éditorial d’hiver
éditorial d’hiver
Emmanuel Bing
Né à Paris en 1959. Artiste peintre, psychanalyste, écrivain, très tôt engagé dans l'écriture et la littérature, Emmanuel Bing organise également des ateliers d'écriture. Il a dirigé un centre de formation destiné aux arts-graphiques et à la presse.
Il prend en 2008 la direction de la revue en ligne ecrits-vains.com. L'art, l'écriture et la psychanalyse sont aujourd'hui au centre de son activité.
Livre
Lecture et débat autour du livre à la librairie Gutenberg en avril 2009.
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EB, 09/09/09
Photographie de Chem Assayag - La ville double
Nous voici en février. Le temps avance son pas lent avec une vélocité qui m’effraie. Nous sommes encore pris dans cette glu de l’hiver. Pris aussi dans la glu d’un discours qui n’en finit pas de dilapider la pensée, de dissoudre le sens. Je parle de ces faux «débats» qui agitent inutilement le monde politique et médiatique.
Aujourd’hui où la «figure du traitre» est incarnée par un ministre de l’Identité Nationale (qu’il le veuille ou non c’est bien la façon dont la presse l’épingle, sous ce signifiant unique et dévastateur) je m’amuse un peu de l’aporie qui le conduit à lancer un «débat» sur l’objet même de son ministère, coupant d’évidence la branche sur laquelle il est assis.
Bien sûr, je m’étais juré de ne pas participer à ce «débat», dont j’estime qu’il n’a pas lieu d’être en tant que tel. Mais il m’a semblé aussi farfelu (voyez la référence aux Marx Brothers) de lancer un débat sur l’Identité Nationale que si la Garde des Sceaux entamait un «débat» sur la définition de la Justice.
Ce «débat», dans son discours impossible, me semble pointer sur un signifiant énigmatique dans la société actuelle. Les forces diverses se conjuguent autour du symbole.
Cet effet de contamination du débat intérieur à chacun par ce qui viendrait agiter l’Autre, selon le discours d’un maître dont on ne sait plus repérer d’où il parle, est saisissant.
En écrivant ces lignes je chante intérieurement, sur la musique d’Hélène Martin, le poème de Yunnus Emré, Y a-t-il en ce monde.
EB
Le manuscrit de la mère morte,
janvier 2009, éditions Maurice Nadeau.
Ce livre retrace, par touches successives, l'image d'une des figures mythiques de la libération de l'écriture : celle de la mère, Élisabeth Bing, créatrice des ateliers d'écriture. Le regard, comme dans un miroir brisé par la maladie de la mémoire, du fils sur cette mère, reconstruisant petit à petit, au long de la pensée, du souvenir, la figure d'une femme dans le siècle et l'enjeu pour elle et pour lui de l'art, de l'écriture, de la littérature et de la liberté.
Photographie de Chem Assayag
La femme au tchador
Y a-t-il en ce monde
un étranger pareil à moi
Tête baissé, les yeux en pleurs
un étranger pareil à moi?
Yunus Emré
Chant mystique du XIIIe siècle (Trad Gusine Dino)