Eros en poésie

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Chansons

 



Nu
Infographie de Robert Cuffi

 

 

Robert  Cuffi

Des voyages de peaux et des vagues de nuit
Et des nuits dans le vague avec le mouvement
Lent du souffle à mes lèvres
Dans le bleu de la pluie aux filets sans étoiles
Le chemin vers la mer se froisse comme un drap
Plié dans son lit d'algue
aux remous des odeurs des coquilles fendues
Je glisse sur la planche engorgée de tangage
La houle nous déhanche
Nous fusionnons le temps de ce rêve mouillé
Sur l'amour ruisselant sous le luisant des corps
Des cordages noués
Si le sel sur mon dur fissure sur ta bouche
C'est que mon ventre avance à ton ombre mouvante
cachée par tes cheveux
Et tout crache tout meurt et c'est larme et sueur
C'est fondu enchaîné sur l'oubli de l'oubli
l'image du varech
Et la mer sent l'amour et nous roule à l'envers
De nos lèvres de soifs jusqu'à l'humide en nous
Le théâtre qui coule



Infographie de Bernard Flucha

 

Léo Ferré

Ta source

Elle naît tout en bas d'un lieu géométrique
A la sentir couler je me crois à la mer
Parmi les poissons fous c'est comme une musique
C'est le printemps et c'est l'automne et c'est l'hiver
L'été ses fleurs mouillées au rythme de l'extase
Dans des bras de folie accrochent les amants
On dirait que l'amour n'a plus besoin de phrases
On dirait que les lèvres n'ont plus besoin d'enfants
Elles coulent les sources en robe ou en guenilles
Celles qui sont fermées celles qu'on n'ouvre plus
Sous des linges qu'on dit marqués du sceau des filles
Et ces marques ça me fait croire qu'il a plu
Qui que tu sois toi que je vois de ma voix triste
Microsillonne-toi et je n'en saurai rien
Coule dans ton phono ma voix de l'improviste
Ma musique te prend les reins alors tu viens
Ta dune je la vois je la sens qui m'ensable
Avec ce va-et-vient de ta mer qui s'en va
Qui s'en va et revient mieux que l'imaginable
Ta source tu le sais ne s'imagine pas
Et tu fais de ma bouche un complice estuaire
Et tes baisers mouillés dérivant de ton cygne
Ne se retourneront jamais pour voir la terre
Ta source s'est perdue au fond de ma poitrine

 

Bernard  Haillant

Mon étrangère

On s'est foutu tout nu
comme on se fout à table
comme on va à confesse

de secousse en secousse
de morsure en morsure
on s'est foutu tout nu
peau à peau, poil à poil

des fleurs entre les doigts
on décrochait l'ennui
de chaque pli du corps
peau à peau, poil à poil
à chaque pli du corps

et dans l'herbe arrachée
à pleines mains crispées
s'échappaient des grenouilles
et la large auréole
brunette de ton sein
brillait dans les épis

et la large auréole
brunette de ton sein
jetait des farandoles
au plein ciel de mes mains

et ce téton si dur
mordillé à la belle
dans le vent de mâture.

nos cuisses enlacées
nos sexes embrassés
entre vents et marées
est-il plus beau voyage?

la vague sur ton ventre
s'écrase et se soupire
et s'y brise et rugit
aux cris des goélands
échappés de tes antres

là-bas sont les falaises
sont jaunes des ajoncs
tout blanchis d'aubépine
qui renâclent si bon
aux traits des goélands
échappés de tes antres

sur les parvis déserts
le vent fait la poussière
et sens-tu sous tes reins
que bois mort s'est brisé

où sont tes lourds chariots
de plaintes et de chants
charriant les étoiles.

Oh toi, mon étrangère
toi que je n'aimais pas
où que j'aimais, qu'en sais-je
toi qui rien ne changeas
de tous mes sortilèges
toi, serais-tu changée ?

 



Infographie de Bernard Flucha

 

Jean Vasca

Corps à corps

Ainsi jetés l'un devers l'autre
Le lit de l'amour grand ouvert
Des doigts des lèvres délivrant
Des incendies de céréales
Des oasis des trouées d'or
Des nids dans la nuit de nos corps

Ainsi roulés de vague en vague
Parmi les planètes du sang
Dérivant à l'envers du temps
Nageurs remontant vers les sources
Nous allons naître corps à corps
De l'eau des neiges du néant

Ainsi l'un de l'autre affolés
À nous respirer nous résoudre
À nous découdre fil à fil
La nudité jusqu'à la trame.
Tu m'engloutis dans ton soleil
Je crève en toi l'oeil de la mort

Ainsi basculés sans mémoire
Dans cette lumière animale
Le lait du monde cogne en moi
Des rosées de toi s'évaporent
Nous abordons des aubes d'îles
Où brûle un grain d'éternité