
-Salut mon oncle, je voudrais revenir sur
notre dernière sortie, au sujet de Théophraste Renaudot, nous avons oublié de dire quà
partir de 1925 un prix littéraire dédié à
son nom a été créé. Ce prix est décerné en même temps que le prix Goncourt afin de
récompenser un auteur de roman ou de nouvelles.
-Bravo mon neveu, ton intérêt me donne
toujours beaucoup de joies. Alors, comme on dit dans la presse : dont acte !
Notre-Dame
de Paris
-A
présent, nous allons parler de Notre-Dame de Paris, grande dame par excellence qui a elle
seule mériterait plusieurs jours tant il y a de choses à raconter...
-Je men doute, mon oncle !
-Parlons dabord de ses origines.
En restant
à lessentiel, on peut dire que sur cet emplacement, les Romains avaient édifiés
un Temple dédié au culte de Jupiter (pierres à voir au Musée de Cluny). Puis, au IVè
siècle, à la pointe de lIle, il y eut une splendide église du nom de Saint-Etienne. On doit la cathédrale actuelle à
lévêque Maurice de Sully (né à Sully-sur-Loire dune
famille très pauvre) qui, en 1160, fut nommé par ses pairs évêque de Paris. En sa
qualité dévêque, cest lui qui baptisa, en 1165, à sa naissance, le futur
roi Philippe-Auguste. Son désir était de démolir cette église St-Etienne et de
construire à la place la plus belle des cathédrales. Saint-Bernard
protesta, il voulait que lon glorifie Dieu par de la pauvreté et non par du luxe.
Sully ne lécouta pas et réussit à collecter les sommes nécessaires et au
printemps 1163, le roi Louis VII posa la première pierre avec le pape Alexandre III.
Comme Maurice de Sully vécut vieux, (1120-1196) ; il eut tout loisir de surveiller
étroitement la construction de léglise qui demanda 75 ans de travaux. Hélas, on
ignore toujours le nom de larchitecte !
-Quel
dommage !
-Ce pape
Alexandre III était un pape italien qui avait lutté contre lEmpereur Barberousse
qui ravagea lItalie ce qui provoqua la fuite dAlexandre
en France, à Sens précisément, et cela pendant trois ans de 1163 à 1165.
Il faut
souligner que depuis les romains, cétait la première fois quon voyait
construire un édifice de cette importance. La construction de léglise se fit sous
trois rois : Louis VII( le chur, le maître-autel et le transept) ;
Philippe Auguste (la nef) ;Saint-Louis (les travées, la façade et les tours).
Lextérieur de
la cathédrale: Ses mensurations sont : 130 m de long ;48 m de
large ;33 m de haut. Daprès les experts, cest une transition entre roman
et gothique.
Les trois portails ont
une dimension inégale, celui du milieu est le plus large et celui de gauche a un galbe,
ce manque de symétrie a été voulue pour rompre la monotonie qui aurait pu se dégager
de lensemble. Celui de gauche est dédié à la Vierge, celui de droite à
Sainte-Anne et celui du milieu au Jugement dernier. A lorigine toutes les statues
étaient coloriées en polychrome sur fond doré : Un véritable livre dimages !
Ces couleurs furent enlevées au XVIIIè siècle pour une raison toute simple de
mode ! Au-dessus des portails, se trouve une galerie comportant les 28 rois de Juda,
tribu dont appartenait le Christ, à ne pas confondre comme le firent les
révolutionnaires de 1789 avec les rois de France, cette croyance est fort ancienne et
remonterait au XVIe siècle !
Au-dessus de
cette galerie se trouve la grande rosace de 10 m de diamètre et datant de 1225, cest
une auréole dédiée à la Ste Vierge. Puis une grande galerie constituée de colonnettes
de pierre dune seule pièce, de 5 m de haut et de 18 cm de diamètre et surmontée dune
balustrade et de gargouilles, lensemble relie les deux tours.
Les tours ont 69
mètres de haut et sont légèrement dissemblables : la gauche est plus large que
celle de droite, sans quon en connaisse les raisons. Dans le passé, la tour de
gauche renfermait sept cloches qui ont été fondues à la Révolution. Aujourdhui,
cette tour en possède seulement quatre. La tour de droite avait deux cloches : Marie qui pesait 12,5 tonnes et qui datait de 1378.
Elle fut brisée sous la Révolution (cela prit quarante-deux
jours de travail pour huit hommes !). Et une autre qui existe encore, Jacqueline, bourdon dun poids de 13 tonnes
et dont le battant seul pèse 500 kg !.
Cest Viollet-le
Duc qui rétablit la flèche entre transept et nef qui avait été démolie pendant la
Révolution. Elle sélève à 90 m et pèse 750 tonnes (500 de chêne et 250 de
plomb). Elle fut restaurée en 1935. A son
sommet dans un étui ont été placées les reliques de saint-Marcel, saint-Denis et
sainte-Geneviève. En bas de la flèche se trouvent les statues des douze apôtres.
A lintérieur, les sépultures
retrouvées dans la cathédrale furent nombreuses comme la mère de François 1er
ou encore la femme de Philippe Auguste, les architectes Philippe Delorme et Pierre Lescot,
le maréchal de France cardinal de Retz. Les entrailles de Louis XIII et Louis XIV furent
placées au bas des marches du grand autel. On retrouva également les dépouilles dun
grand nombre dévêques qui ont dirigés léglise.
De chaque côté de lautel : à
droite statue de Louis XIII (par Coustou), à gauche Louis XIV (par Coysevox).
A la droite de lautel, sur le
pilier, une plaque atteste le procès en réhabilitation de Jeanne dArc et aussi la
conversion au catholicisme de Paul Claudel, le 25 décembre 1886 a lâge de 18 ans
(voir photo).
La rose sud a été exécutée vers 1270,
refaite par Viollet-le-Duc. Sa couleur dominante est le rouge. Elle comporte 85 sujets du
Nouveau Testament.
La rose nord, a été exécutée au milieu du
XIIIè siècle. Sa couleur dominante est le bleu, 80 sujets tirés de lAncien
testament avec au centre la Vierge avec lEnfant-Jésus.
Le trésor
offre un grand nombre de manuscrits anciens, un calice orné daméthystes offert par
les chevaliers du St-Sépulcre et surtout la croix palatine contenant un fragment de la
vraie croix ayant appartenue à lempereur de Byzance en 1180. La sainte couronne dépines
de St-Louis est ici et nest visible que la semaine sainte. Une salle capitulaire
regroupe une collection de 258 camées à leffigie des papes depuis St-Pierre jusquà
Pie IX.
Lorgue a été restauré par Cavaillé-Coll en
1868, il se compose de 6000 tuyaux, 110 registres et 5 claviers. En 1962, on y a adjoint
des commandes électroniques qui en firent le plus grand orgue Français. Pierre Cochereau
a été titulaire pendant très longtemps de cet instrument.
N-D
au fil des siècles :
-Malheureusement, elle eut à subir,
au-cours des siècles pas mal de dégradations à commencer par Louis XIV qui fut lauteur
des toutes premières
-Pas possible,
mon oncle, pas lui !
-Et pourtant
si ! Il fit enlever par Mansart le jubé, (ce qui fut, dailleurs fait dans de
nombreuses églises), lenceinte de pierre entourant le chur fut enlevée en
partie, le maître-autel remplacé, les murs
badigeonnés, les tombeaux retirés et un carrelage noir et blanc remplaça les dalles
funéraires. Puis, plus tard, les vitraux furent enlevés et on mit à leur place des
verres blancs. La Révolution on sen doute, continua les dégradations :
trésor pillé, tombes profanées, jusquaux Marseillais qui, à coup de masse,
brisèrent la statue équestre de Philippe le Bel. Et pour achever le tableau, une butte
de terre de 5 mètres de haut recouvrait lautel ; toutes les statuaires furent
abattues, la flèches de même. Ils décapitèrent les 28 statues des rois de Juda les
confondant avec les rois de France
(Il ny a pas si longtemps on retrouva les
têtes dorigine dans les sous-sols dune banque ; elles sont exposées au
musée de Cluny). On alla même jusquà vouloir vendre en adjudication aux fins de
démolition la cathédrale
Un petit cousin de Saint-Simon lacheta pour 450 000
francs, mais le 9 Thermidor arriva avant que ladjudication ait été enregistrée et
rien ne se passa : on ne démolit pas la cathédrale ! Mais on lutilisa comme entrepôt de barriques de vin pour les
hôpitaux militaires.
-Oh, mon Dieu !
-Après le Concordat, léglise
retrouva le culte, mais elle était dans
un triste état ! Lempereur
Napoléon ne fit rien pour la restaurer au point que le jour de son couronnement, le 2
décembre1804 on dut pour cacher les plaies de lédifice tendre force tentures et
tapisseries pour donner le change. Il fallut attendre Victor Hugo et son roman Notre-Dame de Paris et lémotion quil
suscita dans lopinion pour que les choses changent. La Chambre des députés
débloqua alors un crédit de près de 3 millions de francs de lépoque pour que les
travaux de restauration, confiés aux architectes Viollet-le Duc et Lassus puissent
commencer en 1845. Restaurée, léglise fut rendue au culte en 1863 et consacrée lannée
suivante. En mai 1871, au moment de la Commune, elle faillit une nouvelle fois
disparaître par le feu et cest grâce aux internes de lHôtel-Dieu que
celui-ci put être éteint. Pendant la guerre de 1914-1918, une bombe, la seule,
détruisit la toiture.
-Il faut dire
aussi que cette cathédrale était une sorte de maison du peuple. En effet, des mystères
y étaient joués, tous ceux qui étaient traqués pouvaient y trouver asile, de jour
comme de nuit. Cest difficile à imaginer, non ? Pour de longs voyages, les
gens y déposaient leurs objets précieux ; on allait même jusquà dresser des
contrats.
Les Etats Généraux se sont réunis ici par deux fois : en 1302
sous Philippe le Bel, au sujet dune querelle avec le Pape et en 1316 sur la question
« fallait-il ou non accorder aux filles de roi la couronne ? ».
LHistoire
de France et celle de N-Dame mêlées :
-Cest évident, lHistoire de France et
lhistoire de la cathédrale sont intimement liées: Saint-Louis, entrant, pieds nus,
en 1239, portant les Saintes-Reliques afin quelles soient exposées dans léglise, cest là aussi où
seront célébrées ses obsèques quand sa dépouille reviendra de Tunis, en 1270. Cest
encore Philippe Le Bel qui entre à cheval pour remercier la Sainte-Vierge davoir
gagné une victoire ; cest le roi dAngleterre Henri VI, âgé de 9 ans
qui est couronné roi de France en 1430.Il ny aura que deux couronnement dans la
cathédrale, celui-ci et surtout celui de Napoléon Ier en 1804 dont la
cérémonie durera trois heures dans un faste grandiose.
Cest ici que la
révision du procès de Jeanne dArc eut lieu en 1455 ; une semaine avant la
Saint-Barthélémy, cest le mariage dHenri
de Navarre (futur Henri IV) avec la reine Margot (sur du roi), pendant la cérémonie
le futur mari, huguenot, reste à la porte de léglise. Il y reviendra pour la
reddition de la capitale en 1594 (Paris vaut bien
une messe !). Ce sont les funérailles du Grand Condé en 1687, loraison
est prononcée par Bossuet. Le mariage de Marie Stuart avec François II, le fils dHenri
II. Après le sacre de Napoléon 1er, cest le baptême du Roi de Rome en 1811 ;
le mariage de Napoléon III en 1853, le baptême du prince impérial en 1856, les
obsèques des maréchaux Joffre et Foch et pour finir le Te Deum de la Libération, le 26 août 1944 pendant
lequel le Général de Gaulle échappa à un attentat.
Square Jean XXVIII ( ou square de lArchevêché)
A lorigine,
il se trouvait entre le chevet de Notre-Dame et lactuelle fontaine une église
appelée St-Denis-du-Pas (où la tradition situe le supplice de Saint-Denis et de ses
compagnons, on parle de supplice du gril !). Le square actuel date de 1837. A lemplacement
de la fontaine qui est luvre de Vigoureux, en faux gothique, se trouvait la
rue de lAbreuvoir où vécut Boileau ; il y mourut en 1711 à 75 ans.
Au fond du
square, en parallèle à la Seine, se trouvent la sacristie et le presbytère de
Notre-Dame, uvre de Lassus et Violet-Leduc, de 1845 à 1850. (Larchitecte
Lassus est connu pour avoir restauré la Sainte-Chapelle à Paris). Ce bâtiment est une
reconstruction de lancien palais épiscopal situé dans le square vers le chevet de
la cathédrale. Incendié et saccagé en 1831, il fut démoli quelques années après pour
être reconstruit à lemplacement actuel.
Square de lIle de France
-Traversons le
quai de lArchevêché, pénétrons dans ce square fermé par des grilles. Au fond de
ce square, se trouve le Mémorial de la déportation.
Ce square est à lemplacement
dun ancien îlot de gravois. En 1687 il fut aménagé en un jardin ouvert au public,
mais aux hommes seulement puisquil se trouvait à lintérieur du cloître
Notre-Dame qui était interdit aux femmes. En 1864, le baron Haussmann
ne craignit pas dinstaller ici la morgue qui était alors au quai du Marché Neuf depuis
1804. Elle devait demeurer dans ce square jusquen 1914. Notons que cest
seulement en 1881 que lon utilisa le frigorifique pour la conservation des corps. Cétait
une invention de Mignon et Rouart quils avaient présentée à lExpo
Universelle de 1878. Depuis 1830, et pour faciliter leur reconnaissance, les corps
étaient exposés sur des tables de marbre noir inclinées et depuis juillet 1830 les
vêtements leur étaient laissés. A présent la Morgue (ou Institut Médico-légal) se trouve quai de la Rapée, près du pont dAusterlitz.
On a décidé, en 1960,
que lemplacement de son sous-sol serait occupé par une crypte édifiée à la
mémoire des martyrs de la déportation (1940-1944) au centre de laquelle serait la tombe
du Déporté inconnu. Les restes de Jean Moulin y furent déposés jusquau
moment où ils furent transférés au Panthéon.
Mémoriel des Martyrs de la déportation
Le 30 janvier
1933, Hitler qui est le chef du parti national-socialiste est nommé chancelier. Le 21
mars de la même année les premiers camps de concentration sont créés : Dachau,
Oranienbourg-Sachsenhasen et Buchenwald. Le gouvernement de Vichy dès le 3 octobre 1940 instaure le premier statut des Juifs. Plus de 75 000 Juifs de toutes
nationalités, dont près de 10 000 enfants ont été déportés de France. Egalement,
arrêtés et internés, 60 000 résistants ont été déportés.
Devant tant de souffrance, il est apparu
la difficulté de témoigner. Le mémorial des Martyrs de la Déportation a été conçu
comme une évocation du souvenir au milieu des vivants : doù son implantation
au cur de la capitale française, à la pointe de lIle de la Cité.
En frontispice,
il y a linscription : « Aux 200000
martyrs Français morts dans les camps de la
déportation ».
Construit à linitiative
dune association par larchitecte Georges-Henri Pingusson (1894-1978), lédifice
a été inauguré le 12 avril 1962 par le général de Gaulle , Président de la
République. Lassociation en a fait don à lEtat en 1969 au ministère des
anciens combattants qui en assure le gardiennage et lentretien.
Larchitecte, qui fut un
collaborateur de Mallet-Stevens a voulu une construction dune grande sobriété,
enfouie dans la profondeur dune terre pour laquelle chacun avait souffert, il en a
fait un lieu de méditation tout en symboles. Deux escaliers étroits et raides senfoncent
jusquà un parvis triangulaire environné de
hautes murailles. Leau de la Seine coule juste derrière des barreaux de fer et une
herse aux pointes acérées.
Un passage
resserré entre deux blocs de béton donne accès à la crypte éclairée dune
lumière venant du sol. Une tombe des restes mortels dun déporté inconnu
recueillis au camp du Struthof fait face à lentrée. Une longue galerie obscure est
tapissée de facettes de verre symbolisant
les dizaines de milliers de déportés partis de France pour mourir dans les camps nazis.
Les parois de la crypte portent des extraits de poèmes que la déportation inspira à de
célèbres écrivains comme Desnos ; Aragon, Eluard, Sartre, Saint-Exupéry
Au fond, un petit halo brille comme lespérance.
-Cest à cet endroit que nous
terminons nos balades dans lIle de la Cité. La prochaine balade, si tu veux bien
nous fera aborder lIle Saint-Louis par un petit pont reliant les deux îles, endroit
plein de charme, tu ten doutes ! Nous avons seulement effleuré tous ces
siècles dhistoire, il y a tellement de choses à dire quil a fallu ne prendre
en compte que les faits essentiels, sélectionner, choisir
Travail délicat, et puis
ne pas trop ennuyer avec des faits souvent très anciens.
-Cest vrai
que souvent lhistoire remonte loin dans le temps, surtout au cur de Paris,
mais je pense que dans lIle Saint-Louis lhistoire sera plus légère et aussi
plus actuelle !
Sources :
En plus de mes travaux personnels, jai utilisé
les ouvrages suivants :
. « Dictionnaire historique des rues de
Paris » de Jacques Hillairet.
. Encyclopédies et dictionnaires divers.
.Le
Guide du Routard Paris.
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