Bernard Haillant
Mon étrangère
On s'est foutu tout nu
comme on se fout à table
comme on va à confesse
de secousse en secousse
de morsure en morsure
on s'est foutu tout nu
peau à peau, poil à poil
des fleurs entre les doigts
on décrochait l'ennui
de chaque pli du corps
peau à peau, poil à poil
à chaque pli du corps
et dans l'herbe arrachée
à pleines mains crispées
s'échappaient des grenouilles
et la large auréole
brunette de ton sein
brillait dans les épis
et la large auréole
brunette de ton sein
jetait des farandoles
au plein ciel de mes mains
et ce téton si dur
mordillé à la belle
dans le vent de mâture.
nos cuisses enlacées
nos sexes embrassés
entre vents et marées
est-il plus beau voyage?
la vague sur ton ventre
s'écrase et se soupire
et s'y brise et rugit
aux cris des goélands
échappés de tes antres
là-bas sont les falaises
sont jaunes des ajoncs
tout blanchis d'aubépine
qui renâclent si bon
aux traits des goélands
échappés de tes antres
sur les parvis déserts
le vent fait la poussière
et sens-tu sous tes reins
que bois mort s'est brisé
où sont tes lourds chariots
de plaintes et de chants
charriant les étoiles.
Oh toi, mon étrangère
toi que je n'aimais pas
où que j'aimais, qu'en sais-je
toi qui rien ne changeas
de tous mes sortilèges
toi, serais-tu changée ?