Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Dix-septième balade
Autour de la Bastille

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

  

Autour de la Bastille

 3e partie

Entre rue du faubourg Saint-Antoine et rue de Charenton          

a: jusqu'à la rue Charles Baudelaire

- Mon cher neveu, commençons notre balade d'aujourd'hui par quelques mots sur la forteresse de la Bastille. D'abord une première précision, la place de la Bastille telle que nous la voyons aujourd'hui n'est pas située sur l'emplacement exact de la prison...

- Pourtant, j'aurais juré, mon oncle !

- Eh bien non, vois-tu ! D'après ce que j'ai appris dans les livres d'histoire, la forteresse de la Bastille  était un énorme complexe militaire comprenant la prison bien sûr, mais aussi des bastions, des portes fortifiées, des courtines et des fossés raccordés à l'enceinte de Philippe Auguste et qui était située plus vers l'autre côté de la place, vers la rue saint-Antoine et le boulevard Henri IV...

       On peut découvrir le tracé de la forteresse par un pavage rue Saint-Antoine, place de la Bastille et boulevard Henri IV. Cette prison avait 66 m de long et 30 m de large. Les huit tours avaient moins de 24 m de haut, un diamètre extérieur de 11,3 m, une épaisseur de 2 m. Ces tours faisaient une saillie de 6 m environ. Chacune de ces tours avaient un nom : tour du "Coin", tour du "Puits", de la "Comté", de la "Bazinière" etc. Ces tours servaient de prisons : les cachots en bas, les prisons au-dessus.

       Ces cachots étaient situés à 1,50m au-dessus du niveau du fossé avec pour seul ouverture une mince fente donnant sur le fossé avec l'eau qui suintait, ce qui entretenait une humidité malsaine avec rats, crapauds et araignées. Dans l'épaisseur de ces huit tours existaient des escaliers à vis afin de desservir les différents étages. Le fossé qui ceinturait la forteresse était profond de 8 m et large de 24 m. Il fut alimenté en eau de la Seine jusqu'en 1650 et ensuite asséché. Il n'y eut alors plus qu'un mince ruisseau (sauf les jours de crue) au fond du fossé. Cet état améliora considérablement les conditions d'hygiène des prisonniers.

La construction de la forteresse remonte à Etienne Marcel, prévôt des marchands en 1356, qui fit commencer sa construction, à la hâte, pendant la captivité en Angleterre du roi Jean le Bon. Son but était de mettre à l'abri des Anglais les quartiers de Paris qui s'étaient développés hors de l'enceinte de Philippe Auguste. Après l'assassinat d'Etienne Marcel, le roi Charles V reprit possession de la capitale et il confia à Hugues Aubriot le soin d'agrandir les premières constructions et fit de la forteresse un château-fort, d'abord à quatre tours d'angles et à deux portes. Puis dès 1370, occupant tous les oisifs de la capitale, il doubla le nombre de tours avec quatre autres tours et entoura le tout d'un fossé, "aussi large que profond" qui fut alimenté par la Seine. On peut voir aujourd'hui, à la station "Bastille",  ligne n°5 du métro, un vestige de la contrescarpe du fossé oriental de la forteresse. La fin des travaux eut lieu en1382, au début du règne de Charles VI. Sous Henri II, on renforça la défense extérieure en construisant de 1557 à 1559, quelques bastions, dont un devant la Bastille.

Pour entrer à la Bastille, on s'engageait à droite de la rue Saint-Antoine.

La formation de cette place date de 1792, c'est à dire juste après la démolition de la forteresse au lendemain du 14 juillet 1789.

- Au cours des prochaines balades nous continuerons à parler de la forteresse, car il y a beaucoup de choses à raconter. Engageons-nous maintenant dans la Rue du Faubourg Saint-Antoine...

Ce fut au départ une voie romaine qui conduisait jusqu'à Meaux. Sa situation sur la route menant à Vincennes en fit un lieu privilégié pour les cortèges princiers et royaux. En 1239, c'est Saint-Louis revenant des Croisades et portant la Sainte épine ; le 2 décembre 1240, entrée, dans Paris de la reine de France, Isabeau de Bavière ; le 31 décembre 1536, entrée de Jacques V d’Écosse, allié de François 1er contre Charles-Quint ; le 1er janvier 1540, Charles Quint lui-même passant par Paris pour aller réduire la révolte de Gand ; le 14 septembre 1573, le duc d’Anjou, frère de Charles IX, arrive de l’abbaye St-Antoine où il vient d’accepter la couronne de Pologne ; le 6 décembre 1656, la reine Christine de Suède vient en voyage d’agrément ; le 26 août 1660 c'est l’entrée de Louis XIV et de sa jeune femme, Marie-Thérèse, infante d’Espagne, épousée le 9 juin à St-Jean-de-Luz. Tu vois, mon neveu, que ce n'est pas l'Histoire qui fait défaut dans ce quartier !

Quelque chose de plus prosaïque : un phénomène constant de la rue du Fg St-Antoine, c' est la perpétuation à travers les siècles, des sorciers-guérisseurs. On dit même, qu'actuellement, autour de l’hôpital Saint-Antoine, de nombreux cafés abritent des rebouteux de père en fils, très prisés encore en 2002...Curieux, non !

Pendant longtemps, le faubourg Saint-Antoine est resté en dehors des circuits touristiques.

C’est au cours du XIXe siècle, à l’époque de la révolution industrielle, puis de l’urbanisme du Second Empire que le quartier devint une petite ville grouillante, où un peuple besogneux se regroupe autour de métiers bien spécifiques. Mais depuis quelques années, - au moment de la construction du nouvel Opéra - ce quartier a bénéficié d'une mutation profonde avec une vague d’habitants  "branchés", comme on dit et petit à petit, les anciennes fabriques se sont transformées en "loft" et les ateliers ou entrepôt ont accueillis architectes, photographes, agences de pub ou galerie d’art. Ainsi le milieu social a été radicalement modifié.

- Et avant cela, quelle fut l'histoire du faubourg Saint-Antoine ?

L’abbaye royale de Saint-Antoine, fondée en 1198, donne son nom au Faubourg. Cette abbaye  possède un immense territoire, c’est le couvent le plus riche après celui de Montmartre. La présence de cette abbaye va permettre au quartier de se développer pour deux raisons : D'abord, l’abbaye bénéficie des faveurs de rois de France et, ensuite, les religieuses défendent les privilèges accordés aux gens qui s’installent sur leur territoire en baillant des terrains à construire et en organisant le ravitaillement du Faubourg.

Dès 1471, le roi Louis XI accorde des franchises aux personnes des deux sexes, de toutes professions et métiers et de toutes nations travaillant sous le patronage de l’abbaye. Édit qui sera renouvelé par Colbert en 1657 avec la proclamation de la liberté du travail dans le faubourg et l’exemption pour les artisans des réglementations corporatives. Cette décision permet aux artisans ébénistes de laisser libre cours à leur imagination créative comme l'application des bois des îles, l'incrustation d’écailles ou encore le placage de noyer, cèdre, ébène ou tout autre bois. Ici ont lieu les premières décoration en bronze et les imitations des meubles de Chine. Ailleurs, les  artisans subissent le joug des corporations qui leur impose un droit de visite pour contrôler la qualité des ouvrages et la saisie de ceux jugés mauvais ; interdiction de livrer des ouvrages dans Paris, ce qui constitue une entrave au commerce, obligation de perpétuer les modèles et les techniques enseignées et codifiées... Interdiction de travailler la nuit, car cela aurait pu permettre des malfaçons !

Quand la Révolution supprime le monopole corporatif, la libre entreprise se développe. Les activités du faubourg sont principalement dans l’ameublement et la métallurgie. L’ameublement se concentre autour du Faubourg St-Antoine et de la rue de Charonne. La  métallurgie autour de la rue Popincourt et de la rue de Lappe. Mais on trouve aussi des activités concernant le verre, de faïence et le papier peint. Par manque de place, les activités se sont développées au fond des cours auxquelles on accède par des passages ouvrant encore sur un lacis de ruelles. Véritables labyrinthes qui relient le Faubourg aux rues avoisinantes. Le savoir se transmet de père en fils. Mais aujourd'hui la fabrication industrielle a tué l’artisanat qui a beaucoup souffert d’un manque de revalorisation.

- Cela, mon oncle, c'est le côté disons industriel du quartier, mais il y a aussi le côté révolté, prêt à dresser les barricades à la première escarmouche...

- Ah ! Nous y voilà, tu penses au côté historique, célébré par tant de films. En effet, la rue du fg St-Antoine de la Bastille à la Nation est le centre d’un quartier populaire qui, au XIXe siècle est à l’avant-garde de toutes les révoltes. Le grand nombre d’ouvriers et le milieu social qu’elle regroupe favorisent les soulèvements populaires, les émeutes, les barricades : Sous la Fronde, le 2 juillet 1652, ce faubourg fut le théâtre d’un combat entre les troupes du roi et celles de Condé. En 1789, le 27 avril, huit jours avant l’ouverture des États Généraux, le pillage et l’incendie de la fameuse manufacture de papiers peints Réveillon ; en 1830, pendant les Trois Glorieuses, le Faubourg est envahi par les barricades ; en 1848, les combats y sont particulièrement violents ; en 1851 contre le coup d’Etat du Prince président, pendant la Commune également... Une petite chose à préciser et qui a son importance, cette rue, longue de 1810 m a une largeur qui varie de 17 à 30 m, ce qui explique la facilité avec laquelle on pouvait bloquer la rue avec une simple barricade constituée de pavés et de charrettes renversées. Malheureusement ou heureusement, comme tu peux le voir, ce quartier a perdu aujourd’hui son cachet populaire...

- Je préfère dire heureusement !

- Les premiers numéros de la rue ne sont pas marqués. A notre gauche, au tout début, c'est sensé être le n° 1. C'était la maison où Fieschi prépara, dans l’arrière-boutique d’un de ses complices, l’épicier-marchand de couleur, son complot contre Louis-Philippe en juillet 1835 devant le 44 du boulevard du Temple.

Sur le trottoir de droite, aux numéros pairs, approximativement devant le n° 4 fut blessé mortellement le 25 juin 1848, Mgr Denis Affre (1793-1848), archevêque de Paris depuis huit ans. Lors de l’insurrection de juin 1848, comme il désirait arrêter l’effusion de sang, il se rendit à 16 heures devant la barricade dressée ici dans le but de s’interposer entre les troupes et les insurgés. Vêtu de l’étole, la croix sur la poitrine, escorté de deux vicaires généraux, précédé d’un homme en blouse portant une branche verte à la main. Il demanda aux troupes régulières de cesser le feu, ce qu’il obtint. Il se rendit alors près de la barricade lire aux insurgés une proclamation du général Cavaignac et les adjura de cesser de tirer, lorsqu’une balle, partie d’une fenêtre, lui brisa les reins. "Une balle perdue", selon les militaires. Il expira le 27 juin, deux jours après, au 51 de la rue St-Louis en l’Ile à l’Hôtel de Chenizot. Ces événements ont été décrits dans Les Misérables de Victor Hugo.

 Ses dernières paroles furent : "Que mon sang soit le dernier versé !" Les barricades de juin 1848 prirent naissance le 22 juin, à la parution du Moniteur qui, dans un bref article, annonçait la suppression des Ateliers nationaux et l’obligation pour tous les jeunes ouvriers de 18 à 25 ans de s’engager dans l’armée. Ce fut le signal de l’insurrection. Le lendemain  23, près de 400 barricades se dressent dans Paris, - dont 65 dans le Faubourg St-Antoine - les manifestants réclamant le rétablissement des Ateliers nationaux. Le 24, le général  Cavaignac est investit par l’Assemblée des pleins pouvoirs pour rétablir l’ordre. La répression militaire sera violente. Le 25 juin, 40 000 insurgés tiennent différents quartiers de Paris. L’assaut est donné sans résultat probant. L’archevêque de Paris, Mgr Affre est tué en tentant de s’interposer entre les combattants.

Le lendemain, un nouvel assaut avec des renforts de troupes aboutira au prix d’une véritable boucherie, plusieurs milliers de morts dans les deux camps. 1500 fusillés, 25000 arrestations, 4000 déportation en Algérie et de nombreuses condamnations aux travaux forcés. Le 26 juin, c'est le général Lamoricière à 10 h du matin, qui fera tomber la barricade de la rue du Faubourg Saint-Antoine.

Les Ateliers nationaux avaient été créés le 27 février 1848 pour employer les chômeurs dans de grands travaux financés par l’Etat. À mi-juin, ils sont plus de 25 000 ouvriers dans les Ateliers, mais le travail et surtout le financement manquent. Contraints à l’oisiveté, les ouvriers se réunissent pour parler politique et réclamer du vrai travail.

Au n° 16 et 18 : Cartouches sculptés au-dessus des hautes fenêtres cintrées de belles ferronneries qui entrelacent leurs courbes avec une grâce toute Louis-quinzième.

Au n° 25 : Une architecture de fer et de verre, (restaurée depuis peu), à la gloire de la civilisation industrielle : des colonnettes en fonte aux chapiteaux ouvragés sertissent les baies qui laissent pénétrer la lumière dans ces anciens magasins-ateliers.

Au n° 30 : magasin J-P Gaultier. Céramique "façon métro" aux murs et plafond étoilé sur un sol de mosaïque et d’écrans vidéo. Photo.

Au n° 38 : Maison fondée en 1805-1810.

 

Au n° 46 : Restaurant sur trois étages qui vient d’ouvrir dans l’immeuble Gouffé qui est une ancienne manufacture classée Monument Historique. Attraction spectaculaire : l’escalier classé. C'est l'archétype de la nouvelle tendance du faubourg : le Barrio Latino, bar à la mode installé dans l’immeuble Gouffé grâce aux architectes des Bâtiments de France ce qui a permis de redonner à l'ensemble son éclat d'origine. Photo.

Au n° 50 : Passage de la Boule Blanche

Cette rue a été percée au travers d’une maison à l’enseigne de la Boule-Blanche. En 1700, le roi Louis XIV voulut le percement d’une rue entre les ateliers de la rue du Faubourg St-Antoine et ceux de la rue de Charenton afin de les relier directement. Au fil des années le passage sera investit par des ébéniste de renommée. Actuellement, à-côté des artisans on peut voir d’autres activités, par exemple, au n° 9, la revue "Les cahiers du Cinéma" sous une verrière croulante de verdure  qui évoque les noms de Truffaud, Chabrol, Godard...

       Toujours à ce n° 9 : Lacenaire commit à cet endroit, en 1829, l’un de ses crimes. Après avoir tué en duel le neveu de Benjamin Constant, il s’était réfugié dans le milieu des assassins et des voleurs ; devenu chef de bande, il se spécialisa dans l’assassinat des garçons de recette. Il devait être arrêté avec deux de ses complices en novembre 1835 et décapité le 19 janvier suivant. Revoir le film avec Daniel Auteuil !

 Au n° 56 : Cour du bel-Air. Incontournable, la librairie "L’Arbre à Lettres" dont l’entrée donne sur le faubourg au n° 62. Dans une de ces maisons, magnifique escalier en bois, dit des "Mousquetaires Noirs". Une des plus séduisantes cour du faubourg. Bien rénovée, plantée d’arbres, façades recouvertes de vigne vierge. Photo.

Au n° 61 : Fontaine Trogneux, du nom du brasseur du faubourg, alimentée par la pompe de Notre-Dame, puis par la pompe à feu de Chaillot. Elle est l’une des quatre fontaines qui furent mises en place avant 1724 sur les cinq dont l’installation avait été envisagée, le 1er juin 1719 pour ce faubourg entièrement dépourvu d’eau. Elles furent édifiées dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine à l’angle de la rue de Charonne, devant l’abbaye, au carrefour Charonne-Basfroi et rue de Charenton devant l’hôtel des Mousquetaires. La cinquième ne fut bâtie qu’en 1779 ; ce fut la fontaine du marché Beauvau. La fontaine dégradée au bout d’un siècle, a été reconstruite dans son style primitif en 1807. Pilastres doriques, mascarons en forme de tête de lion d’où l’eau coulait jadis.

Au n° 66 : Passage du Chantier, qui fait face à la fontaine. Aspect XIXe siècle. Gros pavés, trottoirs étroits bordés d’ateliers de polissage et de vernissage, magasins, vieux entrepôts de meubles. Il débouche au 55 de la rue de Charenton.

Au n° 68 : Agence Wilmotte. L’ancien entrepôt de meuble porte la griffe de l’architecte Jean-Michel Wilmotte : verre transparent, menuiserie de métal noir.

Au n° 74 : Cour des Bourguignon. Beau porche avec des sculptures, des médaillons remarquables. Une immense cheminée en brique se dresse au-dessus d’une verrière. Coup d’oeil indiscret sur les plaques : un décorateur, un photographe, des designers, le peintre Yvaral et la porcelaine d’Hermès ont pris possession des vastes ateliers.

Au n° 71 : Cour des Shadoks. A voir pour l'étrangeté qui s'en dégage.

Au n° 75 : Cour de l’Etoile-d’Or. Trois étages de briques. La cour a gardé le petit pavillon de plaisance qui, au XVIIe siècle, s’élevait entre cour et jardin. On parle, dans les livres, d'un cadran solaire, gravé sur la façade en 1751, mais je ne le vois pas...Au XVIIIe siècle, le jardin fut pavé comme seconde cour, les écuries et les communs transformés en ateliers et hangars à bois. Le nom de cette cour provient d’une enseigne A l’Étoile d’Or. Photo.

 

 

 

Au n° 80 : Statue de St-Nicolas dans sa niche de 1895, à l'angle de la rue Saint-Nicolas. Il veille sur les passants. Au n° 10 de cette rue, on peut s’aventurer jusqu’au bel hôtel XVIIIe siècle, fleurs au-dessus de l’entrée.

Au n° 81- 83 : Cour des Trois-Frères. Elle est restée très industrieuse.

Au n° 89 : Cour de la Maison-Brûlée. L’entrée se distingue par trois beaux macarons ; son nom provient d’un ours sculpté sur la façade du 95 rue de Faubourg-St-Antoine.

Au n° 95 : Un ours en relief est sculpté sur la façade.

Au n° 98 : Au carrefour de la rue du faubourg-Saint-Antoine et de l’avenue Ledru-Rollin s’est tenu chaque samedi, en plein air, au XIXe siècle et jusqu’en 1914, un pittoresque marché de meubles, dit "la trôle". Le "trôleur" était l’artisan qui fabriquait de toutes pièces un meuble qu’il vendait à un commerçant ou directement au public le samedi ; la fabrication en série a tué le trôle.

On dit que souvent, il vendait son travail pour seulement un peu de pain, de soupe et de vin.

Des n° 106 à 118 comprenant la rue Antoine-Vollon, le  square Trousseau, les rues Charles-Baudelaire, Théophile-Roussel, Emilio-Castelar et de Prague sont, depuis 1904, sur l’emplacement de l’ancien hospice des Enfants-Trouvés.

Pendant longtemps, les enfants trouvés dit "exposés" étaient portés à l’Hôpital de la Trinité. Mais comme l’argent manquait, les dons rares, et le nombre de ces enfants ne cessait pas d’augmenter, on décida la construction d’un établissement dont la reine Marie-Thérèse posa la première pierre en 1674 dans la rue du faubourg. Le chancelier d’Aligre, sa femme Élisabeth Luillier et le président de Bercy donnèrent des sommes considérables pour l’installation de cet hospice. C’est ici que furent provisoirement inhumés les restes de la princesse de Lamballe, amie de Marie-Antoinette, lors des massacres de septembre 1792.

 

 

Dans cette pieuse institution les jeunes filles apprenaient la broderie et la couture et les garçons le tricot jusqu’à l’âge de la première Communion. Ensuite ils apprenaient un métier. En 1839, les pensionnaires sont envoyés dans d’autres établissements et l’hospice devient un hôpital qui s’appelle tour à tour Ste-Marguerite, Ste-Eugénie, puis Trousseau (du nom d'André Trousseau, célèbre médecin né en 1801, mort en 1867) avant d’être démoli en 1902 et reconstruit dans le XIIe arrondissement.

- Avant de quitter cet endroit, allons voir rue Charles Baudelaire, au n° 24-26bis. La décoration de la façade rappelle les vers de Verlaine : " Voici des fruits et des fleurs..." des feuilles d’acanthe, des chardons ont été sculptés dans la pierre par Georges Ardouin. Une mosaïque de feuilles de vignes, de grappes de raisins court à la hauteur des fenêtres du sixième étage. Ces loggias à colonnes ioniques avec frontons cintré sont grandioses ! Ce bel ensemble d’immeubles reçut le prix du Concours des façades en 1910.

- La prochaine fois nous continuerons dans ce quartier en allant vers l'hôpital Saint-Antoine et nous nous arrêterons au marché d'Aligre et plus loin nous

parlerons du dernier lavoir municipal de Paris...

 

Sources :

En plus de mes travaux personnels, des compilations et des repérage de lieux,  j’ai utilisé les ouvrages suivants : "Dictionnaire historique des rues de Paris " de Jacques Hillairet. "Le 12e arrondissement". Collection Paris en 80 quartiers. Mairie de Paris.