Les balades parisiennes de l’Oncle Jérôme

Numéro 10

Dans l'île de la Cité

par Michel Ostertag

SOMMAIRE DES BALADES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Salut mon oncle, je voudrais revenir sur notre dernière sortie, au sujet de Théophraste Renaudot, nous avons oublié de dire qu’à partir de 1925  un prix littéraire dédié à son nom a été créé. Ce prix est décerné en même temps que le prix Goncourt afin de récompenser un auteur de roman ou de nouvelles.

-Bravo mon neveu, ton intérêt me donne toujours beaucoup de joies. Alors, comme on dit dans la presse : dont acte !

 Notre-Dame de Paris

-A présent, nous allons parler de Notre-Dame de Paris, grande dame par excellence qui a elle seule mériterait plusieurs jours tant il y a de choses à raconter...

-Je m’en doute, mon oncle !

-Parlons d’abord de ses origines. En  restant à l’essentiel, on peut dire que sur cet emplacement, les Romains avaient édifiés un Temple dédié au culte de Jupiter (pierres à voir au Musée de Cluny). Puis, au IVè siècle, à la pointe de l’Ile, il y eut une splendide église du nom de  Saint-Etienne. On doit la cathédrale actuelle à l’évêque Maurice de Sully (né à Sully-sur-Loire d’une famille très pauvre) qui, en 1160, fut nommé par ses pairs évêque de Paris. En sa qualité d’évêque, c’est lui qui baptisa, en 1165, à sa naissance, le futur roi Philippe-Auguste. Son désir était de démolir cette église St-Etienne et de construire à la place la plus belle des cathédrales. Saint-Bernard protesta, il voulait que l’on glorifie Dieu par de la pauvreté et non par du luxe. Sully ne l’écouta pas et réussit à collecter les sommes nécessaires et au printemps 1163, le roi Louis VII posa la première pierre avec le pape Alexandre III. Comme Maurice de Sully vécut vieux, (1120-1196) ; il eut tout loisir de surveiller étroitement la construction de l’église qui demanda 75 ans de travaux. Hélas, on ignore toujours le nom de l’architecte !

            -Quel dommage !

            -Ce pape Alexandre III était un pape italien qui avait lutté contre l’Empereur Barberousse qui ravagea l’Italie ce qui provoqua la fuite  d’Alexandre en France, à Sens précisément, et cela pendant trois ans  de 1163 à 1165.

            Il faut souligner que depuis les romains, c’était la première fois qu’on voyait construire un édifice de cette importance. La construction de l’église se fit sous trois rois : Louis VII( le chœur, le maître-autel et le transept) ; Philippe Auguste (la nef) ;Saint-Louis (les travées, la façade et les tours).

 

L’extérieur de la cathédrale: Ses mensurations sont : 130 m de long ;48 m de large ;33 m de haut. D’après les experts, c’est une transition entre roman et gothique.

Les trois portails ont une dimension inégale, celui du milieu est le plus large et celui de gauche a un galbe, ce manque de symétrie a été voulue pour rompre la monotonie qui aurait pu se dégager de l’ensemble. Celui de gauche est dédié à la Vierge, celui de droite à Sainte-Anne et celui du milieu au Jugement dernier. A l’origine toutes les statues étaient coloriées en polychrome sur fond doré : Un véritable livre d’images ! Ces couleurs furent enlevées au XVIIIè siècle pour une raison toute simple de mode ! Au-dessus des portails, se trouve une galerie comportant les 28 rois de Juda, tribu dont appartenait le Christ, à ne pas confondre comme le firent les révolutionnaires de 1789 avec les rois de France, cette croyance est fort ancienne et remonterait au XVIe siècle !

            Au-dessus de cette galerie se trouve la grande rosace de 10 m de diamètre et datant de 1225, c’est une auréole dédiée à la Ste Vierge. Puis une grande galerie constituée de colonnettes de pierre d’une seule pièce, de 5 m de haut et de 18 cm de diamètre et surmontée d’une balustrade et de gargouilles, l’ensemble relie les deux tours.

            Les tours ont 69 mètres de haut et sont légèrement dissemblables : la gauche est plus large que celle de droite, sans qu’on en connaisse les raisons. Dans le passé, la tour de gauche renfermait sept cloches qui ont été fondues à la Révolution. Aujourd’hui, cette tour en possède seulement quatre. La tour de droite avait deux cloches : Marie qui pesait 12,5 tonnes et qui datait de 1378. Elle fut brisée sous la Révolution (cela prit  quarante-deux jours de travail pour huit hommes !). Et une autre qui existe encore, Jacqueline, bourdon d’un poids de 13 tonnes et dont le battant seul pèse 500 kg !.

C’est Viollet-le Duc qui rétablit la flèche entre transept et nef qui avait été démolie pendant la Révolution. Elle s’élève à 90 m et pèse 750 tonnes (500 de chêne et 250 de plomb). Elle fut restaurée en 1935. A  son sommet dans un étui ont été placées les reliques de saint-Marcel, saint-Denis et sainte-Geneviève. En bas de la flèche se trouvent les statues des douze apôtres.

A l’intérieur, les sépultures retrouvées dans la cathédrale furent nombreuses comme la mère de François 1er ou encore la femme de Philippe Auguste, les architectes Philippe Delorme et Pierre Lescot, le maréchal de France cardinal de Retz. Les entrailles de Louis XIII et Louis XIV furent placées au bas des marches du grand autel. On retrouva également les dépouilles d’un grand nombre d’évêques qui ont dirigés l’église.

De chaque côté de l’autel : à droite statue de Louis XIII (par Coustou), à gauche Louis XIV (par Coysevox).

A la droite de l’autel, sur le pilier, une plaque atteste le procès en réhabilitation de Jeanne d’Arc et aussi la conversion au catholicisme de Paul Claudel, le 25 décembre 1886 a l’âge de 18 ans (voir photo).

La rose sud a été exécutée vers 1270, refaite par Viollet-le-Duc. Sa couleur dominante est le rouge. Elle comporte 85 sujets du Nouveau Testament.

La rose nord, a été exécutée au milieu du XIIIè siècle. Sa couleur dominante est le bleu, 80 sujets tirés de l’Ancien testament avec au centre la Vierge avec l’Enfant-Jésus.

            Le trésor offre un grand nombre de manuscrits anciens, un calice orné d’améthystes offert par les chevaliers du St-Sépulcre et surtout la croix palatine contenant un fragment de la vraie croix ayant appartenue à l’empereur de Byzance en 1180. La sainte couronne d’épines de St-Louis est ici et n’est visible que la semaine sainte. Une salle capitulaire regroupe une collection de 258 camées à l’effigie des papes depuis St-Pierre jusqu’à Pie IX.

            Lorgue a été restauré par Cavaillé-Coll en 1868, il se compose de 6000 tuyaux, 110 registres et 5 claviers. En 1962, on y a adjoint des commandes électroniques qui en firent le plus grand orgue Français. Pierre Cochereau a été titulaire pendant très longtemps de cet instrument.

 

N-D au fil des siècles :

-Malheureusement, elle eut à subir, au-cours des siècles pas mal de dégradations à commencer par Louis XIV qui fut l’auteur des toutes premières…

            -Pas possible, mon oncle, pas lui !

            -Et pourtant si ! Il fit enlever par Mansart le jubé, (ce qui fut, d’ailleurs fait dans de nombreuses églises), l’enceinte de pierre entourant le chœur fut enlevée en partie, le maître-autel  remplacé, les murs badigeonnés, les tombeaux retirés et un carrelage noir et blanc remplaça les dalles funéraires. Puis, plus tard, les vitraux furent enlevés et on mit à leur place des verres blancs. La Révolution on s’en doute, continua les dégradations : trésor pillé, tombes profanées, jusqu’aux Marseillais qui, à coup de masse, brisèrent la statue équestre de Philippe le Bel. Et pour achever le tableau, une butte de terre de 5 mètres de haut recouvrait l’autel ; toutes les statuaires furent abattues, la flèches de même. Ils décapitèrent les 28 statues des rois de Juda les confondant avec les rois de France…(Il n’y a pas si longtemps on retrouva les têtes d’origine dans les sous-sols d’une banque ; elles sont exposées au musée de Cluny). On alla même jusqu’à vouloir vendre en adjudication aux fins de démolition la cathédrale…Un petit cousin de Saint-Simon l’acheta pour 450 000 francs, mais le 9 Thermidor arriva avant que l’adjudication ait été enregistrée et rien ne se passa : on ne démolit pas la cathédrale ! Mais on l’utilisa  comme entrepôt de barriques de vin pour les hôpitaux militaires.

-Oh, mon Dieu !

-Après le Concordat, l’église retrouva le culte, mais elle était dans

un triste état ! L’empereur Napoléon ne fit rien pour la restaurer au point que le jour de son couronnement, le 2 décembre1804 on dut pour cacher les plaies de l’édifice tendre force tentures et tapisseries pour donner le change. Il fallut attendre Victor Hugo et son roman Notre-Dame de Paris et l’émotion qu’il suscita dans l’opinion pour que les choses changent. La Chambre des députés débloqua alors un crédit de près de 3 millions de francs de l’époque pour que les travaux de restauration, confiés aux architectes Viollet-le Duc et Lassus puissent commencer en 1845. Restaurée, l’église fut rendue au culte en 1863 et consacrée l’année suivante. En mai 1871, au moment de la Commune, elle faillit une nouvelle fois disparaître par le feu et c’est grâce aux internes de l’Hôtel-Dieu que celui-ci put être éteint. Pendant la guerre de 1914-1918, une bombe, la seule, détruisit la toiture.

            -Il faut dire aussi que cette cathédrale était une sorte de maison du peuple. En effet, des mystères y étaient joués, tous ceux qui étaient traqués pouvaient y trouver asile, de jour comme de nuit. C’est difficile à imaginer, non ? Pour de longs voyages, les gens y déposaient leurs objets précieux ; on allait même jusqu’à dresser des contrats.

Les Etats Généraux  se sont réunis ici par deux fois : en 1302 sous Philippe le Bel, au sujet d’une querelle avec le Pape et en 1316 sur la question « fallait-il ou non accorder aux filles de roi la couronne ? ».

 

L’Histoire de France et celle de N-Dame mêlées :

-C’est évident, l’Histoire de France et l’histoire de la cathédrale sont intimement liées: Saint-Louis, entrant, pieds nus, en 1239, portant les Saintes-Reliques afin qu’elles soient exposées  dans l’église, c’est là aussi où seront célébrées ses obsèques quand sa dépouille reviendra de Tunis, en 1270. C’est encore Philippe Le Bel qui entre à cheval pour remercier la Sainte-Vierge d’avoir gagné une victoire ; c’est le roi d’Angleterre Henri VI, âgé de 9 ans qui est couronné roi de France en 1430.Il n’y aura que deux couronnement dans la cathédrale, celui-ci et surtout celui de Napoléon Ier en 1804 dont la cérémonie durera trois heures dans un faste grandiose.

C’est ici que la révision du procès de Jeanne d’Arc eut lieu en 1455 ; une semaine avant la Saint-Barthélémy, c’est le mariage  d’Henri de Navarre (futur Henri IV) avec la reine Margot (sœur du roi), pendant la cérémonie le futur mari, huguenot, reste à la porte de l’église. Il y reviendra pour la reddition de la capitale en 1594 (Paris vaut bien une messe !). Ce sont les funérailles du Grand Condé en 1687, l’oraison est prononcée par Bossuet. Le mariage de Marie Stuart avec François II, le fils d’Henri II. Après le sacre de Napoléon 1er, c’est le baptême du Roi de Rome en 1811 ; le mariage de Napoléon III en 1853, le baptême du prince impérial en 1856, les obsèques des maréchaux Joffre et Foch et pour finir le Te Deum de la Libération, le 26 août 1944 pendant lequel le Général de Gaulle échappa à un attentat.

 

Square Jean XXVIII ( ou square de l’Archevêché)

            A l’origine, il se trouvait entre le chevet de Notre-Dame et l’actuelle fontaine une église appelée St-Denis-du-Pas (où la tradition situe le supplice de Saint-Denis et de ses compagnons, on parle de supplice du gril !). Le square actuel date de 1837. A l’emplacement de la fontaine qui est l’œuvre de Vigoureux, en faux gothique, se trouvait la rue de l’Abreuvoir où vécut Boileau ; il y mourut en 1711 à 75 ans.

Au fond du square, en parallèle à la Seine, se trouvent la sacristie et le presbytère de Notre-Dame, œuvre de Lassus et Violet-Leduc, de 1845 à 1850. (L’architecte Lassus est connu pour avoir restauré la Sainte-Chapelle à Paris). Ce bâtiment est une reconstruction de l’ancien palais épiscopal situé dans le square vers le chevet de la cathédrale. Incendié et saccagé en 1831, il fut démoli quelques années après pour être reconstruit à l’emplacement actuel.

 

Square de l’Ile de France

            -Traversons le quai de l’Archevêché, pénétrons dans ce square fermé par des grilles. Au fond de ce square, se trouve le Mémorial de la déportation.

           Ce square est à l’emplacement d’un ancien îlot de gravois. En 1687 il fut aménagé en un jardin ouvert au public, mais aux hommes seulement puisqu’il se trouvait à l’intérieur du cloître Notre-Dame qui était interdit aux femmes. En 1864, le baron Haussmann ne craignit pas d’installer ici la morgue  qui était alors au quai du Marché Neuf depuis 1804. Elle devait demeurer dans ce square jusqu’en 1914. Notons que c’est seulement en 1881 que l’on utilisa le frigorifique pour la conservation des corps. C’était une invention de Mignon et Rouart qu’ils avaient présentée à l’Expo Universelle de 1878. Depuis 1830, et pour faciliter leur reconnaissance, les corps étaient exposés sur des tables de marbre noir inclinées et depuis juillet 1830 les vêtements leur étaient laissés. A présent la Morgue (ou Institut Médico-légal)  se trouve quai de la Rapée, près du pont d’Austerlitz.

On a décidé, en 1960, que l’emplacement de son sous-sol serait occupé par une crypte édifiée à la mémoire des martyrs de la déportation (1940-1944) au centre de laquelle serait la tombe du Déporté inconnu. Les restes de Jean Moulin y furent déposés jusqu’au moment où ils furent transférés au Panthéon.

 

Mémoriel des Martyrs de la déportation

            Le 30 janvier 1933, Hitler qui est le chef du parti national-socialiste est nommé chancelier. Le 21 mars de la même année les premiers camps de concentration sont créés : Dachau, Oranienbourg-Sachsenhasen et Buchenwald. Le gouvernement de Vichy dès le 3 octobre 1940 instaure le premier statut des  Juifs. Plus de 75 000 Juifs de toutes nationalités, dont près de 10 000 enfants ont été déportés de France. Egalement, arrêtés et internés, 60 000 résistants ont été déportés.

Devant tant de souffrance, il est apparu la difficulté de témoigner. Le mémo­rial des Martyrs de la Déportation a été conçu comme une évocation du souvenir au milieu des vivants : d’où son implantation au cœur de la capitale française, à la pointe de l’Ile de la Cité.

            En frontispice, il y a l’inscription : « Aux 200000 martyrs Français morts dans les camps de la déportation ».

            Construit à l’initiative d’une association par l’architecte Georges-Henri Pingusson (1894-1978), l’édifice a été inauguré le 12 avril 1962 par le général de Gaulle , Président de la République. L’association en a fait don à l’Etat en 1969 au ministère des anciens combattants qui en assure le gardiennage et l’entretien.                                                                 

L’architecte, qui fut un collaborateur de Mallet-Stevens a voulu une construction d’une grande sobriété, enfouie dans la profondeur d’une terre pour laquelle chacun avait souffert, il en a fait un lieu de méditation tout en symboles. Deux escaliers étroits et raides s’enfoncent jusqu’à un parvis triangulaire environné  de hautes murailles. L’eau de la Seine coule juste derrière des barreaux de fer et une herse aux pointes acérées.

            Un passage resserré entre deux blocs de béton donne accès à la crypte éclairée d’une lumière venant du sol. Une tombe des restes mortels d’un déporté inconnu recueillis au camp du Struthof fait face à l’entrée. Une longue galerie obscure est tapissée  de facettes de verre symbolisant les dizaines de milliers de déportés partis de France pour mourir dans les camps nazis. Les parois de la crypte portent des extraits de poèmes que la déportation inspira à de célèbres écrivains comme Desnos ; Aragon, Eluard, Sartre, Saint-Exupéry…

Au fond, un petit halo brille comme l’espérance.

 

-C’est à cet endroit que nous terminons nos balades dans l’Ile de la Cité. La prochaine balade, si tu veux bien nous fera aborder l’Ile Saint-Louis par un petit pont reliant les deux îles, endroit plein de charme, tu t’en doutes ! Nous avons seulement effleuré tous ces siècles d’histoire, il y a tellement de choses à dire qu’il a fallu ne prendre en compte que les faits essentiels, sélectionner, choisir…Travail délicat, et puis ne pas trop ennuyer avec des faits souvent très anciens.

            -C’est vrai que souvent l’histoire remonte loin dans le temps, surtout au cœur de Paris, mais je pense que dans l’Ile Saint-Louis l’histoire sera plus légère et aussi plus actuelle !

 

Sources :

En plus de mes travaux personnels, j’ai utilisé les ouvrages suivants :

. « Dictionnaire historique des rues de Paris » de Jacques Hillairet.

. Encyclopédies et dictionnaires divers.

.Le Guide du Routard Paris.

 

 
                                                                                  

Mesurez votre audience