
4e partie
Entre rue du faubourg
Saint-Antoine
et rue de Charenton
b: de la rue Baudelaire à la rue Citeaux


-
Reprenons notre balade et allons de ce pas jusqu'à la rue Cotte
ou de Cotte, on ne sait pas vraiment quelle est la bonne orthographe.
Au coin de cette rue et de la rue Trousseau, au n° 151 de la rue du faubourg Saint-Antoine : un moment crucial de l'histoire de
ce quartier, je veux parler des journées de décembre 1851. Le député
Alphonse Baudin (1811-1851) fut tué ici,
le 3 décembre 1851, sur une barricade en montrant comment un député
"se fait tuer pour 25 francs par jour ". On peut
lire la borne explicative au coin de la rue. Lors du mouvement insurrectionnel
provoqué le 2 décembre 1851, par le coup d’Etat du prince Napoléon,
une barricade avait été dressée ici par les ouvriers de la rue Sainte-Marguerite,
auxquels s’étaient joints plusieurs députés, parmi lesquels Baudin,
représentant de l’Ain à l’Assemblée législative de 1849. Alors que
Victor Schoelcher accompagné de plusieurs députés sans armes s’en
allaient au-devant d’une compagnie du 19e de ligne qui
venait de la place de la Bastille dans l’intention de parlementer
avec les soldats, des ouvriers se moquèrent de ces représentant
du peuple en disant : "Croyez-vous
que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq
francs par jour !". Baudin, un drapeau à la main, monté sur la barricade les regarda fixement et leur dit : "
Vous allez voir comment on
meurt pour vingt-cinq francs ! " C’est à ce moment-là
qu’un balle, partie, on ne sait pourquoi, de la barricade, blessa
un soldat du 19e de ligne. Ses camarades répliquèrent
aussitôt furieusement, et Baudin tomba, mortellement blessé. Il
avait juste quarante ans. Ses restes furent déposés au Panthéon,
en même temps que ceux de Sadi Carnot, en 1889. Un détail: il est
dans le même caveau que La Tour d’Auvergne qui était un Officier
des Armées de la Révolution.
Alphonse
Baudin était né à Nantua en 1811, médecin et député à L’Assemblée
de 1849. Affilié à la Franc-Maçonnerie, il siège avec les représentants
de la Montagne et fait partie du comité de résistance organisé par
les républicains afin d’essayer de soulever les ouvriers du fg St-Antoine
contre le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte.
Cet épisode de l'insurrection
du 2 décembre a été un fait marquant, rappelé sans cesse dans les
livres d'Histoire: image forte d'un député mourant pour sa cause.
Rien n'est plus puissant que cette image d'un député juché sur une
barricade. Plus qu'une image, un symbole, même. Et pendant tout
le règne de Napoléon III, l'image de ce député, les paroles prononcées
ici même, eurent une influence considérable dans l'esprit de ceux
qui jamais n'acceptèrent ce coup d'état.

Un peu plus loin, un détail amusant, au
n° 156 de
la rue du faubourg Saint-Antoine subsiste encore au dessus d'une
grande boutique jaune de vente de fringues, un balcon, survivant
d'une maison du XVIIIe siècle: À cette époque, c'était un cabaret
à l'enseigne de "A la Grappe Degois", le commerce a disparu, mais le balcon a
gardé le monogramme et le nom du cabaret.
-C'est sûr mon oncle qu'il
faut être un esprit averti, comme nous le sommes, n'est-ce pas,
et avoir l'oeil assez aiguisé, lever le nez à la bonne hauteur et,
de plus, être sur le trottoir d'en face pour voir ce balcon, bravo,
mon oncle, tu es un fin limier des vieilles pierres de Paris...
-Ne te fiche pas de moi, fiston!
Avoue que ça t'épate, voilà tout!
-J'avoue sans honte!

-Maintenant abordons le marché d'Aligre. En 1776, la vingt-sixième et dernière abbesse de
l'abbaye de Saint-Antoine, Mme Gabrielle-Charlotte de Beauvau-Craon
donna, à cet endroit, au sieur Chomel de Cerville, un terrain pris
sur l'enclos de l'abbaye afin qu'il y installât un marché consacré
à la vente de la paille et du foin. Ce fut le marché Beauvau-Saint-André,
édifié d'après les plans de l'architecte Lenoir.
Pour faciliter l'accès, en
1778, on ouvrit cinq rues autour du
marché, dont la rue d'Aligre. Le 14 juillet 1789, les émeutiers
qui attaquèrent la Bastille pillèrent foin et paille de ce marché.
Celui-ci fut reconstruit en 1843. C'est celui que nous voyons aujourd'hui.
Les boutiques sont disposées en allées rectilignes; boutiques de
charcuterie, boucherie, poissonnerie, fruits et légumes et à l'extérieur
ce sont brocanteurs et fripiers qui proposent leurs marchandises.
On peut deviner aisément que la clientèle du marché d'Aligre est
très variée et colorée. Ici, on y trouve des produits du monde entier.
Le
nom actuel d'Aligre lui a été donné en 1867, en hommage à la chancelière
d'Aligre, qui était la femme du premier président du Parlement Étienne
d'Aligre et l'une des fondatrice de l'hôpital des Enfants-Trouvés,
nous en avons parlé à la dernière balade. Etienne-François d'Aligre,
né en 1726, était premier président du parlement de Paris de 1768
à 1788, soit pendant vingt ans, ces dates correspondent à l'aménagement
des rues et du marché. Émigré, il mourut à Brunswick en 1798.
Tous
les matins, sauf le lundi, le marché d'Aligre est ouvert de 8h à
13h dans la rue et de 8h à 13h et 16 à 19 h dans le marché couvert.
À quelques pas d'ici, au 3 rue
Théophile-Roussel,
les amateurs de vins trouveront le Baron
rouge, un des bars à vins les plus typés de Paris.
-En continuant par la rue de Cotte, au n° 9,
nous pouvons voir une façade, un peu en décor de cinéma avec une
longue inscription: "Grand lavoir du marché Lenoir". Ce
fut le dernier lavoir de la capitale. Nous finirons cette courte
balade par la Rue de Citeaux : ce nom nous rappelle
que c’était l’ordre auquel appartenait les religieuses de l’ancienne
abbaye de Saint-Antoine.
À
la prochaine balade, nous reparlerons de la
Bastille
et de ses prisonniers célèbres et nous continuerons un autre "croissant"
autour de la place. Nous devons prendre notre temps pour bien étudier
chaque détail et ils ne manquent pas, comme tu peux le voir !
-Donc,
nous irons vers la rue de Lappe et la rue de la Roquette, n'est-ce
pas ? Ah! La rue de Lappe
-Cette
rue de Lappe semble exciter tes esprits, mon neveu, mais là aussi,
ce n'est plus ce que c'était!...Écoute, travaille sur la rue de Lappe
et la prochaine fois, c'est toi qui me racontera cette rue, car
tu sais, à mon âge, les gigolettes et les gigolos, ce n'est plus
de saison...
-Oh!
Mon oncle, on dit ça, on dit ça...
Sources :
En plus de mes travaux personnels, de compilation et de repérage des lieux,
j’ai utilisé les ouvrages suivants : "Dictionnaire
historique des rues de Paris " de Jacques Hillairet. "Le
12e arrondissement". Collection Paris en 80 quartiers.
Mairie de Paris.
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