de Rohan, l'empoisonneuse Voisin en 1680 etc. À cette liste il faut ajouter un grand nombre de jansénistes et aussi de protestants. Et puis, le plus célèbre de tous, je veux parler de " l'homme au masque de fer" qui y mourut. Les deux seules pièces qui mentionnent le passage de cet homme sont : Un document daté du 18 septembre 1698 qui signale qu'à trois heures de l'après-midi, "venant des Iles Marguerites un prisonnier toujours masqué et dont le nom ne se dit pas est transféré à la Bastille". Le deuxième document  est daté du 19 novembre 1703, c'est-à-dire cinq ans et deux mois plus tard : "le prisonnier inconnu, toujours masqué d'un velours noir qu'il gardait depuis longtemps s'est trouvé mal en sortant de la messe. Il est mort aujourd'hui, sur les dix heures du soir, sans avoir eu une grande maladie. Et ce prisonnier inconnu a été enterré le mardi 20 novembre dans le cimetière Saint-Paul, notre paroisse. On a payé quarante livres pour l'enterrement. Le nom donné a été M. de Marchali."

       On ne peut pas oublier dans cette liste le nom de Voltaire qui fut enfermé pour la première fois en 1717, sous le règne du Régent pour un poème qui lui fut attribué mettant en scène les relations incestueuses du Régent avec ses propres filles. Voltaire avait alors 23 ans. Durant sa captivité il acheva sa pièce Oedipe. Une fois remis en liberté, il fut présenté au Régent qui lui octroya une pension de mille écus. Voltaire le remercia en ces termes : "Je remercie Votre Altesse Royale de ce qu'elle veut bien se charger de ma nourriture, mais je la prie de ne plus se charger de mon logement." Pourtant, il retourna une deuxième fois à la bastille en 1726, pour un séjour d'un mois.

-La prochaine fois nous parlerons de Latude, le célèbre Latude qui passa trente-cinq ans de sa vie en différentes prisons...Ce qui ne l'empêcha pas de mourir à 80 ans, en 1805. Maintenant à toi de m'expliquer cette partie du quartier que je connais mal.

       -Eh ! bien mon oncle, commençons par  la rue de la Roquette. Du n° 1 au n° 17, ce grand espace fut l'emplacement, de 1673 à la Révolution, du terrain d'exercice de la Compagnie royale des Chevaliers de l'Arbalète et de l'Arquebuse de Paris. Cette compagnie avait été formée avant le roi Louis le Gros pour servir le roi et défendre la ville. Ils étaient au nombre de 180, soit 80 arbalétriers et 120 archers.

Plus loin dans la rue, au n° 17, Verlaine logea ici avec sa mère de décembre 1882 à septembre 1883. Il commença à écrire Les poètes maudits. Il quitta cet endroit pour les Ardennes. Une plaque commémore le passage du poète.

Au n° 32 : Une curieuse enseigne : "L'AN VERT DU DÉCOR" avec la lettre R dessinée à l'envers...

-Comme nous passons devant la rue de Lappe, suis-moi, j'ai plein de choses à te dire. Cette rue doit son nom à une personne nommée Gérard de Lappe, un maraîcher propriétaire des jardins et des marais sur lesquels cette rue fut percée.

Cette rue était occupée par les ferrailleurs. Ils ont laissé la place à des boutiques, des cafés et des boîtes de nuit. Cette rue est particulièrement étroite et peu longue : elle mesure 10m de large et 265m de long seulement.

D'abord fréquentée par des Bretons et des Auvergnats, on croise aujourd'hui aussi bien des Maghrébins que des Antillais, des Africains, des Indiens ou encore des Thaïlandais. De l'Auvergne on peut apprécier les produits de ce terroir comme à La Galoche d'Aurillac. Mais cette rue est surtout connue pour son côté "canaille"... En effet, au XIXè siècle, cette rue proposait de nombreux bals-musettes où voyous et gigolettes faisaient la loi. Avant la guerre on comptait 17 bars dans la rue de Lappe. Cette atmosphère plaisait aux touristes qui venaient nombreux "s'encanailler" ici. Le plus célèbre de tous ces bals-musettes était bien sûr, le bal à Jo", au n° 9. Bal ouvert en 1936 (inauguré par Mistinguett) avec un décor d'Henri Mahé. Décor blanc et rose et tableaux illuminés dans une évocation des grands lieux de plaisir de la capitale comme le Bal Mabille ou encore le Moulin-Rouge...C'est ici le royaume de la java : "Passez la monnaie, passez la monnaie", car à la moitié du morceau, l'orchestre marque une pause, alors le caissier pénètre sur la piste, la besace bien en évidence...Vingt cinq centimes la danse... Le regard fureteur, il "engourdit", c'est-à-dire qu'il encaisse l'argent..."Allez roulez", et c'est reparti ! Ici, pas question de resquiller, car attention aux malabars qui auraient tôt fait de vous envoyer sur le trottoir les quatre fers en l'air !

-Dis-moi, mon oncle, ton père, parisien dans l'âme comme il l'était, à bien dû connaître ce lieu et t'en parler...

-Oui, bien sûr, mais j'ai plaisir à t'entendre raconter...

L'histoire de Jo France est la suivante : en 1931, il avait monté, au n° 32 de la rue de Lappe, un petit cabaret, "la Bastoche". À cette époque, il était le plus jeune patron (ou "taulier" en argot) de la rue et en plus, il n'était pas auvergnat ! La chance lui sourit quand, à l'hôtel Vernet situé au n° 9 de la rue, une jeune femme est découverte assassinée. Aussitôt les patrons ferment l'hôtel et Jo obtient un bail pour reprendre le commerce. Quelques années auparavant, Jo avait fait la connaissance à l'hôpital du Val de Grâce d'un peintre de talent, un pur Breton de Paris, Henri Mahé qui avait une petite renommée pour avoir décoré des maisons closes, mais aussi le Moulin Rouge, le cinéma Rex...Jo lui demanda de travailler pour son nouveau commerce, car il avait décidé d'ouvrir un bal, qui deviendra le Bal à Jo ou "Balajo".

L'inauguration eut lieu le 18 juin 1936 et le succès fut aussitôt fulgurant. De nombreuses célébrités se pressèrent telles que : Arletty, Marlène Dietrich, Francis Carco, Joseph Kessel, Céline, l'Américain George Raft. Au moment de la guerre, en 1939, le "Balajo" ferma pour ré-ouvrir le 24 décembre 1944. De nouveau, toutes les célébrités de l'époque viennent au Balajo, comme Jean Gabin qui était un habitué du samedi soir. On le voyait descendre de sa Delahaye grenat à double carburateur et s'amener de sa démarche chaloupée, à la "mataf ". Édith Piaf y fêtera son mariage avec Jacques Pils, puis elle y amènera Marcel Cerdan.

" Tout le monde est venu, vient ou viendra un jour au Balajo" répètent les propriétaires du lieu.

On dit que l'auteur-compositeur-chanteur Francis Lemarque est né dans cette rue. Il a composé une chanson célèbre qui s'intitule : Rue de Lappe, justement ! "Rue de Lappe/Rue de Lappe/ Au temps joyeux/ Où les frappes/Où les frappes/Etaient chez eux"...

-Avançons dans la rue : au n° 13 et 15 : Façade Havanita.

Au n° 16 : Bar des Ferrailleur.

Au n° 18 : Dans la cour, plusieurs ateliers sont envahis par le lierre.

Au n° 19 : Chapelle des Lombards. Le royaume de la salsa et du reggae.

Au n° 24 : Une cour intérieure fleurie et pittoresque à souhait. Il ne faut pas hésiter à pousser la porte cochère...

Au n° 26 : Cour St-Louis avec une petite niche derrière deux barreaux au-dessus de la porte cochère.

Au n° 41 : Les "Galoches d'Aurillac" et ses produits d'Auvergne. Voir photo plus haut.

 

 

Rue cité de la Roquette

Au n° 5 : Au fond de l'impasse, un exemple unique dans l'arrondissement avec un bâtiment au style néo-gothique. Il a été édifié en 1891 par l'architecte Péchard. Il a appartenu à l'ébéniste Dugast " son enseigne est toujours à sa place. Il était spécialisé dans la fabrication de meubles "japonisant". La maison et les ateliers sont classés Monuments historiques. Dommage que le fond de cette impasse ne soit pas mis en valeur. Le magasin de papiers peints et moquette avec ses camions de livraisons viennent ternir ce petit bijou d'architecture ! C'est le moins qu'on puisse dire !

"En remontant dans la rue de la Roquette, nous avons à notre droite la Rue des Taillandier

 

Ce nom vient des taillandiers ou fabricants d'outils pour charpentiers qui habitaient ce quartier, à l'époque. Depuis la construction de l'Opéra Bastille dans les années 90 cette rue abrite plusieurs galeries d'exposition. Il faut dire que les hangars désaffectés depuis le départ des ébénistes offrent aux créateurs d'immenses salles qui permettent expositions et ateliers de mode. Photo de la rue au XIXe siècle.

"Un peu plus haut, nous voici dans la Rue Keller.

       Ce Keller-là (car ils étaient deux dans la famille) était un orfèvre et fondeur, né en 1638 à Zurich et mort à Paris en 1702. Il a été inspecteur de la fonderie de l'Arsenal.

En 1858, cette rue, en fait, était l'allée centrale du marché au charbon, de part et d'autre de laquelle, en 1842, s'étendait huit halles, quatre de chaque côté.

Au n° 29 : Emplacement, à partir de 1860, de la première mairie du XIe arrondissement. Elle fut transférée en 1865, place Léon-Blum (ex-place Voltaire).

Au n° 19 : La rue Keller a été ouverte en 1856. Cet immeuble a été construit quatre ans après, soit en 1860. Il est dû à l'architecte Avezard. La façade est superbe avec son balcon doté d'une rambarde en fer forgé, ses corniches et l'utilisation de la pierre de taille. Ajoutez à cela de magnifiques colonnes cannelées à demi en relief. Rien que pour lui, il mérite qu'on s'engage dans la rue !

Revenons rue de la Roquette : Au n° 43-45 : La grande comédienne Segond-Weber est née à cet endroit en 1867. Une plaque indique cette information.

   

Au n° 47 : Notre-Dame d'Espérance. Un peu d'histoire : En 1911, sur cet emplacement, on créa une chapelle qui sera agrandie entre 1926 et 1928. L'Église d'aujourd'hui a été reconstruite sur le même site. Les architectes ont tenu à ce que l'église et la cité paroissiale donnent l'impression d'être là depuis toujours. Le parti pris, au plan architectural, a été d'utiliser l'Écriture au lieu et place des habituelles sculptures, ce qui donne, rue du Commandant Lamy une façade dédiée à l'Ancien Testament et rue de la Roquette au Nouveau testament. Ces panneaux sont constitués par trois couches de verre assemblées sur une hauteur de 20m et une largueur de 11m. La première couche est un verre transparent comme du cristal et protégé contre les bris possibles. La deuxième couche est en verre épais couleur d'eau, il est le support où sont gravées les citations des Évangiles et la troisième couche de la même matière que la première est sablée sur son pourtour. Cela a demandé six mois de travail à une dizaine de verriers pour réaliser les vingt-deux éléments de la façade. Les textes sont écrits tantôt à l'endroit tantôt à l'envers afin de permettre une lecture aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.

       La tour du clocher abrite deux cloches : "Geneviève" offerte par les Auvergnats du quartier et "Lucie". Ces deux cloches proviennent de l'ancienne église.

À l'intérieur de l'église, on est impressionné par l'espace ou plutôt les espaces, les formes, les lignes, les matériaux choisis. Tout cet ensemble prépare à la méditation et à la prière.

Les vitraux sont inspirés par le thème du désert, d'où un rapport des couleurs particulièrement important. Couleurs chaudes donnant à penser au désert et favorisant le recueillement.

       L'autel dont la table est ronde " trait d'union entre le céleste et le terrestre " rappelle le globe terrestre.

Au n° 49 : Michelet habita ici de 1818 à 1828 (maison démolie en 1884).

       Au n° 70 : Très belle fontaine. L'amélioration de l'hygiène dans la capitale passait obligatoirement par la distribution d'eau. Cette fontaine comme d'autres  a été édifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle. En 1846, celle que nous voyons ici a été construite par l'architecte Molinos. Elle est illustrée des armes de Paris, de dauphins et de guirlandes de fruits. Ce décor extérieur est complété par des têtes de lions à l'intérieur et un motif de coquilles. Depuis 1992, elle est classée Monument historique.

Au n° 71 : Une maison de plaisance du XVIIIe siècle a été démolie en 1977, seuls ont été conservés le portail et le fronton représentant deux femmes se tournant le dos.

Au n° 76 : Théâtre de la Bastille

Au n° 84 : Centre communautaire sépharade Isaac Abravanel (1437-1508) Ce centre a été inauguré en 1960. Il comprend une synagogue et des  salles d'études. Abravanel était le trésorier du roi d'Espagne Ferdinand. Il a été exilé en 1492 au moment des lois d'expulsion. Dans la cour, derrière le portail d'entrée un monument aux israélites d'Orient morts pour la France. Il n'est pas visible de l'extérieur.

       - Continuons jusqu'à la rue Basfroi, autrefois c'était un champ de vignes ! Difficile à imaginer aujourd'hui, non ? Puis rejoignons  l'Avenue Ledru-Rollin.

Au n° 151 : Résidence Universitaire Bastille.

Au n° 153 : Une communauté protestante, avec cours du soir et salles de lecture pour les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, fondée en 1854. Inscription effacée au-dessus du portail d'entrée.

-Sur notre droite quittons l'avenue pour prendre la rue de Charonne. Tout de suite, allons jeter un oeil, rue Keller au n° 4 à 10 : Emplacement depuis 1844, d'un asile, devenu une école constituée de deux grands bâtiments, l'un pour les garçons et l'autre pour les filles. Son architecture est caractéristique des bâtiments des années Trente. Une plaque noire avec lettres d'or rappelle : "À la mémoire des élèves de cette école déportés de 1942 à 1944 parce que nés juifs, victimes innocentes de la barbarie nazie et du gouvernement de Vichy. Plus de 1200 enfants du 11e arrondissement ont été exterminés dans les camps de la mort".

-Dans la rue de Charonne, au n° 26, allons nous promener dans le passage  Lhomme. Cet endroit est une sorte de "petite république des ébénistes". Et encore ce n'est plus ce qu'elle a été. Son passé est glorieux, le nombre des ébénistes d'art était important, on cite les frères Pellinini, qui étaient installés dans leur atelier depuis 1935 jusqu'à leur départ il y a seulement quelques années. Ils fabriquaient commodes, sièges et armoires pour les musées et les amateurs fortunés.

Existe encore un atelier de gainier d'art  - il existe depuis 150 ans - et perpétue cet art extraordinaire qui consiste à gainer de cuir des bureaux ou des tables. Ici, on sait teindre les peaux, on sait manier la feuille d'or de vingt-deux carats et demi plaquée sur le cuir avec un fer chaud... On trouve aussi des vernisseurs au tampon, technique héritée du XVIIIe siècle, l'atelier Hollard pratique toujours cette méthode qui fait la réputation de tout ce quartier voué à l'art du meuble...

- Et de plus, cette rue offre un côté verdoyant bien séduisant !

- Revenons, mon oncle, rue de Charonne et regardons au n° 14, dans une niche, une statuette masquée par une grille. Une Sainte-Vierge, peut-être ? Continuons au n° 1, c'est-à-dire à l'angle de la rue du Faubourg Saint-Antoine :  c'est la Fontaine Trogneux. Elle a été réalisée en 1807. Elle porte le nom d'un brasseur du faubourg. En fait, la fontaine que nous voyons aujourd'hui est une reconstitution de celle construite en 1719. D'après les archives elle serait due aux dessins de Jean Beausire. Cette fontaine est la concrétisation de la pensée du roi Louis XIV : Aménager ce quartier en l'approvisionnant en eau et améliorer de la sorte ses conditions d'hygiène.

Une plaque au ras du sol indique le niveau des eaux au moment de la crue de la Seine en 1910.

Pour terminer, revenons sur notre gauche vers l'avenue Ledru-Rollin, au n° 91, précisément. À l'emplacement du magasin Monoprix. Au siècle dernier, un prophète suisse, Alexandre Freytag réunissait ici ses fidèles dit du "Petit troupeau". Freytag était né en 1870 à Baden. Il fut d'abord Témoin de Jéhovah, puis se sépara de ce groupe en 1919, car son créateur, Charles Russel prétendait dater la fin du monde d'une manière précise !

Il réunit ses disciples et prit le titre de "messager de l'Éternel". Il voulait donner à ses disciples la terre en partage en vivant éternellement, car les purs ne doivent pas mourir. Sa théorie était basée sur la phrase des Écritures : "Le salaire du pêché, c'est la mort". Freytag en conclut que si ses disciples ne pêchaient pas, ils seraient éternels. Les disciples étaient végétariens et pratiquaient la confession publique à la suite de quoi ils échangeaient "le baiser de la paix" donné sur la bouche. Le Royaume de Dieu étant pour demain, Freytag en régla, par avance, les moindres détails : la terre sera divisée en carrés, chaque famille recevra un lopin de terre de 240m de côté ; dix demeures de familles formeront une colonie ; dix colonies une contrée avec environ 10 000 habitants...

-Mais mon neveu cela suppose des familles de 100 personnes...

-Exacte ! Un journal, Le règne de justice et de vérité paraissait périodiquement et donnait les détails concernant la répartition des terres aux "justes".

-Rien que ça !

-Et quand Freytag mourut, en 1947, on comptait ses disciples par centaine de milliers.

 

-Mon neveu, toutes mes félicitations pour ce bon travail de recherche et de curiosités. Je te propose pour notre prochaine balade de revenir à la place de la Bastille, de parler à nouveau de la forteresse et de nous engager vers les boulevards Richard-Lenoir et Voltaire pour en connaître l'histoire.

 

 

Sources :

En plus de mes travaux personnels, de compilation et de repérage des lieux,  j’ai utilisé les ouvrages suivants : "Dictionnaire historique des rues de Paris " de  Jacques Hillairet. "Le 12e arrondissement". Collection Paris en 80 quartiers. Mairie de Paris.

Et le site Internet pour l'histoire du "Balajo" : www.balajo.fr/historique.html . À consulter car il est très agréable à lire.

 

 

Michel Ostertag

ostertag.michel2@wanadoo.fr

 
                                                                                  

Mesurez votre audience